Une perte de 52 milliards d'euros de valeur ajoutée cumulée sur deux ans, c’est ce que prévoit le scénario modéré de PwC pour l’industrie manufacturière, selon l’étude que lui a commandé l’UIMM, la fédération de la métallurgie. Le secteur ne retrouverait son niveau de valeur ajouté attendue en l’absence de la crise du Covid qu’au premier trimestre 2022. "C’est notre scénario optimiste, mais le scénario pessimiste inclut une éventuelle seconde vague, qui nous rattrape peut-être avec les nouvelles qui viennent de Chine ou d’Allemagne, et qui montre un décrochage plus marqué" prévient Olivier Lluansi, associé Pwc, qui connaît bien le secteur pour avoir lancé le programme Territoires d’industrie à Bercy. En effet, le scénario noir indique une perte de valeur ajoutée cumulée de 98 milliards. Pour comprendre l'ampleur du choc, la valeur ajoutée de l'industrie manufacturière française était de 202 milliards d'euros en 2019.
311 000 emplois non créés ou menacés dans un scénario central
L’impact sur l’emploi est tout aussi déprimant, alors que l’industrie était entrée depuis deux ans dans une phase de création nette. Le nombre d’emplois directs non créés ou menacés s’étiage entre -187 000 et - 463 000 équivalents temps plein avec un scénario central à -311 000. Cette évaluation n’inclut pas les industries agroalimentaires, ni les secteurs de l’énergie, les déchets, l’assainissement moins touchées par la crise que l’industrie manufacturière "pure".
Pour le secteur qui est dans le périmètre de la fédération de la métallurgie, le total des emplois non créés s’élèverait en 2022 à 50 000 dans un scénario central, c’est-à-dire à mi-chemin entre le pessimiste et l’optimiste. Au-delà des emplois non créés, la priorité est d’éviter que les emplois menacés ne soient définitivement supprimés. "Il faut préserver les compétences, les dirigeants doivent se saisir des dispositifs d’activité réduite car ce qui peut apparaître comme un coût est en réalité un investissement" estime Olivier Lluansi.

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Des entreprises à recapitaliser
L’étude PwC s’est également intéressée à l’impact sur les taux de marges. Le pourcentage d’entreprises qui ont un excédent brut d’exploitation négatif est en moyenne historiquement de 16 % dans l’industrie manufacturière, ce taux pourrait doubler en 2021, ce qui appelle un enjeu de recapitalisation des entreprises. Il faudra de l’argent frais. Pour Olivier Lluansi, "de l’argent il y en a. Les marges existent dans l’importante épargne des Français. Il suffirait d’en flécher 5 % vers les PME et ETI, pour assurer la survie de l’appareil productif. Ce qu’il faut mobiliser c’est 100 à 200 milliards." Selon lui, il faut trouver les bons tuyaux pour le faire. En revanche, il reviendra aux entreprises de savoir vendre un projet mobilisateur et innovant pour séduire les investisseurs professionnels en charge de cette épargne grand public.
Moderniser via la commande publique
L’une des voies poussées par Olivier Lluansi pour moderniser l’appareil productif est aussi de revisiter le mode de commande publique, quitte à revenir paradoxalement au modèle "Gaullo-pompidolien". "Il faut passer d’une logique d’achats de produits finis à une logique de programme, comme le fait la Nasa avec Space X en lui achetant un développement et un certains nombres de lancements, comme le fait à sa manière très bien la DGA ( direction général de l’armement)."
Le télétravail, une chance
Enfin, l’ex Monsieur Territoires d’industrie, qui rappelle que la production ne se fait pas que dans les grandes zones métropolitaines, voit une chance dans le grand bond en avant qui est en train de se jouer sur le télétravail. "C’est une véritable opportunités pour le tissu industriel des villes intermédiaires qui pourront ainsi attirer des couples bi-actifs qui ne travaillent pas au même endroit. En permettant une installation en région de la famille avec l’un sur place et l’autre rattaché à une métropole dans un mix de présentiel et de télétravail." Vive les usines à la campagne et l’ordinateur dans le jardin.



