Entretien

«La French Tech doit avoir un impact sur tout le territoire», selon Julie Huguet, sa nouvelle directrice

Nommée lundi 30 septembre à la tête de la mission French Tech en remplacement de Clara Chappaz, Julie Huguet a accordé sa première prise de parole officielle à L'Usine Nouvelle. Celle qui a créé en 2016 une start-up numérique en partant de zéro et a présidé la French Tech Alpes donne sa vision des priorités pour l'écosystème. Elle insiste sur la nécessité de supporter davantage les créations d'entreprises en régions ainsi que la diversité des profils des créateurs. 

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Julie Huguet, nommée en septembre directrice de la mission French Tech
Julie Huguet, une savoyarde entrepreneuse et présidente de la French Tech Alpes, prendra officiellement en novembre ses nouvelles fonctions à la tête de la mission French Tech.

L’Usine Nouvelle. – Vous venez d’être nommée à la tête de la mission French Tech. A quels enjeux fait face cet écosystème aujourd’hui? 

Julie Huguet. Je suis moi-même entrepreneuse. J’ai monté une start-up en région et je me suis investie dans l’écosystème régional local. Si j’ai souhaité prendre cette nouvelle fonction, c’est pour avoir un impact sur le plan national, c’est-à-dire à Paris comme sur tout le territoire. C’est un point auquel je serai attentive. Concernant l’écosystème, il se structure. Il faut donc continuer à aider les entrepreneurs à se lancer, peu importe leurs origines, leurs géographies…

C’est d’actualité car je reviens d'un déplacement dans le Val-de-Loire pour annoncer la nouvelle édition du programme French Tech Tremplin avec la secrétaire d'Etat à l'IA et au numérique Clara Chappaz. On doit aussi continuer à accompagner les entrepreneurs, à leur apporter des solutions concrètes pour qu’ils développent leur business et travaillent sur la commercialisation de leur produit. Cela passe notamment par le programme "Je choisis la french tech". Ce sont des sujets que je regarderai de près, mais nous allons monter une feuille de route plus précise prochainement.

Vous avez fondé Coworkees, une plateforme de mise en relation de freelances et d’entreprises revendue en 2021, mais également présidé la French Tech Alpes. Que retenez-vous de ces deux expériences ? 

En 2016, j’ai monté ma boîte à Annecy en partant de zéro. À l’époque, je ne connaissais rien à la tech, au lancement d’un produit ou à une première levée de fonds … J’ai traversé chacune de ces phases et j’ai reçu énormément de soutiens, de la part de la French Tech à travers une bourse, de Bpifrance et du réseau Initiative France par exemple. J’ai aussi travaillé sur les exit en revendant à une entreprise cotée en Bourse.

De tout ça, j’ai énormément appris sur les stratégies pour lever des fonds, vendre, et sur les erreurs à ne pas faire. En parallèle de cette expérience, c’est très naturellement que j’ai voulu m'impliquer dans l'écosystème local pour lui rendre ce qu’il m’avait donné, jusqu'à devenir présidente de la French Tech à Annecy et dans les Alpes. Ce que je retire de ces presque trois ans, c’est la force de cet écosystème. J’ai vu comment il s’est structuré, comment la création de nouvelles start-up s’est accélérée, comment de nouveaux domaines comme les deeptech sont apparus. Aujourd’hui la French Tech Alpes participe à la réindustrialisation de la France, à travers Verkor, Aledia et d’autres. J’ai été témoin de cette force-là.

Il y a en effet de belles réussites dans les start-up industrielles. Mais on voit aussi des pionnières, comme Ynsect ou ACC, connaître des difficultés pour monter en cadence. Que peut faire la French Tech en amont pour faciliter l’industrialisation ?

On sait que dans l’industrie, il faut aller chercher des fonds assez vite. Chaque capital et communauté va aussi flécher la start-up vers les lieux dédiés à la création de prototypes et vers les incubateurs qui vont bien. C’est vraiment la force de l’écosystème : s’appuyer sur les réseaux existants et mettre en lien avec les bons endroits et les bons relais.

Les Alpes sont une région particulièrement industrialisée. Cela permet-il aux start-up de nouer des liens privilégiés avec les grandes entreprises ?

Pas particulièrement. Les grands comptes comme les fonds d’investissement sont encore très centralisés à Paris et les start-up en région ont du mal à les identifier et à tisser des liens avec eux. Elles souffrent aussi d’un manque de culture de la levée de fonds : elles ne savent pas forcément quand et comment adresser les fonds, et c’est souvent un peu trop tard dans leur processus de levée qu’elles les contactent.

C’est ce constat qui a motivé le programme French Tech Rise. Il permet, à travers un événement annuel, de faire se rencontrer des fonds d’investissement et des start-up prévoyant une levée de fonds dans l’année. Pour qu’un premier contact soit noué et qu’elles puissent plus facilement revenir vers eux au bon moment. C’est une des réponses possibles, mais on peut faire encore des choses sur ce sujet-là.

Vous évoquiez en début d’interview la nécessité d’avoir des profils d’entrepreneurs plus diversifiés. C'est pourtant une problématique adressée par le programme French Tech Tremplin depuis 5 ans déjà. Qu'est-ce qui fonctionne bien et que peut-on améliorer sur le sujet?

C’est un programme qui a déjà accompagné plus de 2000 entrepreneurs. Et qui fonctionne bien, car 66% des entreprises créées à travers lui sont toujours en activité après 5 ans. C’est mieux que la moyenne nationale à 61%. Il comprend deux phases : un accompagnement de deux mois pour des porteurs de projet, une incubation pour ceux qui créent leur société.

Ce qui est formidable avec Tremplin, c’est qu’on arrive à aller chercher des profils beaucoup plus diversifiés que ceux qui pensent à créer une start-up, souvent proche de l’écosystème. Cela montre que partout en France, il y a des gens avec des bonnes idées. Mais c’est très difficile de les identifier. Les équipes des capitales et des communautés en régions réalisent un vrai travail de fourmi auprès des missions locales et d'autres acteurs pour aller chercher ces profils et faire qu’ils candidatent au programme. Tout cela prend du temps. Mais on voit toujours de très beaux projets émerger, je pense notamment à un projet de recyclage de filets de pêche en fibre textile près de Sète (Hérault).

C’est pour ce programme Tremplin que vous avez fait votre premier déplacement dans la capitale de la French Tech Val-de-Loire. Comment avez-vous vécu ce baptême du feu en tant que nouvelle directrice de la mission ?

Quand on est dans une région, on est en silos. J’avais donc hâte d’aller sur d’autres territoires que celui des Alpes pour voir comment ça se passe ailleurs. Et je suis très attachée au programme Tremplin, ayant moi-même été une femme entrepreneure en région. Rendre l’entrepreneuriat accessible à tous me tient à cœur. J'ai eu la chance de découvrir tous ces talents dans le Val-de-Loire. Et cela me donne envie d’aller en découvrir d’autres.

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