La flambée épidémique bouscule de nouveau la vie des entreprises

Un Conseil de défense sanitaire se tient lundi 6 décembre. Avec la flambée de cas en France et en Europe et la diffusion international du variant Omicron, les entreprises réactivent les mesures de distanciation sociale en interne comme sur les événements extérieurs. Et doivent composer avec les restrictions de déplacement.

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Entrée Schneider Electric site de Grenoble HQE
Chez Schneider Electric, on revient à trois jours de télétravail par semaine.

Vendredi 3 décembre, en ouvrant leur boîte mail, les salariés de Schneider Electric France ont compris que la situation sanitaire rattrapait leur quotidien professionnel. La DRH leur a envoyé de nouvelles consignes à mettre en œuvre dès lundi 6 décembre et « au moins jusqu’au 15 janvier » : encouragement à reprendre trois jours de télétravail par semaine, remise en place des jauges dans les salles de réunion, limitation des déplacements à caractère non-stratégique. Fini, aussi, la pause-café, où les échanges informels avaient pu reprendre. Le mobilier des zones café est tout simplement supprimé. Et les nouveaux séminaires sont aussi interdits, en interne comme en externe, ainsi que de tous les événements conviviaux.

Ces dernières interdictions se généralisent dans les entreprises, comme en témoigne l’association des Traiteurs de France, qui regroupe les entreprises d’organisation d’événement. Elles enregistraient le 1er décembre, soit trois jours après le nouveau protocole sanitaire, l’annulation de 430 réceptions qui auraient représenté près de 155 147 convives. Il s’agit quasi-exclusivement d’événements professionnels, en particulier des fêtes de fin d’année de collaborateurs, mais aussi des réunions et séminaires. Selon le porte-parole de Traiteur de France, « l’activité de ce mois de décembre sera en retrait de 47% par rapport au même mois de 2019 ».

Des collectifs de travail endeuillés

Sophie Rousseau, de Rousseau Event, travaille à 80% pour les entreprises. Elle confie que « les coups de fils d'annulation pleuvent ». « Les autres, c'est parfois moi qui les incite à bien réfléchir car je crains qu'ils n'annulent finalement deux jours avant l’événement, lorsque nous aurons déjà engagé des frais », regrette-t-elle.

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Dans certaines entreprises, l’ambiance n’est de toute façon plus à la fête. Chez Maviflex, une PME de production de portes industrielles installée à Decines-Charpieu (Rhône), l’un des directeurs d’activité, âgé de 61 ans, est décédé du Covid le 1er décembre. Un choc pour tous les collaborateurs et sa dirigeante, Anne-Sophie Panseri qui perd plus qu'un collègue, un ami. L’entreprise avait réactivé depuis le la semaine dernière le télétravail avec une présence des collaborateurs en rotation dans les bureaux, et mis en œuvre l’aération régulière avec contrôle par capteurs de CO2.

« Nous nous préparons à une période difficile, avec aussi un ralentissement de l’activité », témoigne Anne-Sophie Panseri, qui a dû annuler un déplacement au Maroc avec la fermeture des frontières. Olivier Lafore, porte-parole d’Edilians, une PME spécialisée dans les solutions pour toits et façades en terre cuite, confirme aussi suivre à la lettre le protocole sanitaire du gouvernement, tandis que les salariés éligibles sont en télétravail deux à trois jours par semaine.

Événements revus ou reportés

Les salons et événements extérieurs commencent aussi à être touchés. Par exemple, la Convention des entreprises pour le climat qui se réunissait à Nantes du 2 au 4 décembre a décidé, deux jours avant son ouverture, de réduire le nombre des présents de 400 à 200, obligeant des entreprises participantes à n'envoyer sur place qu'un seul collaborateur. Certaines ont carrément jeté l’éponge pour cette session, comme l’équipementier grenoblois ARaymond qui a suivi l'événement à distance. A Toulouse, la start-up de 70 personnes Naïo Technologies, participante et coorganisatrice du World Fira, le salon international de la robotique agricole, compte bien maintenir sa présence à cet événement qui se déroule du 7 au 9 décembre.

« Le Fira propose en même temps un hall d’exposition avec des stands en physique à Toulouse, et une version digitale avec toutes les conférences retranscrites. Il est compliqué pour les gens de se déplacer à travers le monde. Nous avions décidé de ce format hybride il y a plusieurs mois en raison des incertitudes et ne le regrettons pas » explique le dirigeant de Naïo, Gaëtan Séverac.

A l’international, d’autres événements annoncent déjà leur report, comme « les Assises européennes de la transition énergétique ». Celui-ci accueille chaque année 3 500 personnes à Genève et devait se tenir du 1er au 3 février. Il faut dire que les déplacements internationaux de collaborateurs sont particulièrement contrôlés. Chez Arkema France, tout déplacement en dehors des frontières est soumis à une autorisation du comité exécutif.

En attente des décisions des Etats

Au-delà des décisions des entreprises, ce sont les Etats qui règlent la question. Si les vols en provenance d’Afrique australe font l’objet de restrictions dans de nombreux pays, la situation évolue au jour le jour pour le reste du monde. La Suisse avait imposé le 26 novembre une quarantaine obligatoire de dix jours aux voyageurs issus de pays jugés à risque, y compris des pays européens comme le Royaume-Uni, la Belgique, la République Tchèque, le Portugal ou les Pays-Bas. Mais a finalement décidé, le 3 décembre, de la supprimer au profit de tests plus stricts. Même politique aux Etats-Unis, où les tests à l’entrée doivent désormais dater de 24 heures, et non plus de 72 heures.

Mais Joe Biden a tout de même affirmé, le 2 décembre, « que rien n’est exclu sur les contraintes aériennes pour contrer la pandémie ». La menace plane donc à nouveau sur les relations transatlantiques. Le président d’Addev, une ETI spécialisée dans les matériaux haute performance, prend l’évolution de la situation avec philosophie. « Nous n’avons pas à ce jour modifié nos plans de déplacement. Nous avions bien profité de la réouverture des Etats-Unis, du Canada et du Royaume-Uni. Nous nous adapterons aux décisions gouvernementales prises par chaque pays », considère Pascal Nadobny. Les industriels commencent à avoir l’habitude, et les outils, pour affronter la restriction des contacts physiques. Ce sont plutôt « les contraintes sur les délais d’approvisionnement et le coût des matières premières », comme le souligne Gaëtan Séverac – sur lesquels les entreprises n’ont que peu de leviers d’action – qui restent le grand sujet d’inquiétude.

Anne-Sophie Bellaiche, avec Franck Stassi et Nathan Seiller-Mann

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