Etude

La décarbonation, un atout pour l'industrie française... à condition d'accélérer

L’industrie française n’est pas en retard par rapport à l'Allemagne dans la décarbonation, selon une note de la Fabrique de l’industrie et de McKinsey. Mais elle peine à accélérer, alors que son verdissement pourrait être un levier de compétitivité.

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L'industrie français a émis en moyenne 323 grammes de CO2 par euro de valeur ajoutée

L’industrie française fait-elle assez d’efforts pour se décarboner ? La réduction des émissions du secteur, qui représentait 20% des émissions totales de la France et 23% de celles de l'Allemagne, est pourtant stratégique pour espérer atteindre les objectifs de neutralité carbone à 2050 que s’est fixé l’Union européenne. Sur le papier, la situation n’est pas reluisante. Rapporté à la valeur ajoutée, l’industrie française a émis 323 grammes équivalent CO2 par euro produit sur son Scope 1, contre 254 grammes en Allemagne, selon une note de la Fabrique de l’industrie et McKinsey.

Un mix énergétique avantageux pour la France

En réalité, l’écart s’explique en grande partie par un biais statistique, plus que par un retard des industriels français. Grâce à la puissance de son industrie automobile, les secteurs les plus émetteurs - comme la métallurgie, le raffinage ou le ciment - pèsent en proportion moins lourd dans la valeur ajoutée de l’industrie allemande que dans celle de la France. S’y ajoute aussi probablement un effet de gamme, selon la Fabrique, favorable une nouvelle fois à l’Allemagne. «Pour toutes ces raisons, les comparaisons de l’intensité carbone des industries selon les pays sont très difficiles», reconnaît David Lolo, économiste à la Fabrique de l’industrie.

Les spécialisations industrielles jouent aussi sur l’intensité carbone par pays. Dans l’industrie verrière, la France produit, par exemple, davantage de verre creux, qui affiche un meilleur bilan carbone grâce à l’intégration de verre recyclé, que de verre plat.

L’industrie française affiche en revanche un meilleur bilan carbone que sa voisine lorsqu’on étend l’analyse au Scope 2, qui reprend les émissions indirectes liées à la consommation d’électricité. Le mix énergétique de l’industrie dans les deux pays est proche, avec 36% d’électricité dans celui-ci de part et d’autres du Rhin. Mais il est près de quatre fois plus carboné en Allemagne, à cause du recours aux centrales à charbon pour la production d’électricité.

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En tenant compte des différences de composition sectorielle, l’intensité carbone de l’industrie française est ainsi inférieure de 19% par rapport à l’Allemagne sur les Scope 1 et 2, selon le calcul de la Fabrique de l’industrie. La décarbonation pourrait ainsi devenir un des atouts de compétitivité de l’industrie française. «En France, le mix électrique est clairement un avantage comparatif. C’est une carte à jouer», confirme David Lolo. D’autant que l’électrification des procédés est l’un des leviers majeurs avancés par les industriels les plus émetteurs pour assurer leur décarbonation. A mesure que les prix des quotas carbone vont progresser, l’intensité carbone va devenir «un indicateur critique de compétitivité de l’industrie européenne», souligne la Fabrique de l’industrie.

Des investissements en suspens

Pour le moment, peu d’investissements ont pourtant réellement été engagés par les industriels. «Les industriels ont besoin de certitudes, avant d’avancer des cycles d’investissements. Parfois, les investissements verts sont plus onéreux que le coût de l’inaction», observe Matthieu Dussud, associé chez McKinsey, qui souligne aussi «un vrai sujet sur la capacité à exécuter les projets».

Les projets butent en grande partie sur la rentabilité de tels investissements. «Les industriels n’ont pas attendu la crise politique actuelle pour faire preuve de prudence», souligne David Lolo. Des feuilles de route ont bien été signées avec les 50 sites les plus émetteurs de CO2 en 2023, entre industriels et gouvernement. Des soutiens publics de 5,5 milliards d’euros ont aussi été réservés dans France 2030 pour financer en partie ces projets de décarbonation du secteur. Mais leur rentabilité dépend en grande partie de la disponibilité, mais aussi du prix de l’électricité.

Dans ce domaine, les incertitudes restent élevées. L’Etat a abouti à un accord avec EDF, en octobre 2023, sur le cadre de régulation de prix de l’électricité qui doit remplacer l’Arenh à partir de 2026. Il laisse entrevoir un prix moyen de 70 euro le mégawattheure (Mwh) pour l’électricité d’origine nucléaire sur un horizon de quinze ans. Un tarif déjà trop élevé par les industriels. «Au prix de l’énergie solaire espagnole, un industriel peut juger envisageable de changer son procédé pour passer à un four électrique. Ce n’est pas forcément le cas au prix de l’électron promis dans le mécanisme post Arenh», pointe Matthieu Dussup. Or pour McKinsey, il est peu probable que les prix des produits décarbonés n’augmentent et n’intègrent à terme des premiums pour les produits verts. «Aujourd’hui, le prix du gaz tourne autour de 30 à 40 euros le MWh et les quotas carbone coûtent près de 20 euros le MWh. C’est toujours plus rentable de produire avec des énergies fossiles qu’avec de l’électricité à 70 euros le MWh », confirmait un industriel interrogé avant l’été. La disponibilité d' hydrogène vert à un coût compétitif pour l'industrie constitue un autre défi, encore non résolu. Si ces freins ne sont pas levés, «il y a toujours un risque que cette décarbonation se fasse ailleurs», relève McKinsey.

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