Après des bénéfices record en 2022, Stellantis se prépare à l'érosion de son "pricing power"

L'inflation et des volumes en baisse n'ont pas empêché Stellantis de réitérer son exploit : générer un taux de marge opérationnelle à deux chiffres en 2022. Une performance notamment liée à une politique d'augmentation des prix. Mais le patron de l'entreprise, Carlos Tavares, s'attend à une érosion de son «pricing power» à cause du rééquilibrage entre l'offre et la demande sur le marché automobile.

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Carlos Tavares _Dare Forward 2030
Le directeur général de Stellantis, Carlos Tavares, avait présenté en mars 2022 son plan stratégique pour 2030.

Deuxième année d’existence pour Stellantis et deuxième année de résultats record. Mercredi 22 février, le constructeur automobile né de la fusion entre PSA et Fiat Chrysler Automobiles (FCA) a fait état d’un bénéfice net de 16,8 milliards d’euros en 2022, en hausse de 26% par rapport à 2021. Malgré l’inflation et des volumes en diminution, le groupe a pu dégager une marge confortable de 13%, en ligne avec ses objectifs pour 2030 (contre 11,8% l'année précédente).

«Outre nos résultats record et la mise en œuvre rigoureuse de notre plan stratégique Dare Forward 2030, nous avons également démontré l’efficacité de notre stratégie en matière d’électrification en Europe. Nous disposons désormais de la technologie, des produits, des matières premières et de l’écosystème complet de batteries pour mener à bien cette même transformation en Amérique du Nord», exulte dans un communiqué le directeur général de l’entreprise, Carlos Tavares.

Guerre des prix et chasse aux coûtstruncate

Gigantesque constructeur englobant 14 marques, Stellantis n’avait pas encore révélé ses résultats commerciaux pour 2022. Avec 5,84 millions de véhicules vendus à travers le monde, le groupe a vu ses ventes se réduire de 11,2%. Pourtant, son chiffre d’affaires a bondi de 18%, à 179,6 milliards d’euros. Et le groupe espère atteindre les 300 milliards d’euros à l’horizon 2030. «Nous ne sommes pas là pour rétrécir l'entreprise, nous sommes là pour doubler son revenu net», a assuré Carlos Tavares devant les investisseurs.

La réussite du groupe résulte d’une "dynamique de prix nets solide, d’un mix véhicules favorable et d’effets de change positifs", explique Stellantis. Le constructeur a par exemple augmenté ses ventes de véhicules électriques de 41%.

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Dans un contexte de pénuries et d'offre limitée, les constructeurs automobiles ont augmenté leur prix pour compenser l'impact de l'inflation. Mais maintenant que la situation sur la chaîne d'approvisionnement se détend, «il y a un rééquilibrage entre l'offre et la demande», observe Carlos Tavares. «Nous avons une quantité importante de voitures dans les stocks de notre réseau de concessionnaires. Nous sommes proches du million d'unités. Cela signifie que l'offre est de retour», a-t-il ajouté.

«Notre plan consiste à réduire notre coût total de production à un rythme plus rapide que celui de l'érosion du pricing power», a indiqué Carlos Tavares. «Certaines matières premières sont en train de se calmer en termes d'inflation et certaines d'entre elles sont même en train de baisser. Cela va représenter une bonne contribution à la réduction des coûts», espère le directeur général.

Stellantis joue gros en Amérique du Nord

Au total, l’entreprise dit avoir vendu 288 000 véhicules 100% électriques. Cela représente à peine 5% de ses volumes mondiaux. Mais Stellantis se dit prêt pour la transition électrique. «Avec 23 BEV (véhicules électriques avec batterie,) actuellement sur le marché, le portefeuille de BEV devrait plus que doubler pour atteindre 47 modèles électriques d’ici fin 2024, avec l’objectif de dépasser 75 BEV disponibles et 5 millions de BEV vendus dans le monde à l’horizon 2030», projette Stellantis.

«La croissance de nos ventes dans les BEV a été réalisée uniquement grâce à l'Europe. Notre offensive dans l'électrique n'a même pas encore commencé aux États-Unis mais nous allons le faire cette année», a indiqué Carlos Tavares. En 2023, la marque Ram prépare le lancement du fourgon ProMaster, qui sera son premier véhicule électrique aux États-Unis. L’enjeu est de taille puisque le groupe franco-italien ressemble de plus en plus à un constructeur américain. L’Europe élargie a beau représenter le premier marché de Stellantis en termes de volumes, l’entreprise a réalisé 85,5 milliards d’euros de ventes en Amérique du Nord. C’est presque la moitié (47,6%) du chiffre d’affaires du groupe.

Stellantis fait valoir sa force de frappe

Là où Renault fait valoir sa compacité et son agilité, Stellantis veut montrer l’exemple d’une consolidation réussie dans le secteur automobile. Sous l'égide d’un Carlos Tavares très attentif à la performance et aux coûts, le constructeur dit avoir généré l’équivalent de 7,1 milliards d’euros de cash net grâce aux synergies, "avec plus de deux ans d’avance sur l’objectif de 5 milliards d’euros par an".

L'impact social de cette chasse aux coûts n'est pas neutre. Le groupe a par exemple décidé d'arrêter la production sur son site de Belvidere dans l'Illinois (États-Unis) en février. Une décision que Carlos Tavares justifie par le coût de la transition électrique. «Tout ce que nous ferons, pas seulement à Belvidere mais partout dans le monde, visera à absorber le coût supplémentaire d'une technologie qui a été décidée par les États», a prévenu le dirigeant.

Au-delà des économies d’échelle, la taille de Stellantis permet une force de frappe non négligeable dans les grands chantiers qui animent le secteur automobile. Sur la transition électrique, le groupe a confirmé en 2022 la localisation des cinq futures usines de batteries auxquelles il participe (dont trois en Europe et deux en Amérique du Nord). "Stellantis continue à mettre l’accent sur l’intégration verticale des matières premières : des accords distincts ont été signés avec Vulcan Energy, Controlled Thermal Resources, Alliance Nickel Limited (anciennement GME Resources Limited), Element 25 et Terrafame", ajoute le groupe.

À ces accords, il faut ajouter une salve de partenariats dans le domaine du logiciel avec Amazon, Foxconn et Qualcomm. Désireux de se présenter comme une "entreprise automobile technologique", Stellantis dit avoir embauché 1 500 ingénieurs logiciel. "La stratégie software est en bonne voie pour atteindre ses objectifs 2030 fixés à 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires net", assure Stellantis qui revendique un parc de 13 millions de voitures connectées monétisables.

La question sensible du partage de la valeur

Avec ces résultats record, Stellantis devrait être particulièrement scruté sur la question du partage de la valeur. En 2022, les syndicats français du groupe avaient dénoncé une redistribution insuffisante dans un contexte d'inflation. Le groupe avait également dû faire face à une polémique sur le salaire de Carlos Tavares, alors que les actionnaires de Stellantis avaient voté contre cette rémunération à l’assemblée générale du groupe en avril 2022.

Pour les investisseurs, Stellantis propose un dividende ordinaire de 4,2 milliards d’euros, ce qui correspond à un versement de 1,34 euro par action. Et "en reconnaissance de la performance des employés du monde entier", le constructeur prévoit de distribuer un montant de 2 milliards d’euros à ses salariés. «C’est 200 millions de plus que l’an dernier et c’est une juste reconnaissance de la contribution de tous les collaborateurs de l’entreprise pour faire gagner Stellantis dans un contexte économique très exigeant», fait valoir Carlos Tavares dans un communiqué.

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