Le gouvernement est contre toute idée de nationalisation temporaire d’Atos. Qu’elle soit partielle ou totale. C’est la réponse donnée aux interrogations des délégués CFDT, CGT et FO, les trois syndicats représentatifs chez Atos, reçus à Bercy le 23 octobre 2023.
Le 20 octobre, deux amendements au volet dépenses du projet de loi de budget pour 2024 ont été déposés à l’Assemblée nationale, l’un par le groupe de députés PS, l’autre par le groupe de députés LR. Le premier propose de nationaliser temporairement la division BDS (Big data et sécurité), qui comprend les activités sensibles de cybersécurité et de calcul intensif, tandis que le second demande une nationalisation temporaire totale de l’entreprise.
CGT et FO en faveur de la nationalisation
Les syndicats CGT et FO soutiennent ces propositions. Quant à la CFDT, le syndicat majoritaire chez Atos, il se montre plutôt sur la réserve. «Nous ne sommes pas contre le principe d’une nationalisation, affirme à L’Usine Nouvelle Alia Iassaman, coordinatrice de la CFDT chez Atos. Mais les propositions sur la table parlent d’une nationalisation temporaire le temps de trouver un acquéreur. Ce n’est pas cela qui va résoudre le problème de financement du groupe. Nous préférons un engagement financier de l’Etat pour aider le groupe dans cette phase difficile de sa transformation.»
Depuis trois ans, Atos, qui compte 110 000 salariés dans le monde, dont environ 10 000 en France, et affiche un chiffre d’affaires de 11,3 milliards d’euros en 2023, est plongé dans une crise sans fin mêlant pertes financières, problèmes de gouvernance et méfiance des investisseurs. Pour sauver le groupe, la direction projette finalement de vendre Tech Foundations, qui regroupe les activités historiques déclinantes d’infogérance, au groupe de l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky, et de se recentrer sur Eviden, l’autre division formée par les activités porteuses dans le digital, la cybersécurité et le calcul intensif. Elle espère boucler la transaction au deuxième trimestre 2024.
Inquiétudes politiques
Ce projet suscite l’opposition d’actionnaires activistes comme CIAM ou Alix AM, et soulève des inquiétudes politiques en matière de souveraineté. Dans une tribune publiée en août dernier au Figaro, 82 parlementaires LR ont appelé au maintien d’Atos «sous le giron français» pour préserver les capacités de simulation et dissuasion nucléaires de la France reposant exclusivement sur des supercalculateurs d'Atos, seul constructeur européen dans ce domaine.
Bercy a balayé devant les représentants des syndicats ces craintes de perte de souveraineté, estimant que Daniel Kretinsky est un investisseur européen qui a fait ses preuves par sa présence dans le capital d’autres entreprises françaises comme Fnac Darty ou Casino. Le gouvernement promet de «ne jamais laisser Atos aller au tapis» et de se tenir prêt à soutenir un plan de recapitalisation à condition qu’il implique des investisseurs privés et des banques.
Vers un avis négatif des instances sociales
La consultation des instances sociales sur le projet de cession de Tech Foundations au groupe de Daniel Kretinsky, entamée il y a trois mois au niveau européen et deux mois dans chaque pays, arrive bientôt à terme. Le comité économique et social (CES) européen se réunit à Prague, en République tchèque, les 25 et 26 octobre pour se prononcer sur le projet, tandis que le CES central en France est appelé à le faire le 28 octobre. «Il y a de fortes chances à ce que ces avis soient négatifs», pronostique Alia Iassaman. Ce qui n’empêcherait pas la direction de mettre en œuvre son plan, l’avis des instances sociales sur ce type de sujet n’étant que consultatif.



