Besoin de renforcer ses fonds propres ? « La boîte à outil est maintenant la plus belle d’Europe », se félicite Nicolas Dufourcq, la directeur général de Bpifrance. A partir d’avril, le dispositif de quasi fonds propres garantis par l’Etat devrait compléter les solutions pour les entreprises à la recherche d’argent frais. Les prêts participatifs, distribués par les banques, et les obligations Relance, déployées par les sociétés de gestion, devraient permettre d’injecter 20 milliards d’euros d’ici juin 2022 dans le tissu de PME et d’ETI. Quasi fonds propres, fonds d’investissements, obligations convertibles de Bpifrance… La palette est désormais large pour les entreprises dont les perspectives de croissance restent solides. Ce ne sera pas de trop pour ne pas brider leur redémarrage.
Alors que les bilans 2020 sont dégradés, le risque est de voir certaines entreprises freinées dans leurs capacités d’investissements, faute de ratios financiers satisfaisants. L'enjeu est désormais de les convaincre à sauter le pas. Lors de la présentation du dispositif public à Bercy, Nicolas Dufourcq anticipait pour ce faire « un porte-à-porte de masse ».
« Toutes les grosses PME ont déjà l’habitude de structurer leurs financements. Cela va permettre de démocratiser cette approche », estime Germain Simoneau, associé de Carmine capital et président de la commission financement de la CPME. Reste à s'y retrouver au milieu de tous les instruments. Ils sont complémentaires. Les quasi-fonds propres devraient être plus avantageux, avec un taux dans une fourchette de 4 à 5 % pour les PME, alors qu’une dette mezzanine tourne autour de 8 à 12 %, mais 1,5 à 2 % pour la dette bancaire classique. « L’intérêt est de boucler des plans de financement et de générer de l’effet de levier. Lorsque les ratios sont insuffisants, cela remplace le compte courant d’associé bloqué », rappelle Germain Simonneau.
Pour les entreprises, le mieux est de combiner les différents dispositifs. Selon son plan d’investissement, l’entreprise a intérêt à amortir au plus vite son investissement. « On peut par exemple mixer les prêts participatifs avec des obligations Relance pour alléger le coût du renforcement de ses fonds propres », pointe Dominique Gaillard, le président de France Invest. La seule limite étant de rester dans l’enveloppe maximale. Mais pour les entreprises, mieux vaut prendre le temps de bien étudier sa situation financière avant de se précipiter. La publication des bilans 2020, qui donneront une indication des dégâts, permettront aux dirigeants d'y voir plus clair. Augmenter ses fonds propres requiert une analyse rigoureuse de l’entreprise.« Le PGE a été octroyé sans notion de capacité de remboursement. Dans le cas du prêt participatif, les banques vont demander un dossier beaucoup plus structuré. Il faut le construire comme un plan stratégique », conseille Franck Piquard, directeur du cabinet de commissaires aux comptes Exco en Moselle.
1- Contracter un prêt participatif
Distribués par les banques à partir d’avril, les prêts participatifs devraient pourvoir être accessibles à toutes les entreprises de plus de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires à partir d’une notation bancaire « 5+ » auprès de la Banque de France. A proprement parlé, il s'agit bien d'une dette, mais assimilée au haut de bilan car elle serait remboursée en dernier, en cas de difficulté. Pour les entreprises, les prêts prennent la forme d’un prêt long sur huit ans, avec un différé de remboursement de quatre ans. « Dans la plupart des cas, cela laisse le temps de profiter de la rentabilité de l’investissement engagé avant de commencer à rembourser le capital », souligne Germain Simonneau. Le tarif sera fixé par les banques mais il devrait être compris dans une fourchette entre 4 et 5 %, ce qui revient à près de deux fois moins que la dette mezzanine, alors que le rendement exigé par un fonds d’investissement est proche de 15%. De quoi a priori garantir leur succès. Le montant total de prêts participatifs accessibles est en revanche plafonné à 12,5 % du chiffre d’affaires 2019 pour les PME et 8,5 % pour les ETI. Ce sera un peu moins pour celles qui ont déjà saturé leur enveloppe de PGE.
Avantage : un coût plus avantageux que les autres
Inconvénient : le plafond maximum fixé à 12,5 % de chiffre d’affaires pour les PME
2- Se doter d'une obligation relance
Les assureurs qui les alimentent bénéficieront d'une garantie de l’Etat jusqu’à 30 % comme les prêts participatifs. Distribuées par les fonds d'investissement, elles devraient a priori plutôt être destinées aux plus grosses PME, à partir de 10 millions d’euros grosso modo de chiffre d’affaires. Le ticket minimum devrait être plus élevé. « Nous pensons investir dans 2 000 entreprises avec des tickets de 2-3 millions pour les PME et 7 à 10 millions pour les ETI », souligne Dominique Gaillard. Les obligations seront remboursables en une seule fois au bout de huit ans. Avant cela, seuls les intérêts seront dus. Avantageux pour des projets à plus long retour sur investissement. En revanche, le coût devrait être un peu supérieur à celui des prêts participatifs, autour de 1 % plus cher car les fonds ont des frais de gestion un peu supérieurs. « Les fonds d’investissements ont des équipes pour accompagner les entreprises dans leur projet de transformation. Les obligations relance ce n’est pas simplement de l’argent, c’est une équipe pendant huit ans au côté de l’entreprise », rappelle Dominique Gaillard. Alors que beaucoup de dirigeants restent méfiants par rapport à une ouverture de capital, les obligations ne sont pas dilutives. Ce qui présente un autre atout: ne pas devoir valoriser l’entreprise, un exercice devenu délicat dans certains secteurs secoués par la crise comme l’aéronautique.
Avantage : ne nécessite pas d’ouvrir son capital tout en ayant une équipe de fonds dédiée à ses côtés
Inconvénient : un peu plus cher que les prêts participatifs
3- Aller chercher Les subventions de France relance
Pour les entreprises dont les projets industriels sont éligibles, c’est le premier guichet à actionner. Devant le succès du dispositif, le gouvernement a débloqué un milliard d’euros supplémentaires en faveur des enveloppes destinées à la modernisation de l’industrie dans le cadre de France relance. Fonds de modernisation de l’automobile, de l’aéronautique, projets de relocalisation… au total 4 700 projets ont déjà reçu près de 800 millions d’euros. Les subventions peuvent atteindre jusque 800 000 euros, avec un taux de sélection des dossiers, selon Bercy entre 30 et 40 %. Sauf des thématiques vertes et recherche qui peuvent aller bien au-delà, jusqu'à plusieurs millions. Le guichet Industrie du futur, qui permet de subventionner de 10 à 20 % des investissements en robots , machines à commande numérique et équipements de l’usine du futur devrait être réouvert en mai a priori, selon des modalités un peu différentes. Bercy a réabondé le dispositif de 600 millions d’euros.
Avantage : jusqu'à 800 000 euros de subvention pour les projets classiques
Inconvénient : tous les projets ne sont pas éligibles
4- Miser sur Les obligations convertibles
Le dispositif public de quasi fonds propres les a rendu moins intéressantes financièrement. En revanche, elles ne sont pas limitées en termes de montant et peuvent donc compléter des prêts participatifs ou des obligations relance pour les entreprises qui ne veulent pas ouvrir leur capital.
Avantage : pas de limite de montants
Inconvénient : plus chères que les quasi-fonds propres publics
5- Realiser une augmentation de capital avec un fonds d’investissement
Les fonds d’investissement ont accumulé de la « poudre sèche ». Les « bons dossiers » n’ont aucun mal à trouver des investisseurs. Bpifrance s’est fixé comme objectif de réaliser 700 investissements dans des PME via des fonds partenaires et 500 prises de participations directes. La banque publique n’a pas encore atteint son objectif, faute de demande de la part des entreprises. Beaucoup de chefs d’entreprises, de PME familiales, restent réticents à ouvrir leur capital. « La présence d’un fonds donne pourtant un accompagnement financier au dirigeant. Il y a des comités stratégiques, les visions stratégiques sont croisées. Cela renforce la crédibilité par rapport aux banques », plaide Franck Piquard, directeur du cabinet de commissaire aux comptes Exco en Moselle.
Avantage : permet de bénéficier d'un accompagnement
Inconvénient : dilution du capital
6- Conserver son PGE
Les entreprises vont devoir décider dans les prochaines semaines si elles remboursent ou reportent d’un an supplémentaire le remboursement de leur PGE. Pour les entreprises qui ne l’ont pas utilisé et n’ont pas de projet de croissance encore bien définis dans l’immédiat, le conserver en trésorerie est une option car il représente un apport de liquidité bon marché. « Ceux qui rembourseront leur PGE se poseront la question des fonds propres. Ceux qui le garderont ne le feront peut-être pas », constate Nicolas Dufourcq. Même s’il ne remplace pas les fonds propres, il permet de voir venir. « Plus la reprise sera forte, plus le BFR va augmenter rapidement. Les entreprises doivent rester vigilantes sur leur trésorerie », pointe Marina Navuec, expert-comptable pour Fitéco, qui conseille à ses clients de le conserver.
Avantage : suffisant quand on n’a pas encore de projets précis
Inconvénient : ce n’est pas des fonds propres



