La crise économique remet en cause l'actuelle organisation internationale du travail, estime Dominique Strauss-Kahn

Dans un article d'analyse sur les effets de la crise économique liée au Covid-19  publié dans la revue "Politique internationale" l'ancien patron du FMI s'inquiète notamment des conséquences "catastrophiques" de la pandémie sur les pays les plus fragiles. Il se félicite de l'action rapide des banques centrales pour les économies nationales, mais appelle à une mobilisation plus large et coordonnée, notamment en Europe. Pour l'ancien dirigeant politique, si cette crise - qui est aussi celle du pouvoir - met en lumière nos dépendances industrielles, elle pourrait générer "des formes de relocalisation de la production"

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Dominique Strauss-Kahn
"La simultanéité des chocs d’offre et de demande rend la situation présente si exceptionnelle et si dangereuse", estime l'ancien directeur-général du FMI.

"Cette récession ne ressemble que très partiellement à celles que nous avons connues parce qu’elle mêle un choc sur l’offre et un autre sur la demande", insiste l’ancien patron du FMI dans un article publié le 5 avril 2020 dans la revue "Politique Internationale". C’est d’ailleurs cette "simultanéité des chocs d’offre et de demande qui rend la situation présente si exceptionnelle et si dangereuse". Par conséquent, "à court terme, les pertes sont inévitables".

Dans ce contexte, la pandémie s’annonce "catastrophique" pour les pays les plus fragiles, s'inquiète Dominique Strauss-Kahn. Et des millions de personnes de la "classe moyenne émergente" risquent de replonger dans, l’extrême pauvreté, notamment en Afrique

Alléger les dettes des pays à bas revenus

Si l’ancien ministre français de l’Economie se félicite de la "riposte" des banques centrales - qui se sont montrées "particulièrement rapides et coordonnées", contrairement à la crise de 2008 - il regrette que les actions engagées n’auront d’impact sur les économies émergentes "que par ricochet". L’allègement des dettes des pays à bas revenus et l’émission massive de Droits de Tirage Spéciaux (DTS) "sont aujourd’hui un passage obligé pour contribuer à éviter une catastrophe économique dont les conséquences rejailliront au-delà des rives de la Méditerranée", affirme-t-il.

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Créé par le FMI en 1969 pour compléter les réserves de change officielles de ses pays membres, comme le rappelle l’institution, le DTS est actif de réserve international. Les DTS peuvent être échangés contre des devises librement utilisables. Cependant, l’action monétaire "a ses limites" et "des soutiens budgétaires doivent être mobilisés", poursuit l’ancien responsable politique. Une baisse de la demande, "non compensée par des mesures de soutien, va créer un deuxième choc sur l’offre et ainsi de suite", explique-t-il, pointant le risque "d’une spirale déflationniste" et de "ses conséquences funestes".

De nouvelles opportunités de croissance

Dans tous les cas, cette crise économique remet en cause l’actuelle division internationale du travail, analyse également Dominique Strauss-Khan. Ainsi, le besoin de sécurité sanitaire agissant comme un "révélateur", il est fort probable que nous assistions "à des formes de relocalisation de la production, régionales sinon nationales". Cette évolution aura bien évidemment un coût, "mais la crise que nous vivons peut suffire à en faire la pédagogie", estime l’ex directeur général du FMI.

Qui plus est, cette forme renouvelée de la mondialisation pourrait offrir de nouvelles opportunités de croissance pour les économies développées. "Les opportunités d’investissement créées par l’effondrement d’une partie de l’appareil de production, comme l’effet sur les prix de mesures de soutien, peuvent relancer le processus de destruction créatrice décrit par Schumpeter", avance l’économiste.

Une réponse budgétaire mutualisée

Si les gouvernements ont agi dans les temps, l’ancien ministre pointe néanmoins l’absence de coordination dans la réponse. Il appelle ainsi à une mobilisation plus prononcée de l’Union européenne. "Mais la mollesse du Conseil européen du 26 mars dernier et la pantomime de l’Eurogroupe ne poussent pas à l’optimisme", estime-t-il, insistant sur "la nécessité d’une réponse budgétaire mutualisée afin de ne pas mettre en péril la soutenabilité de la dette des pays les plus fragiles".

Une exigence qui renvoie "au débat sur la création des coronabonds". Mais pour y parvenir, il faudra "rompre avec l’un ou l’autre de ces deux tabous : l’indépendance de la banque centrale ou l’unanimité des États membres".

Une crise de la souveraineté

Enfin, pour l’ancien responsable politique, la crise actuelle est également "une crise du pouvoir". C’est "peut-être la plus inquiétante", insiste-t-il. Elle "jette une lumière crue sur la relativité de notre souveraineté". Et notre dépendance dans le domaine sanitaire (médicaments, matériels médicaux…) fait écho à une dépendance technologique "plus vaste", principalement dans le domaine du numérique. Mais cette crise peut aussi "donner sa seconde chance à l’Europe".

Une renaissance est possible sous deux conditions, estime l’ancien ministre : "que la solidarité européenne s’affirme dans le règlement de la crise sanitaire, que des hommes et des femmes portent et incarnent un renouveau de l’Europe politique". 

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