Etude

En Europe, les start-up utilisant l’intelligence artificielle attirent les investissements malgré la déprime du capital-risque

Malgré la forte baisse des investissements dans les start-up cette année, les jeunes pousses intégrant des formes d’intelligence artificielle continuent d’attirer les investisseurs, selon l’étude annuelle du fonds de capital-risque Atomico. La part de l’intelligence artificielle dans le total des investissements est au plus haut cette année en Europe.

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ChatGPT
L'élan généré par les solutions telles que ChatGPT a fait apparaître de nombreuses jeunes pousses de l'IA en Europe ces derniers mois.

Mercredi 29 novembre, la start-up auvergnate Braincube, qui met à disposition des industriels une plateforme de récupération de leurs données de production pour éviter les défauts et optimiser les processus, a annoncé une belle levée de fonds de 83 millions d’euros. L’usage "classique" de cette plateforme permet de visualiser les données collectées, mais celle-ci peut aussi servir à créer des applications plus spécifiques grâce à l’intelligence artificielle (IA), dans une logique de prédiction.

L'opération illustre la résistance des levées de fondsqui bénéficient aux start-up recourant à l’apprentissage automatique (ou machine learning) et plus largement à l’IA, dans un univers du capital-risque pourtant morose depuis la fin de l’euphorie post-Covid. Selon l’étude sur la tech européenne publiée mardi 28 novembre par le fonds de capital-risque Atomico, 45 milliards de dollars seront investis dans les start-up du continent à fin 2023, contre 82 milliards en 2022, soit une baisse de 45%. Les chiffres d’Atomico intègrent une part d’anticipation à partir de données arrêtées à fin septembre.

La part de l'IA dans les investissements au plus haut

Dans le contexte de baisse globale des montants investis, «l’investissement dans l’IA en Europe défie la déprime observée plus largement, avec un montant total pour 2023 en passe d’approcher, voire de dépasser, le montant record de l’an passé de 8,7 milliards de dollars», note l’étude. 17% des investissements des fonds ont ainsi été fléchés cette année vers l'IA, un plus haut en Europe. 

Atomico ne qualifie pas l’IA comme un secteur à proprement parler, mais considère plutôt qu’il s’agit d’un sujet mentionné par les start-up dans leurs offres ou leur discours à l’attention des investisseurs. Les capitaux investis dans l’IA financent donc des entreprises actives dans des secteurs très variés, dont plus d’un tiers évoluent dans les technologies climatiques ou la santé.

Des professionnels de l'IA plus nombreux en Europe

L’IA et le machine learning est d’ailleurs la catégorie la plus représentée parmi les tours de table de moins de cinq millions de dollars, selon Atomico. Le fonds note ainsi l’apparition d’un nombre important de jeunes pousses cherchant à capitaliser sur l’élan généré par les avancées des modèles de traitement automatique du langage, ces algorithmes entraînés sur de vastes ensembles de textes et capables d’en générer, à l’instar de ChatGPT. C’est, par exemple, le cas de la start-up Mistral AI qui avait annoncé une levée de fonds de 105 millions d’euros en juin dernier, seulement deux mois après sa création par trois jeunes chercheurs français ayant travaillé chez Meta ou Google DeepMind, la filiale du géant américain dédiée à l’IA. Concernant les premiers stades de développement des start-up, l’Europe représente en 2023 33% du total des investissements dans l’IA réalisés de part et d’autre de l’Atlantique. Il y a neuf ans, cette part était seulement de 16%.

Le fonds note également que les jeunes pousses de l’IA du continent réussissent à lever plus de 100 millions de dollars ces dernières années. A la fin du troisième trimestre 2023, les start-up européennes de l’IA avaient mené onze tours de table de plus de 100 millions de dollars. La start-up allemande Aleph Alpha, qui apparaît comme un concurrent de Mistral AI, a par exemple levé 500 millions de dollars début novembre. En septembre, c’est la start-up de l’IA appliquée à la défense Helsing qui a récolté 222 millions de dollars outre-Rhin, quand la jeune pousse française de géothermie Accenta obtenait de son côté 108 millions d’euros.

Les Etats-Unis inatteignables

Les Etats-Unis semblent malgré tout inatteignables, avec 37 tours de table de plus de 100 millions de dollars pour les start-up de l’IA à fin septembre. «Au cours des cinq dernières années, près de 35 milliards de dollars ont été investis dans les jeunes pousses européennes de l’IA, à comparer avec un financement de plus de 130 milliards de dollars pour leurs homologues américaines. Désormais, l’Europe observe régulièrement des tours de table de plus de 100 millions de dollars, et même jusqu’au demi-milliard de dollars. Mais il y a de quoi pâlir quand on compare cela aux 10 milliards de dollars investis par Microsoft dans OpenAI», la société américaine derrière ChatGPT, relève le rapport.

Après avoir levé 450 millions de dollars en mai, son concurrent Anthropic a engagé des discussions pour collecter 2 milliards de dollars supplémentaires, comme l’a rapporté Bloomberg début octobre. Ils s'ajouteront aux 4 milliards de dollars qu'Amazon prévoit d'investir dans la start-up. «Ces sommes gigantesques […] ont creusé l’écart entre l’Europe et les Etats-Unis en 2023 concernant la part des investissements allant vers l’IA. Outre-Atlantique, les investissements dans l’IA représentent 30% du total des financements de la tech, près du double de ce qui était observé au cours des années passées», ajoute Atomico.

La capacité de l'Europe à créer des leaders mondiaux ne fait pas l'unanimité

Face aux craintes de se voir distancer par les Etats-Unis, l'Europe conserve pourtant des atouts.  Atomico souligne que le Vieux Continent compte depuis 2019 davantage de professionnels de haut niveau sur l’IA que les Etats-Unis. «Bien sûr, beaucoup de ces professionnels travaillent pour des entreprises technologiques américaines bien implantées en Europe […], comme [la maison mère de Google] Alphabet ou Meta. Mais l’exemple de Mistral AI démontre que ces pools de talents européens sont devenus un terreau fertile pour une nouvelle génération d’entreprises de l’IA», indique l’étude.

Les acteurs de la tech questionnés par le fonds apparaissent malgré tout partagés sur la capacité de l’Europe à produire les prochains leaders mondiaux de l'intelligence artificielle. «Dans l’ensemble, la moitié de l’industrie est confiante [sur ce point], précise le rapport. Mais cette confiance ne s’applique certainement pas à tous, dans la mesure où 28% des répondants se montrent beaucoup plus pessimistes.»

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