Analyse

Le carnet de doléances des patrons au futur gouvernement allemand

L’Allemagne a voté dimanche 23 février et les chrétiens-démocrates, arrivés en tête, doivent maintenant former une coalition gouvernementale. Les cercles industriels espèrent un nouveau départ et demandent des mesures rapides pour réduire les coûts de l’énergie et accroître les investissements. 

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NE PAS REUTILISER Friedrich Merz, futur chancelier allemand
Le futur chancelier allemand Friedrich Merz (CDU) devrait se tourner vers les sociaux-démocrates (SPD) pour former un gouvernement.

Après le temps de l’élection vient celui des négociations. Avec qui les conservateurs (CDU/CSU), arrivés en tête aux législatives dimanche 23 février avec 28,5% des voix, vont-ils pouvoir former un gouvernement de coalition ? Alors qu’une alliance avec l’extrême-droite, deuxième du scrutin, est exclue, le futur chancelier Friedrich Merz devrait logiquement se tourner vers les sociaux-démocrates (SPD), malgré leur défaite historique. À eux deux, ils ne bénéficient cependant que d’une courte majorité (328 sièges sur les 316 nécessaires), d’où la possibilité d’adjoindre les Verts et leurs 85 sièges dans l’équation.

Les lobbys industriels savent donc que c’est maintenant, pendant les négociations de coalition, qu’il faut avancer leurs pions et leurs revendications. Ce que n’a pas manqué de faire Peter Leibinger, président de l’Association fédérale de l'industrie allemande (BDI), dès le soir du scrutin. «La dangereuse spirale descendante du manque d'investissements et de la faiblesse de la croissance doit être stoppée», a-t-il commenté, faisant référence à la situation économique du pays. La locomotive de l’Europe a en effet vu son PIB se contracter pour la deuxième année consécutive en 2024 (-0,2%), après -0,3% en 2023. Le gouvernement a abaissé sa prévision de croissance pour 2025 à 0,3%, au lieu de 1,1%.

Les coûts de l'énergie et la "bureaucratie" visés

Concrètement, les cercles industriels réitèrent leurs demandes de mesures urgentes pour abaisser les coûts de l’énergie, qui plombent la compétitivité des entreprises, en réduisant les tarifs de réseau et la taxe sur l'électricité. Outre une fiscalité plus faible, ils demandent aussi un allègement des contraintes bureaucratiques «plutôt que de nouvelles obligations de reporting, de réglementations et de restrictions», comme le souligne Peter Adrian, président de la Chambre allemande de commerce et d’industrie (DIHK).

Les syndicats appellent de leur côté à ce que l'État ouvre les cordons de la bourse. «La modernisation doit être axée sur des investissements massifs dans l'infrastructure, la numérisation, l'approvisionnement énergétique et les technologies industrielles de demain», a de son côté analysé Yasmin Fahimi, présidente de la Confédération allemande des syndicats (DGB). Enfin, alors que l’Allemagne se prépare à une guerre commerciale avec les États-Unis, Dirk Jandura, de l'Association du commerce extérieur et du commerce de gros (BGA), a insisté sur la nécessité pour le futur gouvernement d’adopter «une position claire et ferme en faveur de voies commerciales ouvertes et de nouveaux accords de libre-échange».

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Des points d'accord et de profondes divergences 

Sur tous ces points, CDU/CSU, SPD et Verts devront trouver un terrain d’entente, ce qui ne sera pas chose facile. Concernant le frein à l’endettement, qui limite les dépenses publiques à 3,5% du PIB, la CDU pourrait faire un pas en faveur du SPD, qui demande une réforme depuis longtemps. Lors de la campagne électorale, ce dernier s’est ainsi engagé à créer un fonds d’investissement de 100 milliards d’euros et à instaurer une prime dite «Made in Germany» sous la forme d’un crédit d’impôt de 10% pour les investissements industriels réalisés sur le sol national. De l’aveu même de Friedrich Merz, la réforme du frein à l’endettement est aussi devenue urgente depuis les annonces de Donald Trump sur le désengagement des États-Unis dans la sécurité européenne. L’Allemagne va devoir mobiliser plusieurs milliards d’euros, rien que pour mettre sa défense à niveau.

Autre point d’accord : pour abaisser les coûts de l’énergie, les trois partis ont promis une baisse de l’impôt sur l’électricité et du tarif de réseau, financé par la taxation sur le CO2. En revanche, sur les choix de mix de production énergétique, de profondes divergences risquent d’entacher les discussions. Friedrich Merz n’a jamais caché son souhait d’examiner la relance du nucléaire et de soutenir la recherche sur les réacteurs de 4ème et 5ème génération, ce que les Verts et le SPD refusent en bloc. 

En ce qui concerne la politique sociale, si le SPD et les Verts plaident pour un rehaussement du salaire minimum à 15 euros bruts de l’heure à partir de 2026, la CDU veut elle alléger les charges des entreprises en abaissant les cotisations sociales et les impôts sur les bénéfices et les sociétés. Elle a l'intention, en outre, de défiscaliser les heures supplémentaires et de donner la possibilité aux retraités de travailler pour 2000 euros de plus par mois non imposables, afin de répondre aux besoins de recrutement des entreprises.

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