Les préparatifs progressent pour déployer le premier calculateur quantique des Emirats arabes unis. Le 15 août, l’Institut d’innovation technologique (TII) d’Abu Dhabi a installé deux cryostats de la marque finlandaise Blue Fors dans son centre de recherche quantique, créé début 2021 pour héberger le premier processeur quantique du pays. Un moment symbolique, qui marque la fin de la préparation du laboratoire et le début de l’installation du calculateur.
Ici, les équipes ne travaillent pas seules. L’institut de recherche émirati est accompagné dans ses travaux par la start-up espagnole Qilimanjaro… dont l’un des cofondateurs, José Ignacio Latorre, est directeur de recherche du Quantum Research Center d’Abu Dhabi. Il supervise le développement du processeur, qui sera maintenu à une température proche du zéro absolu, grâce à ces cryostats, pour fonctionner.
Approche du recuit quantique
Fondée en juillet 2020, la jeune société est une spin-off de l’université de Barcelone, de l'Institut de physique espagnol des hautes énergies ainsi que du Barcelona Supercomputing Center – le centre de calcul intensif national. "Notre objectif à long terme est d’être l’une des entreprises développant des ordinateurs quantiques et offrant en même temps des solutions d’algorithmique quantique à d’autres", expliquait José Ignacio Latorre, directeur scientifique de la pépite, dans un communiqué. L’entreprise propose notamment une suite logicielle open source, Qibo, compatible avec les systèmes conventionnels et quantiques.
La technologie hardware développée par Qilimanjaro est celle dite du recuit quantique, aussi utilisée par le canadien D-Wave. Si cette approche se base sur des qubits supraconducteurs, elle est difficilement comparable à celle d’IBM ou Google, qui cherchent à développer des calculateurs quantiques universels, capables de réaliser tous types de calculs. Ici, la méthode permet de résoudre certains problèmes mathématiques complexes, comme des arbres de décision ou des questions d’optimisation, de manière quasiment autonome : en convergeant vers un état d’énergie minimum, le système trouve la solution optimale au problème qui lui est posé.
Une approche limitée à certains calculs, qui ne permet pas de créer un ordinateur quantique universel… mais qui est présentée comme ayant davantage de débouchés à court terme par la start-up. Sur son site, elle rappelle : "Qilimanjaro se concentre sur les délais de commercialisation en concevant un système de recuit quantique ne nécessitant pas de correction d’erreur et arrivant donc plus vite sur le marché" que les approches vouées à développer un ordinateur quantique universel.
Un prochain à Singapour ?
L’ordinateur quantique des Emirats arabes unis devrait donc, en toute logique, se baser lui aussi sur cette technologie. L’équipe chargée de son développement mènera, d’après le média spécialisé Wired, ses premières expériences sur un unique qubit importé d’Europe, avant de fabriquer les siens. "Nous prévoyons que la première puce quantique simple Made in Abu Dhabi soit fabriquée d’ici la fin de l’été", avançait en mars José Latorre dans un communiqué du TII. Au départ, d’après le média américain, cette première puce devrait compter deux qubits. S’ajoutera ensuite un troisième, voué à réduire les interférences entre les deux premiers.
Les premières expériences menées sur le processeur quantique émirati porteront alors sur ses capacités propres, avant de s’attaquer aux cas d’usages concrets – attendus par le TII dans des domaines comme l’intelligence artificielle, la médecine ou encore la conception de batteries.
En attendant, la start-up barcelonaise ne se contente pas de cet unique partenaire. Elle fait partie d’un programme de recherche d’Horizon 2020, AVAQUS, lancé en octobre 2020. Doté de 3 millions d’euros, il rassemble huit partenaires académiques et trois jeunes pousses européens, dont la hollandaise Delft Circuits et l’allemande Heisenberg Quantum Solutions.
Dès sa création, Qilimanjaro se targuait par ailleurs d’avoir signé deux contrats avec des clients internationaux, pour un montant total de 3 millions d’euros… L’un d’eux semble être le centre de recherche d’Abu Dhabi. L’autre, encore inconnu, pourrait peut-être se cacher à Singapour, où José Ignacio Latorre dirige le Center for Quantum Technologies, un centre de recherche théorique et expérimentale sur les technologies quantiques.



