Etude

Avec la sortie de la Russie de Swift, hausse de l’inflation et baisse de la croissance sont à prévoir, selon une étude

Allianz et sa filiale Euler Hermes ont publié un rapport listant les conséquences économiques des sanctions contre la Russie. Le scénario privilégié prévoit une hausse de l’inflation et des prix de l’énergie. Mais les effets seront plus sévères pour la Russie que pour l'Union européenne.
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Moscou Kremlin Russie
Dans le cadre d’une escalade, le scénario privilégié, l’inflation grimperait de 1% en Europe, la croissance du PIB serait amputée de 0,5% en 2022 et le prix de l’énergie atteindrait entre 75 et 90 euros le mégawattheure.

Des exportations de biens technologiques sévèrement contrôlées (informatique, semi-conducteurs, télécommunications), des oligarques interdits d’entrée dans l’UE, des voyages sans visa impossibles pour les Russes, un gel des avoirs détenus à l’étranger de Vladimir Poutine et de son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov… Les Etats membres de l’Union européenne multiplient les sanctions économiques depuis l'invasion de l'Ukraine par les troupes russes, dans la nuit du 24 février. Samedi 26 février, une nouvelle étape majeure a été franchie, avec la décision de plusieurs puissances, dont les Etats-Unis et l'UE, de couper l'accès d'une partie des banques russes au système international de paiement Swift.

Des sanctions dont le groupe d’assurances Allianz et sa filiale Euler Hermès, ont tenté de mesurer les effets, dans une étude publiée le 24 février. Dans le cadre d’une escalade, avec l’exclusion de la Russie de réseau de paiement interbancaire mondial Swift, le scénario privilégié, l’inflation grimperait d'un point de pourcentage en Europe, la croissance du PIB serait amputée de 0,5 point en 2022 et le prix de l’énergie atteindrait entre 75 et 90 euros le mégawattheure.

Si la situation venait à s’aggraver, et l’Ukraine être durablement occupée par la Russie, Allianz prévoit un scénario du pire, appelé « black-out », dans lequel le robinet du gaz serait coupé, l’inflation très élevée et la récession inévitable entre 2022 et 2023, même si les Européens parviendraient vraisemblablement à passer l’hiver grâce à leurs réserves. La dépendance de ces derniers au gaz russe - et la nécessité pour Moscou de préserver ce marché - rend pour l’instant ce scénario très improbable.

Des finances assainies, mais dépendantes de l'UE

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Allianz introduit son rapport en précisant que, depuis les premières sanctions adoptées en 2014 à la suite de l’annexion de la Crimée, la situation économique de la Russie a bien changé. Le prix du gaz et du pétrole - la Russie étant respectivement le premier et le deuxième exportateur - sont bien plus élevés qu’en 2014, permettant au pays de dégager un excédent budgétaire record de 67,6 milliards de dollars au dernier trimestre de l’année 2021. Le montant de ses prêts arrivant à échéance est aussi passé de 146 milliards de dollars en 2014, à 114 milliards aujourd’hui. 

La Russie n’est cependant pas prête de se passer des Européens, tempère le rapport, surtout pour le gaz : le pipeline Force de Sibérie 2, qui doit doubler les livraisons de gaz de la Russie à la Chine, ne sera opérationnel qu’en 2030 et ne représentera que 28% des exportations de gaz russe en 2021 vers l’UE. De même, de nouvelles sanctions sur certains produits, déjà en vigueur depuis 2014 sur le porc, les produits laitiers et les pommes, par exemple, frapperaient plus durement la Russie que les 27. L’UE représente 40% du total des échanges de biens de Moscou, contre 5% dans le cas inverse. En Europe, les secteurs des machineries, du matériel de transport, des médicaments et des produits chimiques seraient particulièrement touchés. Dans l’autre sens, ce seraient d’abord les matières premières, comme le gaz et le pétrole, mais aussi le fer, l’aluminium ou le nickel.

Des sanctions financières plus efficaces que Swift

Les banques européennes n’auraient, elles, pas tant à craindre des sanctions européennes, là encore grâce au précédent de 2014 qui les a poussées à se débarrasser de leurs actifs russes. L'exclusion de la Russie du système interbancaire Swift, bien qu’en théorie dévastatrice pour le PIB russe (-5% selon le ministre russe des Finances en 2014), devrait en revanche faire s’envoler un peu plus les prix de l’énergie et pourra être contournée par la Russie, qui a développé son propre système concurrent. Allianz recommande donc des sanctions financières ciblées, comme blacklister les plus grandes banques russes, ce qu’ont déjà commencé à faire les Etats-Unis : Sberbank a ainsi été interdite de commercer en dollar, et les avoirs de VTB sur le sol américain ont été gelés.

Sur les marchés financiers, le rouble « montre des signes de faiblesse », note le rapport, tandis que les obligations souveraines russes ont déjà triplé depuis le début de l’année, à 430 points de base. Allianz souligne toutefois que l’Ukraine, déjà contrainte à des mesures d’économie après 2014, connaît un taux d’obligations encore plus élevé, à 1 800 points de base. Plusieurs pays émergents déjà en difficulté avant l’invasion russe pourraient aussi voir leurs obligations pâtir des événements en cours, comme la Turquie. Pour les obligations d’entreprise, les titres d’investissement pourraient aussi gagner entre 20 et 60 points de base.

L’ampleur du choc que les marchés financiers devront absorber dépend finalement de deux événements, liste l’assureur : « l’étendue de l’engagement militaire des Etats-Unis et de l’Otan » et si celui-ci provoque « des répercussions durables sur les matières premières énergétiques ». Comme l’Europe et le reste du monde, Allianz reste suspendu aux suites de la guerre.

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