En pleine économie de guerre, Safran démontre que l’agilité n’est pas l’apanage des start-up

Sur fond d’économie de guerre, la forte augmentation des cadences de production n’est pas le seul enjeu auxquels sont confrontés les industriels de la défense. Ils doivent aussi réduire les temps de développements de leurs produits, comme Safran en fait déjà la démonstration à la veille du salon Eurosatory. 

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Safran Paseo XLR
En quatre semaine, le viseur Paseo XLR a été adapté pour les besoins d'une frégate. Économie de guerre oblige, Safran multiplie les projets courts de développement.

L’alpha et l’oméga de l’économie de guerre, prônée au plus haut niveau de l’Etat depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ne se résume pas à devoir produire plus vite. Les industriels de la défense doivent aussi être en mesure de dégainer plus rapidement de nouveaux systèmes aux armées. En lieu et place des développements s’étirant sur des années et anticipant une kyrielle de fonctionnalités, il faut savoir livrer des équipements sans viser la perfection. Une petite révolution dans le monde de l’ingénierie, surtout pour les grands groupes. Mais certains, comme Safran, semble avoir déjà pris le pli.

«Le temps particulier du marché de la défense que nous vivons appelle des solutions agiles incrémentales, bien plus que lorsque nous vivions des dividendes de la paix», résume Franck Saudo, président de Safran Electronics & Defense. Une déclaration effectuée en petit comité fin mai, alors que se profile le salon de la défense Eurosatory, organisé à Paris du 17 au 21 juin. Ces propos font écho à l’injonction faite par Emmanuel Macron, lors des vœux aux armées en janvier dernier. «Il s'agit maintenant de répondre en boucle courte aux besoins de nos armées comme ceux de nos alliés et partenaires qui sont aujourd'hui au front, a insisté le président de la République. Le pilotage par les délais est vital. Il ne faut plus compter en années, mais en mois et semaines.»

Chez Safran, on assure que l’appel a bien été pris en compte, preuves à l’appui. Le groupe va dévoiler fin juin un système anti-drones, dénommé Skyjacker, capable de leurrer le positionnement d’engins attaquant en essaim. Durée de développement de ce système qui pourrait être déployé pendant les Jeux Olympiques : 6 mois. Autre exemple avec le viseur naval Paseo XLR, dont l’intégration sur une frégate n’a duré que quatre semaines alors même qu'il n'avait pas encore été mis en oeuvre sur ce type de navire. Une réactivité record qui répondait à un besoin urgent : celui de pouvoir identifier les menaces aériennes en mer Rouge, de sorte à ajuster au mieux la réponse face à chaque attaque. Et éviter notamment l’usage parfois disproportionné de missiles Aster.

Cette réactivité attendue de l’industrie de défense devrait sans aucun doute se matérialiser durant le salon Eurosatory, avec une profusion inédite de nouveaux produits. Bien sûr, les industriels sont contraints de maintenir des grands programmes nécessitant de longues années de développement. Mais l’agilité qui leur est aujourd’hui demandée va exiger qu’ils revoient en partie leurs méthodes, qu’ils s’ingénient à organiser l’innovation, qu'ils acceptent l'imperfection. Un défi industriel mais aussi foncièrement humain.

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