Tout comprendre à Advantage, un calculateur quantique de 5 000 qubits pour les entreprises

La société canadienne D-Wave a annoncé avoir créé "le premier ordinateur quantique pour les entreprises". Accessible en cloud à partir du 8 octobre, il compte 5 000 qubits. Un chiffre supérieur à celui des machines les plus développées d’IBM (65 qubits), Google (54 qubits) et Honeywell (6 qubits)... mais pas forcément comparable.

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Puce quantique D-Wave
En plus de ses 5 000 qubits, le processeur quantique de D-Wave s'appuie sur un des environnements hybrides les plus aboutis du marché.

Le calcul quantique, une techno encore loin du marché ? Pas si sûr. La société canadienne D-Wave a annoncé l’arrivée d’Advantage : "le premier ordinateur quantique pour les entreprises", assure-t-elle dans un communiqué. Accessible à partir du 8 octobre sur la plateforme cloud Lead, ce système compte… 5 000 qubits. Bien au-delà des machines les plus développées d’IBM (65 qubits), Google (54 qubits) ou Honeywell (6 qubits).

Plus encore : chacun de ces bits communique avec 15 autres simultanément. Avec cette connectivité, la machine pourrait résoudre, d’après l’entreprise, des calculs contenant un million de variables. "Cette caractéristique apporte un réel gain de performances, analyse Christophe Jurczak, directeur général du fonds d’investissement spécialisé Quantonation. Elle permet de gagner en parallélisme : de faire davantage de calculs simultanés."

Une approche analogique, pas numérique

Une performance mathématique déjà exploitée par plusieurs entreprises : la start-up californienne Menten AI utilise Advantage pour concevoir de nouvelles protéines et Accenture pour optimiser des transactions bancaires. Même Volkswagen y a fait appel pour… créer une application de planification d’atelier de peinture.

Pour autant, le système de D-Wave est difficilement comparable à ceux d’IBM ou Google. Bien qu’il exploite comme eux des qubits supraconducteurs, Advantage se base sur l’approche dite de recuit quantique. Cette méthode permet de résoudre certains problèmes mathématiques complexes, comme des arbres de décision, de manière quasiment autonome : en convergeant vers un état d’énergie minimum, le processeur trouve la solution optimale au problème qui lui est donné.

"C’est une approche analogique, pas numérique, explique Christophe Jurczak, par ailleurs docteur en physique quantique. Le système n’utilise pas de programme numérique pour piloter les qubits, il converge vers la bonne solution naturellement." Une approche limitée à certains calculs, notamment d’optimisation combinatoire, qui consiste à chercher le meilleur choix parmi de nombreuses possibilités.

Environnement hybride des plus aboutis

Mais cette méthode ne permet pas de créer un ordinateur quantique universel. "Ce n’est pas un quantum computer au même titre que ceux développés par IBM ou par [la start-up française] Pasqal, continue-t-il. D’ailleurs, la machine est présentée comme un solveur hybride." Un système capable de résoudre des problèmes mathématiques complexes, donc, qui n’exploite pas uniquement les technologies quantiques.

Car Advantage ne repose pas uniquement sur des qubits. Pour le mettre à disposition de ses clients, D-Wave a développé un environnement complexe sur son cloud, Leap. "Les API, l’architecture cloud, les processeurs hybrides… Tout ce qui entoure le processeur quantique est très bien réalisé, admet l’expert. C’est certainement l’environnement hybride le plus abouti du marché."

Même si elle ne joue pas dans la même catégorie que d’autres, la solution de D-Wave reste une "une machine très complexe, performante, qui devrait parvenir à démontrer un avantage quantique dans certains domaines", argue Christophe Jurczak, comme la recherche de molécule ou l'optimisation logistique. Surtout, elle est une des premières technologies de calcul quantique à passer à l’échelle. 

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