C'est à Champagnier (Isère), au cœur de la Silicon Valley grenobloise, que la start-up Aledia, spécialisée dans les MicroLED, a achevé fin 2023 la construction de son usine de 5000 mètres carrés. Le lancement de la première ligne pilote sur 2000 mètres carrés, qui devait être finalisée fin 2024, est repoussé au deuxième trimestre de cette année. Mais, assure Pierre Laboisse, son PDG depuis fin 2023, les choses sont en bonne voie. «En novembre, nous avons sorti nos premiers échantillons qui prouvent que notre technologie fonctionne. Cela nous a permis de concrétiser l’engagement de nos clients clés au travers de contrats de codéveloppement technologique», affirme cet ancien cadre du fabricant austro-allemand de puces AMS-Osram.
Vêtu d’un équipement de protection couvrant tout le corps, on traverse un premier flux laminaire permettant d’éliminer toute particule. Puis, on pénètre dans une salle blanche où est installée la ligne pilote. Aledia a décidé d’internaliser la totalité de son processus de fabrication, une nouveauté. «Le recours à des sous-traitants industriels a été l’un des freins à l’industrialisation. En effet, pour commencer à codévelopper un échantillon avec des clients potentiels, la capacité à produire rapidement est essentielle, ce qui implique de maîtriser la totalité du processus», explique le chef des opérations Cyril Dionisi, recruté pour sa longue expérience chez STMicroelectronics.
Recentrage stratégique sur deux technologies
Mais cette autonomie de fabrication a un coût, alors que le processus complet est composé de 200 à 300 étapes et fait intervenir une cinquantaine de machines. Leur prix va de 1 à 15 millions de dollars pour celles destinées à la photolithographie. Un investissement rendu possible grâce à une levée de fonds de 120 millions d’euros, réalisée fin 2023 auprès des actionnaires historiques d’Aledia, parmi lesquels Bpifrance.
Aledia a décidé d’internaliser la totalité de son processus de fabrication, une nouveauté. (Photos Côme Sittler)

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Ce cinquième tour de table a porté les montants récoltés par la start-up depuis sa création à plus de 300 millions d’euros. De quoi souligner l’importance stratégique que lui accordent la France et l’Europe, qui a mobilisé 15 millions d’euros via la Banque européenne d’investissements dans le cadre d’un Piiec. Dans la salle blanche, une cinquantaine de techniciens et ingénieurs s’emploient à installer et qualifier les machines de la ligne pilote. «Nous maîtrisons actuellement environ 60% du processus de fabrication, à la fin du deuxième trimestre nous serons autonomes», assure Cyril Dionisi. L’une des étapes clés a lieu sur une machine d’épitaxie, sorte de cocotte grise géante remplie de hublots et de tuyaux qui occupe à elle seule une pièce entière. «Cette étape, sur laquelle nous travaillons tous les jours, consiste à pousser verticalement à la surface d’un substrat en silicium des nanofils en nitrure de gallium. L’enjeu consiste à produire un fil performant en termes d’efficacité électrique pour faire sortir le plus grand nombre de photons possibles», explique-t-il.
Pour l’heure, la technologie MicroLED d’Aledia, fondée en 2012 par essaimage du CEA-Leti, doit encore faire la preuve de sa capacité à s’industrialiser en gardant le même niveau de performance. Ce qui n’a rien d’évident, l’efficacité d’une LED diminuant en même temps que sa taille. Or, les MicroLED produites par la pépite grenobloise mesurent une dizaine de microns, contre plus de 300 microns pour les LED aujourd’hui utilisées dans l’éclairage. Présentés comme l’avenir de l’affichage électronique, les écrans MicroLED permettent de générer directement l’image sans rétroéclairage. Une technologie qui offre des avantages en termes de consommation d’énergie, de luminosité, de latence et de durabilité. Son marché a été multiplié par cinq en quatre ans. Mais en raison du coût élevé, il reste une niche dans trois domaines d’application : les grands téléviseurs ultra-premium, les lunettes de réalité virtuelle ou augmentée et les montres connectées.
Les entreprises chinoises Xiaomi et TCL ont déjà sorti des prototypes de lunettes connectées équipées de guides visuels en MicroLED. Tout comme l’américain Meta, qui a dévoilé en septembre Orion, ses toutes premières lunettes de réalité augmentée équipées d’un écran MicroLED. «Pendant ses premières années d’existence, Aledia a été guidée par l’avancée technologique. Nous avons pris du retard par rapport à la compétition, car nous n’avions pas accès aux clients décisionnaires, ni aux bons partenaires avec qui travailler en codéveloppement sur des échantillons», concède son PDG, qui estime toutefois être «toujours la course».
Pour la nouvelle direction de l’entreprise de 215 salariés, dont 60 doctorants, il y a tout de même urgence à réaliser du chiffre d’affaires pour conserver la confiance des investisseurs. D’où un recentrage stratégique décidé sur deux technologies produites sur la ligne pilote. Si la priorité reste la technologie de rupture MicroLED, qu’il espère commercialiser à partir de 2027, Aledia entend générer des revenus dès 2026 grâce à la technologie DLED (diode électroluminescente numérique), destinée aux écrans à cristaux liquides. Pour l’heure, ses équipes travaillent sur des tranches (wafers) de silicium d’environ 200 mm (8 pouces). À terme, les LED seront fabriquées sur des plaquettes de 300 mm de diamètre. Ce qui donnerait un véritable avantage compétitif à Aledia, mais reste une perspective au-delà de 2030. Un véritable pari sur l’avenir, à l’image de la réindustrialisation de la France.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3740 - Mars 2025



