Les satellites de SpaceX ont pris un sérieux coup de soleil. Lors d’un énième lancement depuis le centre spatial américain Kennedy (Floride) visant à garnir sa constellation Starlink, l’entreprise américaine a été confrontée jeudi 3 février à un incident peu banal. Pas moins de 40 satellites – sur une grappe de 49 engins – ont été détruits quelques heures plus tard en raison d’un orage géomagnétique. La facture pourrait atteindre 100 millions de dollars, selon un expert cité par le New York Times.
A l’origine du phénomène qui a touché ces satellites destinés à offrir l'internet haut-débit : une éjection de masse coronale en provenance du Soleil. « Il s’agit essentiellement d’électrons libérés par des bulles de plasma, détaille Robert Ecoffet, expert senior environnement spatial et effets au sein du Centre national d'études spatiales (Cnes). Ce vent solaire interagit avec la haute atmosphère entre 100 et 300 kilomètres d’altitude, ce qui génère les aurores boréales et peut aussi chauffer l’atmosphère par transfert d’énergie. »
Une altitude qui pose question
Les satellites Starlink ont du coup été soumis à des forces de frottement plus importantes que d’habitude, en raison de cette densification de l’atmosphère entraînant de facto une augmentation de la traînée. Attirés dès lors vers la Terre, ils se sont désintégrés dans l’atmosphère. « Le GPS embarqué suggère que la gravité de la tempête a entraîné une augmentation de la traînée atmosphérique jusqu'à 50% supérieure à celle des lancements précédents », précise SpaceX sur son site internet. Même si les satellites ont été positionnés pour limiter leur prise au vent, rien n’y a fait.
Mais si SpaceX a dû en découdre avec un vent solaire, c’est que l’entreprise opte pour une stratégie de lancement bien particulière, qu’elle est la seule à appliquer. A savoir : positionner temporairement ses satellites à 210 kilomètres d’altitude, permettant dès lors soit de poursuivre leur mise en orbite à plus haute altitude, soit de les précipiter vers le sol en cas de détection d’un dysfonctionnement technique, ce qui permet d'éviter de générer des débris dans l’espace. « Et c’est justement à cette altitude que les vents solaires peuvent encore pousser les satellites vers la Terre », souligne Robert Ecoffet.
Le vent solaire, une menace pour le new space?
SpaceX, qui a déjà envoyé plus de 1 900 satellites Starlink en orbite, avait-il anticipé ces risques liés à la météo solaire ? Son modèle doit-il être revu, alors même que l’intensité de ce vent solaire était modérée le 3 février ? « Je suis convaincu que nous allons assister à un événement extrême au cours du prochain cycle […], explique au New York Times Hugh Lewis, expert en débris spatiaux à l'Université de Southampton en Angleterre.Si une petite explosion peut assommer 40 satellites Starlink suspendus à basse altitude orbitale, un vent solaire plus puissant a le potentiel d'infliger plus de dégâts aux méga-constellations de SpaceX et d'autres sociétés. »
Les vents solaires représentent-ils une menace sérieuse pour les méga-constellations, ces piliers du new space ? « Il faut prendre cette justification d’Elon Musk, qui est juste d’un point de vue scientifique, avec des pincettes, nuance Robert Ecoffet. Comme nous l’avons observé avec nos partenaires tels que CLS et le CNRS, les six derniers lancements de SpaceX ont tous été effectués dans des conditions de météorologie solaire identiques. Pourquoi se serait-il uniquement produit un problème lors du dernier ? » Pour l’expert, cette explication pourrait cacher d’autres raisons, comme un dysfonctionnement technique ou des défauts de production.



