A l’heure où la guerre électronique se généralise dans les zones de conflit, l’intelligence artificielle (IA) s'impose à son tour sur le terrain. Et Safran se positionne en première ligne. A l’occasion du salon de la défense et de la sécurité Eurosatory, organisé à Paris du 17 au 21 juin, l’industriel a dévoilé son intention d‘injecter une dose croissante d’IA dans ses équipements de défense. Nom de code de cette stratégie, officialisée mercredi 19 juin : ACE, pour Advanced Cognitive Engine. Elle vise à fournir aux forces armées une meilleure connaissance de leur environnement, en perpétuelle évolution.
«L’IA est utilisée depuis plusieurs années dans le groupe pour de l’analyse de données a posteriori, rappelle Estelle*, directrice adjointe R&T au sein de Safran Electronics & Defense. Mais aujourd’hui, l’intelligence embarquée, basée sur l’apprentissage de données via des réseaux de neurones, nous permet d’envisager de nombreuses fonctionnalités apportant des gains significatifs.» En concertation avec certains utilisateurs, Safran développe des algorithmes adaptés aux besoins spécifiques des équipements de défense.
Aides automatisés à la détection
Premières cibles d’application : le viseur terrestre Paseo ainsi que sa déclinaison maritime, le Paseo XLR. L’intelligence artificielle permet d’augmenter leurs capacités en matière de suivi de cible, de détection, de classification et d’identification. Concrètement, ACE corrige les effets générés par les conditions environnementales, comme les turbulences et la faible luminosité. Au quotidien, les forces armées peuvent générer leurs propres bases de données pour améliorer les capacités d’apprentissage de leurs équipements.
«Dans un second temps, ACE a pour objectif d’alléger la charge cognitive pour les opérateurs en proposant des aides automatisées à la détection, mais aussi du pistage en multicibles, de la classification et du dénombrement», énumère Marc*, ingénieur en chef déploiement de l’IA chez Safran Electronics & Defense. Autre fonctionnalité clé : la localisation géographique des cibles et du porteur lui-même.
S'assurer de la fiabilité de l'IA
Parmi les défis techniques à relever pour ce dopage des équipements de défense à l’intelligence artificielle : concevoir un système capable de maîtriser les variations de calcul inhérentes à l’usage de l’IA pour garantir la fiabilité des résultats fournis. Un principe indispensable pour de telles applications, au cœur du programme de recherche technologique Confiance.ai qui rassemble acteurs académiques et industriels.
Autre difficulté que Safran doit résoudre, celle de la « transferabilité » aussi dénommée «transfer learning». En clair, il faut parvenir à répondre à cette question : ce qu’a appris l’IA sur un théâtre d’opérations est-il tout aussi pertinent sur un autre terrain ? Un enjeu critique pour les forces armées, qui doivent savoir dans quelle mesure elles peuvent s’appuyer sur l’expérience accumulée de l’IA.
Enfin, pour pouvoir rendre opérationnels ses premiers produits contenant de l’intelligence embarquée, Safran doit trouver le bon compromis entre poids et puissance de calcul pour offrir de réels gains aux opérateurs. Après les viseurs, l’IA pourra alors s’insinuer dans une bonne partie des produits de défense du groupe, et pourquoi pas dans le système de combat aérien du futur (SCAF).
*Les personnes citées n'ont pas souhaité publier leur nom de famille.



