La bataille sur la rémunération de Carlos Tavares ressurgit à l'occasion de l'assemblée générale de Stellantis

Après la forte défiance rencontrée lors de sa dernière assemblée générale, Stellantis va de nouveau soumettre la politique de rémunération de ses dirigeants à ses actionnaires ce jeudi 13 avril à Amsterdam. L’exercice devrait être périlleux, même si le constructeur a tout fait pour calmer les ardeurs de ses investisseurs ces derniers mois.

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Carlos Tavares _Dare Forward 2030
Le salaire de Carlos Tavares sera à nouveau scruté de près par les actionnaires de Stellantis.

Ces derniers mois, le conseil d’administration de Stellantis – à travers son comité de rémunération – s’est activé en coulisse pour convaincre ses actionnaires du bien-fondé de sa politique de rémunération des dirigeants. Selon le rapport annuel du constructeur automobile, 56% des actionnaires institutionnels ont été consultés en 2022 et en début d’année 2023 après une assemblée générale 2022 très mouvementée : les actionnaires avaient désapprouvé à 52% l’enveloppe de rémunération destinée aux dirigeants du groupe pour 2021. Dans leur viseur se trouvait en particulier la rémunération du directeur général Carlos Tavares, estimée à 19 millions d’euros ou à plus de 66 millions selon que l'on prend en compte, dans les grandes lignes, les montants versés ou attribués.

«Nous avons été déçus du résultat du vote consultatif de l’AG 2022 […] et nous nous sommes concentrés sur l’amélioration du soutien des actionnaires pour le futur», écrit ainsi Wan Ling Martello, la présidente du comité de rémunération, dans le rapport annuel. De quoi tenter de désamorcer un éventuel vent de révolte qui pourrait de nouveau s’exprimer ce jeudi 13 avril après-midi lors de l'assemblée générale 2023 de Stellantis. L’événement aura lieu à Amsterdam, aux Pays-Bas, pays où se trouve le siège social du groupe. Le lieu n'est pas anodin : cet emplacement avait permis au constructeur d’éviter en 2022 un vote contraignant, prévu en droit français. Cette année, Stellantis soumet toujours sa politique de rémunération 2022 à un vote consultatif. Mais le groupe procédera aussi à un vote contraignant sur sa nouvelle politique de rémunération effective à partir de 2023.

"Ce montant reste élevé"

L’attention prêtée aux actionnaires ces derniers mois et ses résultats record pourraient permettre à Stellantis de mieux vivre ce rendez-vous que le précédent. En février, le groupe a affiché un bénéfice net de 16,8 milliards d’euros pour 2022 ainsi qu’une marge opérationnelle proche de celle de Mercedes et bien supérieure à celle de Volkswagen.

Mais l’enveloppe de rémunération au titre de l’année 2022 cristallise des mécontentements. «Après les 66 millions de l’an passé, nous calculons cette année une rémunération moins élevée de 19,6 millions d’euros, tandis que la société évoque 23,5 millions d’euros. Nous sommes opposés à ce montant malgré tout car il reste élevé par rapport à des sociétés de taille et secteur comparables, que ce soient des sociétés du CAC 40 ou des entreprises du secteur automobile à l’échelle européenne», regrette auprès de L’Usine Nouvelle Charles Pinel, le directeur général de l’agence Proxinvest qui conseille les actionnaires dans leurs votes. Dans son rapport annuel, Stellantis insiste de son côté sur le caractère "mondial" du groupe qui réalise par exemple près de 50% de son chiffre d’affaires en Amérique du Nord. D’où un besoin estimé de comparer sa politique de rémunération à des entreprises non seulement européennes mais aussi américaines afin d’«attirer et retenir [ses] plus hauts dirigeants».

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Une nouvelle politique plus appréciée

Au total, Carlos Tavares a été payé 14,9 millions d’euros en 2022, selon les calculs de l’entreprise. Mais le directeur général bénéficie également d’un plan d’incitation de long terme avec à la clé des acquisitions prévues d’actions au bout d’une durée de trois ans, pour un total de 23,5 millions d’euros. Cette attribution d’actions n’est partiellement pas sujette à des conditions de performance, à hauteur de 25% précisément. Un point qui dérange certains actionnaires. «C’est une pratique américaine mais veut-on vraiment reprendre toutes les pratiques américaines ?» interroge Charles Pinel. «Sur la politique de rémunération 2022, Stellantis n’a rien modifié donc nous avons voté contre», appuie Denis Branche, le directeur général délégué de la société de gestion Phitrust qui avait participé à la fronde de l’an passé. 

A l’inverse, Stellantis devrait avoir moins de mal à faire accepter sa nouvelle politique de rémunération pour les années à venir. «Nous l’approuvons car le groupe a tenu compte des critiques des actionnaires», souligne Charles Pinel. Le constructeur prévoit notamment de soumettre 100% des actions attribuées à partir de 2023 dans le cadre de son plan d’incitation de long terme à des critères de performance. Une autre avancée obtenue par les investisseurs conduira à éviter une distribution d’actions au dirigeant en cas de mauvaise performance en Bourse. «Nous avons voté pour la nouvelle politique de rémunération car il y a eu un effort de clarification notable sur les critères de performance liés à la rémunération de long terme, que ce soit sur l’électrification ou la technologie», ajoute Denis Branche.

Partage de la valeur

Avec sa nouvelle stratégie, Stellantis peut espérer des AG plus tranquilles dans les années à venir. Même si le salaire fixe de Carlos Tavares, de2millions d’euros en 2022, reste plutôt élevé aux yeux des investisseurs, tout comme son bonus annuel qui peut atteindre 400% du salaire fixe au maximum. Au-delà de l'AG, la pilule pourrait aussi être difficile à avaler pour les syndicats qui réclament plus de partage de la valeur dans le groupe, malgré la redistribution de 2 milliards d'euros de bénéfices déjà prévue en faveur des salariés. En 2022, la rémunération de Carlos Tavares était 365 fois supérieure à celle du salarié moyen de Stellantis.

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