Les restes d'une fusée chinoise vont s'écraser sur la Lune début mars

En orbite depuis 2014, un étage d'une fusée chinoise va s'écraser sur la surface lunaire début mars, selon les calculs effectués par plusieurs astronomes. Un impact non-intentionnel, mais qui pourrait permettre d'en apprendre plus sur la géologie lunaire.

Réservé aux abonnés
La Lune vue par la sonde indienne Chandrayaan-2
Le débris de quatre tonnes devrait heurter la Lune à une vitesse de 2,58 km/s.

Bill Gray, un astronome américain qui a créé un logiciel permettant de calculer les trajectoires d'astéroïdes et d'autres objets, a été propulsé sur le devant de la scène scientifique fin janvier en raison d'une découverte majeure : les restes d'une fusée à la dérive s'écraseront début mars sur la Lune.

Le chercheur avait d'abord assuré qu'il s'agissait du deuxième étage d'une fusée Falcon 9, construite par l'entreprise SpaceX et envoyée dans l'espace en février 2015 pour déployer un satellite météorologique chargé d'étudier les vents solaires, mais il s'avère qu'il avait mal identifié l'objet. Mi-février, Bill Gray a reconnu son erreur et a indiqué que les débris en question provenaient en réalité d'une fusée chinoise Longue Marche 3C. Celle-ci avait décollé en octobre 2014 lors de la mission Chang'e 5-T1, dont l'objectif était de collecter des échantillons lunaires.

Un événement rare

Malgré cette inexactitude, le scientique reste convaincu que le morceau de fusée de quatre tonnes percutera la face cachée de la Lune le 4 mars prochain, à une vitesse de 2,58 km/s. En raison de l'effet de la lumière du Soleil, le moment de l'impact et sa zone précise pourraient être légèrement modifiés, mais la probabilité d'une collision est aujourd'hui certaine, les données ayant été confirmées par ses pairs. Le cratère qu'elle formera devrait ensuite être étudié par la sonde LRO (Lunar Reconnaissance Orbiter) de la Nasa ou la sonde indienne Chandrayaan-2, afin d'en apprendre plus sur la géologie lunaire.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

« J'étudie des déchets spatiaux de ce type depuis près de 15 ans [...] C’est le premier impact lunaire non-intentionnel dont j’ai connaissance », a expliqué le chercheur sur son site internet. Par le passé, des vaisseaux ont déjà délibérément été projetés sur la Lune à des fins scientifiques. En 2009 par exemple, la Nasa avait effectué une mission kamikaze dans une région située près du pôle Sud lunaire, dans le but de détecter des traces d'eau. Une mission couronnée de succès, car « d'importantes quantités » d'eau gelée avaient été découvertes.

Améliorer la réglementation

Pour certains astronomes, comme Jonathan McDowell, il y a peu de chances que l'événement prévu le 4 mars soit unique. « Environ 30 à 50 objets comme celui-ci ont disparu dans l'espace lointain depuis des dizaines d'années et n'ont jamais été récupérés depuis, précise-t-il sur son blog. Certains d'entre eux ont probablement frappé la Lune sans que nous ne nous en apercevions ».

Ces impacts pourraient se multiplier à l'avenir, en raison du renouveau de la conquête spatiale, cette fois en grande partie portée par des entreprises privées. « Aucune des agences spatiales ne se soucie de laisser des débris au-delà de la Lune, regrette le scientifique. Il est temps pour le monde de prendre plus au sérieux la réglementation et le catalogage de l'activité dans l'espace lointain ».

Même s'il représente une opportunité de découvertes passionnantes, ce crash involontaire aurait fait figure de mauvaise publicité pour SpaceX. L'entreprise d'Elon Musk a été chargée de bâtir le vaisseau qui permettra aux Américains de retourner sur la Lune, au plus tôt en 2025. La méga-fusée Starship doit d'ailleurs tenter un premier vol orbital au cours de l'année 2022. Espérons qu'elle ne subisse pas le même sort que ce vieux débris chinois.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.