Une enzyme artificielle pour booster la production industrielle des biomédicaments. Cette innovation, issue de treize ans de recherches menées par la start-up française Eukarÿs, augmente la capacité de production des biomédicaments par les cellules utilisées pour leursynthèse. Les biomédicaments, issus de cellules en culture et non pas d’un procédé chimique, sont coûteux à produire notamment en raison de rendements bas. Toute technologie multipliant ce rendement de production, peut donc s'avérer essentielle.
«Le cœur de notre activité est de concevoir le gène qui permet de synthétiser cette enzyme, de confier cette étape à des sous-traitants puis d'en tester nous-même les performances», détaille le directeur général Guillaume Prunier. Un domaine des biotechs où la recherche n’est pas si chère puisque la synthèse de l’ADN est sous-traitée et des partenariats noués avec des laboratoires de recherche, des universités et des entreprises pharmaceutiques. D’où la collaboration annoncée le 23 janvier avec le laboratoire Généthon pour vérifier le bon fonctionnement de cet enzyme avec les thérapies géniques. Ces dernières visent à remplacer un gène défectueux, à l’origine d’une maladie, par un gène sain.
Multiplier le rendement par 5 ou 7
Dans les méthodes actuelles, les éléments nécessaires à la synthèse des biomédicaments ne sont fabriquées que par les molécules dites ARNm (acide ribonucléique messager ou ARN messager) présentes dans la cellule. D’où un processus lent, que va chercher à accélérer l'enzyme développée par Eukarÿs. «Notre solution consiste à insérer un deuxième système de synthèse d’ARNm, l’enzyme C3P3, beaucoup plus productif que celui de la cellule et exclusivement dédié au gène du biomédicament», explique Guillaume Prunier. «Produire de l’ARNm n’est pas très compliqué, mais encore faut-il parvenir à le modifier pour qu’il soit utilisable par la cellule», ajoute-t-il.
Concrètement Eukarÿs, qui commercialise l’enzyme C3P3 depuis le dernier trimestre 2024, ne produit pas l’enzyme mais livre le matériel génétique aux clients pour que leur cellule la produise elle-même et devienne hyper productive. «Un brin d’ADN contenant le gène pour produire l’enzyme doit être inséré dans la cellule soit de manière ponctuelle, pour la recherche, soit en l’intégrant dans le génome de la cellule pour la production», précise Guillaume Prunier. Le système conçu par Eukarÿs est complémentaire aux technologies existantes et n’interfère pas sur le processus industriel des clients qui n’ont pas besoin d’investir dans de nouvelles machines. Et la biotech assure multiplier le rendement par un facteur cinq à sept. De quoi soulever l’intérêt des industriels.
Multiplier les virus adéno-associés avec Généthon
La start-up espère devenir «un standard de la bioproduction» car la solution fonctionne avec tout type de biomédicaments sans adaptation. La seule exception ? Les virus adéno-associés (AAV) dans le cas des thérapies géniques lors desquelles ils sont utilisés pour transporter les gènes thérapeutiques. D’où le partenariat avec Généthon. Ce laboratoire de la galaxie AFM-Téléthon – une association de malades et de parents de malades – travaille depuis le début année 2000 sur les thérapies géniques. «A la fois sur la recherche de solutions thérapeutiques, l’identification de gènes sains pour corriger une maladie, et sur l’aspect bioproduction, c’est-à-dire être en capacité de produire en quantité et qualité suffisantes les vecteurs viraux», détaille Patrick Santambien, directeur du développement technologique de Généthon.
Dans le cadre des AAV, les virus sont produits par des cellules. C’est lors de cette étape de la culture cellulaire que l’enzyme C3P3 va être testée. «La collaboration avec Eukarÿs vise à démontrer la capacité de leur enzyme C3P3 à améliorer la productivité de nos cellules en termes de particule virale par cellule, déclare Patrick Santambien. La start-up a déjà démontré que leur enzyme permettait d’augmenter les virus et antivirus. Il reste à prouver que l’approche fonctionne avec les virus adéno-associés.» Les recherches visent à définir si l’enzyme améliore les rendements en produisant plus de particules virales et réduit les coûts de production, un point important étant donné le coût extrêmement élevé du matériel génétique nécessaire pour produire ces particules virales.
Le marché porteur des biomédicaments
Avec son innovation, Eukarÿs espère séduire le marché en pleine croissance des biomédicaments. «Emergent au début des années 2000, le secteur des biomédicaments s’élève à 500 milliards de dollars en 2023 et doit dépasser le marché des médicaments classiques en 2027 pour atteindre 1000 milliards de dollars en 2030», détaille Guillaume Prunier d’Eukarÿs. A ce jour, la biotech qui n’est pas issue d’un laboratoire de recherche, a signé des contrats qui développer des preuves de concept (PoC) avec quatre entreprises, dont une du top 5 des big pharma mondiales. D’autres discussions sont cours.



