L’Insee évalue la chute de la croissance de la France à 17 % au deuxième trimestre, du jamais-vu depuis 1948

L’Insee a révélé le 17 juin sa nouvelle estimation de la croissance française pour le deuxième trimestre. Avec un PIB en chute de 17 %, la récession est historique. L’institut s’attendait toutefois à des pertes encore plus marquées quelques semaines plus tôt.

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Fret SNCF
L'Insee s'appuie notamment sur les données du fret ferroviaire pour estimer une reprise de l'activité économique en France.

Au premier trimestre 2020, deux semaines de confinement ont suffi à provoquer une récession de 5,3 %. Il fallait s’attendre à un choc encore plus grand au deuxième trimestre et l’Institut national de la statistique et des études économiques l’a confirmé. Dans son point de conjoncture* publié mercredi 17 juin, l’Insee estime l’évolution du PIB français à -17 %. “Ce serait la plus forte récession depuis la création des comptes nationaux français en 1948”, note l’institut.

Des pertes moindres dans les services aux entreprises

Dans le détail, la perte d’activité s’élèverait à 29 % en avril, 22 % en mai et 12 % en juin. Un sombre tableau pourtant relativisé. Fin mai, l’Insee tablait sur une récession de 20 %... au lieu des 17 % finalement annoncés.

Cette correction s’explique par différents facteurs : le bon déroulement du déconfinement sur le plan sanitaire, la levée progressive des mesures de restriction et disponibilité de nouveaux indicateurs. Côté production industrielle et consommation des ménages en biens, les nouvelles estimations sont conformes à celles de fin mai. “Les services aux entreprises auraient en revanche essuyé des pertes un peu moindres que ne le laissaient augurer les informations alors à notre disposition”, souligne l’Insee.

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L’industrie réduit ses pertes d’activité

L’Insee parle d’une reprise économique “très nette” depuis le milieu de mois de mai et la levée du confinement. La reprise du fret ferroviaire traduit ce rebond progressif. Début juin, le pourcentage de trains en circulation s’élevait à 85 %, contre 63 % entre le 23 mars et le 23 avril. Autre indicateur de cette reprise : les dépenses de consommation des ménages. En juin, l’Insee table sur des dépenses seulement inférieures de 5 % à une période normale d’activité.

Selon les estimations de l’Insee, la crise va continuer d’affecter la construction avec une perte d’activité de 34 %. D’autres secteurs devraient rebondir plus rapidement : l’agriculture, la sylviculture et la pêche (perte de -4 %) ; les services principalement marchands (-13 %) ; et l’industrie avec une perte de 15 % en juin contre 25 % au mois de mai.

Les secteurs industriels qui résistent le mieux sont la fabrication de denrées alimentaires, de boissons et des produits à base de tabac (perte de 2 % en juin), ainsi que les industries extractives, l’énergie, l’eau, la gestion des déchets et la dépollution (-5 %). Dans d’autres filières, l’activité est davantage ralentie : -38 % pour la fabrication de matériels de transport ; -21 % pour la fabrication d’équipements électriques, électroniques ou informatiques ; et -13 % dans la cokéfaction et le raffinage. Selon l’Insee, la faiblesse de la demande internationale et l’importance des stocks qui restent à écouler peuvent expliquer ces difficultés persistantes.

Des incertitudes sur la productivité et la croissance

L’Insee ne donne pas encore d’évaluation de l’impact des mesures sanitaires sur la productivité, un sujet sensible pour de nombreux secteurs de l’industrie. En revanche, ses données suggèrent que le télétravail reste important. Selon des données de téléphonie mobile, à la fin du mois de mai, les déplacements matinaux ne sont remontés qu’à 60 % de ce qu’ils étaient début février. “Cela traduit une reprise progressive de l’activité, mais aussi sans doute le maintien d’une large part de télétravail pour certaines professions et dans certains territoires”, commente l’institut. 

Après une baisse de consommation de 5,6 % au premier trimestre, la consommation des ménages pourrait diminuer de 12 % au deuxième trimestre. Une prévision “entourée d’une incertitude très élevée”, selon l’Insee. D’autant plus que le revenu disponible brut des ménages aurait diminué de 2,7 % en avril par rapport à une situation normale.

L’insee note aussi une grande interrogation sur l’évolution à plus long terme de l’économie. “Nous sommes réticents à vouloir nous lancer dans des exercices de prospective au-delà du trimestre en cours pour faire des prévisions de moyenne annuelle. Il y a déjà beaucoup d’émetteurs en la matière. Il y a les prévisions du gouvernement, de la Banque de France, de l’OCDE et bientôt celle du FMI”, fait remarquer Jean-Luc Tavernier, directeur général de l’Insee. Pour rappel, le gouvernement a prévu une récession de l’ordre de 11 % sur l’ensemble de l’année 2020

“L’économie reste tributaire des conditions sanitaires”, estime Jean-Luc Tavernier. Selon l’Insee, l’investissement des entreprises ou la consommation des ménages peuvent encore être ralentis en raison d'un effet d’attentisme. Des motifs de prudence sanitaire ou de précaution économique à prendre en compte, “dans un contexte où les craintes sur l’évolution du chômage sont en forte hausse après la perte d’un demi-million d’emplois au premier trimestre”.

*L'Insee innove sur sa méthodologie pendant la crise

Comme dans les entreprises, l’Insee a dû revoir ses méthodes de travail pendant la crise. D’habitude, les conjoncturistes de l’institut s’appuient sur des enquêtes menées auprès des entreprises et des ménages. “Étant donné que la crise et les chocs d’activité sont survenus subitement, il nous a fallu des indicateurs disponibles rapidement, appelés indicateurs haute fréquence”, explique Frédéric Tallet, économiste à l’Insee. “Bien souvent, ils sortent du cadre des statistiques officielles harmonisées internationalement mais ils sont disponibles avec moins de délais”, ajoute-t-il. Ces indicateurs ne sont pas beaucoup utilisés en temps normal. Ils peuvent effectivement présenter une forte volatilité. En voici quelques exemples exploités par l’Insee : la consommation d’électricité des pays, la concentration de dioxyde d’azote dans l’air, les distances parcourues par les utilisateurs de téléphonie mobile, montants agrégés de transactions par cartes bancaires, données de caisses de la grande distribution, ou encore données Google Trends sur certains mots-clés (chômage, centre commercial…).

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