La stagflation, nouvelle menace pour l'économie européenne

Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne, estime que le conflit en Ukraine va augmenter «de façon substantielle» les risques pour l'économie européenne. En cause : un emballement de l'inflation, qui pourrait peser sur la croissance.

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Eurotower BCE - Francfort
L'inflation devrait s'établir à 5,1% en moyenne en 2022, selon les nouvelles prévisions de la BCE.

Les risques pour la zone euro « ont substantiellement augmenté» depuis le déclenchement de l’offensive russe en Ukraine, a estimé la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, à l'issue de la réunion du conseil des gouverneurs jeudi 10 mars. Un constat qui n'a pas empêché l'institution établie à Francfort (Allemagne) d'accélérer son plan de normalisation défini le mois précédent. Comme prévu, la BCE a démarré la réduction de son programme d’achat d’actifs, à un rythme un peu plus soutenu. De 60 milliards d’euros en mars, ceux-ci devraient cesser complètement au troisième trimestre. A contrario, la hausse des taux, anticipée jusque-là pour la fin de l’année, devrait être moins rapide. La BCE ne précise plus d’échéance.

« La BCE reste plus préoccupée par l’inflation que par la guerre », résume Bruno Cavalier, chef économiste d’Oddo BHF, dans une note. En février, l’inflation des prix atteignait en moyenne 5,8% dans la zone euro. Si la France fait partie des pays les moins affectés, avec une hausse de 4,1% sur un an, les prix s’emballent plus nettement en Allemagne (+5,5%) et encore plus en Espagne (+7,5%), en Estonie (+12,5%) et en Lituanie (+14%).

L'inflation révisée en hausse

Jusqu’à présent, la plupart des économistes pariaient sur un phénomène temporaire, une fois résorbées les tensions sur les capacités de production provoquées par le redémarrage post-Covid. Mais la guerre en Ukraine devrait continuer à alimenter le phénomène, et à pousser encore un peu plus l’inflation. La BCE table sur une hausse moyenne de 5,1% des prix pour 2022. Très loin de l'objectif fixé dans son mandat de maintenir l’inflation autour de 2%. Même en excluant l’énergie et l’alimentation, les composantes les plus volatiles, la hausse atteindra 2,6% sur l’année.

Problème : dans le même temps, le choc va peser sur la croissance européenne. La BCE a d’ailleurs réduit à 3,7%, contre 4,2%, ses prévisions de croissance pour la zone euro en 2022. En minant le pouvoir d’achat des ménages et les marges des entreprises, la hausse des prix de l’énergie risque de déprimer la consommation. C’est ce qui avait eu lieu après le premier choc pétrolier de 1973. Les pays européens s’étaient retrouvés en stagflation, un phénomène qui se caractérise par une inflation soutenue combinée à une croissance morose et un chômage en hausse. 

Un risque de stagflation pas écarté

Pour la BCE, toute la difficulté est de trouver le bon dosage pour combattre l’inflation sans donner de coup de frein trop fort à la croissance. Certains économistes, comme Bruno Cavalier, craignent que la banque centrale sous-estime l’effet de la crise ukrainienne sur la reprise européenne, et ne prenne pas assez en compte le risque de stagflation, « le pire risque pour les banques centrales », selon Patrick Artus, le chef économiste de Natixis.

Mais ce risque de stagflation est-il sérieux ? Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie, l’a en tout cas en tête. « Nous ne devons pas refaire en 2022 les erreurs de 1973 », assure-t-il, en mettant en avant la nécessité de ne pas alimenter la surchauffe des prix pour justifier le ciblage des mesures de soutien qui seront présentées dans le plan de résilience économique et social.

Pour Emmanuel Jessua, le chef économiste de Rexecode, « le choc n’a pour l’instant pas la même ampleur que la crise pétrolière de 1973 ». La dépendance aux énergies fossiles est moindre aujourd'hui. L’inflation n’a pas encore eu d’effet d’entraînement sur les salaires en Europe. Mais tout dépendra de la durée du choc. « On est tributaire de la géopolitique. Il est possible que la crise débouche sur un rythme d’inflation durablement plus élevée » que ce qui était prévu avant ces dernières semaines, prévient l’économiste. 

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