C’est un coup dur pour Atos. La place boursière Euronext a annoncé jeudi 9 septembre la sortie de cette entreprise de services numériques du CAC 40, l’indice phare de la Bourse de Paris. Celle-ci sera effective vendredi 17 septembre après la clôture des marchés. Alors qu’Atos va rejoindre l’antichambre du CAC 40, le Next 20, c’est Eurofins Scientific, le groupe de laboratoires d’analyses fondé à Nantes en 1987, qui prendra sa place.
« Eurofins s’est envolé grâce à sa très forte activité pendant la crise du Covid. Mais c’est aussi une entreprise très diversifiée avec des analyses environnementales, dans le secteur du nucléaire ou encore de l’agroalimentaire, commente pour L’Usine Nouvelle Alexandre Baradez, le responsable de l’analyse marchés chez le courtier IG France. Sa croissance est très soutenue depuis plus de 20 ans et sa capacité à faire parler d’elle dans le milieu financier a aussi été un atout pour son intégration dans l’indice. » La valorisation du laboratoire s’élève à environ 24 milliards d’euros.
40% de baisse du titre Atos
Du côté d’Atos, ce déclassement est la conséquence d’un enchaînement de mésaventures qui ont progressivement instillé le doute dans l’esprit des investisseurs. Depuis le début de l’année, la valeur du titre d’Atos a perdu environ 40%, tandis que la valorisation de l’entreprise s’établit à moins de 5 milliards d’euros.
Le dernier épisode en date remonte au 12 juillet dernier. L’entreprise a alors effectué un avertissement sur les résultats à l'intention des actionnaires. « En vertu d’une obligation européenne qui impose de faire connaître des informations susceptibles d’avoir un impact sur le cours de bourse, elle a indiqué que la croissance de son chiffre d’affaires pour cette année serait stable au lieu d’une hausse attendu de 3,5 à 4% », rappelle Thierry Le Clercq, le président de la société de gestion Alphajet Fair Investors.
Marge opérationnelle en baisse
« Atos a aussi souligné que sa marge opérationnelle, attendue à environ 9% par rapport au chiffre d’affaires en 2021, ne serait finalement que de 6% », ajoute le dirigeant. De quoi porter un coup à la confiance des investisseurs déjà loin d’être au beau fixe. « La décroissance organique annoncée au premier trimestre avait déjà été mal accueillie », rapporte Florian Allain, gérant chez le spécialiste de la gestion d’actions Mandarine Gestion.
Début avril, Atos avait également annoncé l’émission de réserves par les commissaires aux comptes concernant la comptabilité de deux filiales aux Etats-Unis. Des doutes finalement levés depuis. « Mais le signal a été désagréable pour un groupe déjà concerné par quelques sujets », explique Florian Allain.
Un rachat avorté qui coûte cher
En début d’année, une décision stratégique controversée avait déjà engagé la baisse du titre d’Atos. L’entreprise avait tenté de racheter un concurrent américain, DXC Technology. Une opération qui n’a finalement pas eu lieu. « Le marché n’a pas du tout apprécié, notamment car l’activité de DXC Technology est très proche du métier historique d’Atos qui est l’infogérance et l’infrastructure informatique. Or, ce business est structurellement déclinant » avec le recours croissant aux solutions cloud, décrypte Florian Allain.
La décision stratégique avait d’autant plus déplu aux actionnaires qu’elle représentait, selon Thierry Le Clercq, « un virage à 180 degrés » par rapport au plan stratégique annoncé en juin 2020 par Elie Girard, le directeur général d’Atos. Ce plan vise entre autres à accroître le poids des activités cloud et cybersécurité dans l’activité du groupe.
Vers une séquence plus favorable?
Désormais, la séquence pourrait être moins défavorable pour Atos. Pendant l’été, le groupe a acté la fin de l’épisode sur la comptabilité aux Etats-Unis. « Il a aussi montré qu’il était conscient de ses faiblesses en disant vouloir vendre des activités représentant environ 20% de son chiffre d’affaires », observe Florian Allain. Avec sa faible valorisation, l’entreprise ne serait toutefois pas à l’abri d’un éventuel rachat, prévient toutefois ce dernier : « Atos est peu cher pour une société de services informatiques. Et les fonds d’investissement ont beaucoup de cash disponible. »
D'autres se veulent plus rassurants. « Sortir du CAC 40 peut parfois se révéler être une bonne chose. Il y a moins de pression pour réorienter son activité et une sortie ne veut pas dire qu’Atos ne réintégrera pas l’indice », considère Alexandre Baradez.



