Cet industriel français, basé en Chine, s’estime chanceux. Son usine dans le Guangdong, au sud du pays, tourne normalement et est située pour l’instant dans une région épargnée par le Covid-19. A proximité, Shenzhen, le hub de l’industrie électronique, a bien été soumis à un confinement strict en mars. Mais celui-ci a été levé au bout de deux semaines. Rien à voir avec Shanghai, dont les 23 millions d’habitants sont bloqués chez eux depuis le 1er avril. A Pékin, où 74 cas ont été comptabilisés le 9 mai, les écoles sont fermées et les fonctionnaires priés de rester chez eux.
« Des dizaines de villes ont été confinées chacune leur tour ces derniers mois. Mais les autorités de Shanghai ont réagi trop tard et ont plus de mal à reprendre la situation en main » analyse l’industriel, qui reconnaît des « conséquences en cascade ». Certains de ses clients, dont les usines sont à Shanghai, ont arrêté leur production. « La logistique est compliquée pour exporter ou importer. C’est probablement devenu encore plus difficile d’envoyer des marchandises au sein de la Chine. Chaque gouverneur rivalise de mesure aux frontières de sa province et les autorisations pour les chauffeurs routiers sont délivrées au compte-goutte », raconte-t-il.
Chaînes logistiques perturbées
La politique du «zéro covid» imposée par les autorités chinoises menace à nouveau de désorganiser les chaînes d’approvisionnement mondiales. Dans l’aéronautique, le motoriste Safran s’inquiète de l’aggravation de la pénurie de composants électroniques avec la nouvelle vague de confinements en Chine.
Pour les industriels présents en Chine, les effets sont toutefois moins dévastateurs pour l’instant que début 2020, où tout s’était arrêté. Une partie du trafic portuaire, engorgé à Shanghai, peut se reporter vers d’autres villes. Le temps de transport d’un conteneur entre une usine chinoise et son débarquement aux Etats-Unis s’est même amélioré pour atteindre 103 jours, inférieur à début avril mais toujours très haut, selon l’indicateur calculé par Flexport research. L'engorgement du port est moindre qu'à l'automne dernier, confirme la start-up Quantcube, spécialisée dans la récolte de données trafic et l'analyse d'images satellitaires.

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Par ailleurs, toutes les usines n’ont pas fermé, loin de là. «Certaines ont une activité partielle, mais la majeure partie de nos lignes de production est en service. En réalité, cela dépend plus de nos clients, dont certains doivent parfois complètement arrêter leurs usines pendant une semaine. C’est très erratique », a souligné Thierry Le Hénaff, le PDG d’Arkema, dont l’essentiel des usines sont implantées dans la région de Shanghai, lors de la présentation de ses résultats. Certains salariés dorment dans les usines, où ils sont confinés. De quoi peser sur les résultats du deuxième trimestre en Chine, même s’ils devraient rester corrects selon le groupe. « C’est vraiment une situation très difficile pour les employés chinois», reprend Thierry Le Hénaff, qui pointe la «faible visibilité».
Un impact différent selon les provinces
Le groupe espère une amélioration rapide, alors que le nombre de cas de Covid a atteint son plus bas niveau depuis six semaines à Shanghai. Les conséquences de la politique "zéro covid" ne sont pas uniformes. «Sur la Chine, notre croissance se poursuit mais moins vite au premier trimestre. Cela dépend des régions et des activités. A Shanghai, ça baisse. Nous évoluons en fonction de l’activité économique du pays», abonde encore Estelle Brachlianoff, directrice générale adjointe de Véolia.
Chez Solvay, les neuf usines fonctionnent toutes normalement, à l’exception de celle de Shanghai, qui ne tourne qu’à 50 % de ses capacités, a précisé sa PDG Ilham Kadri lors de la présentation de ses résultats semestriels. Une partie de ses salariés restent en télétravail. Mais le chimiste prévoit une contraction de 50 millions d’euros de ses ventes de polymères de spécialités en Chine au deuxième trimestre, à cause du ralentissement de l’activité industrielle dans le pays. En avril, les exportations n’ont progressé que de 3,9 %, contre 14,7 % le mois précédent et l'indice PMI signale depuis deux mois une contraction de la production industrielle chinoise. Le Fonds monétaire international ne table plus que sur 4,4 % de croissance sur l’année.
60 % des entreprises ont révisé à la baisse leurs prévisions pour la Chine
Le groupe belge n’est pas le seul à pâtir du coup de frein de l’activité en Chine. Selon le sondage lancé par la chambre de commerce européenne en Chine auprès de ses membres fin avril, 60 % des entreprises interrogées ont révisé à la baisse leurs prévisions de revenus. L’écrasante majorité des répondants – plus de 80 % à chaque fois – mentionne des difficultés à se faire livrer des matières premières, mais aussi à fournir leurs propres clients à l’export et en Chine depuis ces dernières semaines. Seules 11 % ont prévu de réduire leur présence en Chine suite aux nouvelles restrictions, qui s’ajoutent à la quasi-impossibilité des voyages internationaux depuis près de deux ans. Mais la part des entreprises envisageant de réorienter leurs investissements prévus en Chine vers d’autres pays a doublé en deux mois et concerne désormais près d’un quart des groupes.
Seul effet positif du ralentissement de l’économie chinoise : le pays a moins tiré sur la demande en pétrole et en gaz. D’après Bloomberg, citant des chiffres de Morgan Stanley, la demande de gaz de l’industrie chinoise a reculé de 8,4 % en avril. « S’il n’y avait pas eu de ralentissement en Chine, les prix du pétrole se seraient probablement maintenus à un niveau plus élevé, souligne Vincent Boy, analyste marché chez IG France. La Chine explique aussi la détente des cours du cuivre, où elle pèse la moitié du marché mondial ». Le redémarrage de l’économie pourrait être synonyme d’un autre casse-tête pour les industriels.
(avec Anne-Sophie Bellaiche et Julien Cottineau)



