Hugging Face, pépite franco-américaine de l’intelligence artificielle, surfe sur la vague de l’IA générative. Fondée par trois Français – Clément Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf – la start-up a annoncé fin août avoir levé 235 millions de dollars auprès de grands noms comme Nvidia, IBM, Google, Amazon, Intel, AMD ou encore Qualcomm. Le secret de Hugging Face pour avoir séduit autant de mastodontes ? Vouloir devenir la principale interface d'IA pour les entreprises, en proposant sur sa plateforme aussi bien des solutions sur étagère comme des outils pour les développer. Autrement dit, elle s'apparente un peu à un «GitHub» de l'IA.
Le GitHub de l’IA
«Des utilisateurs, des organisations ou des entreprises peuvent utiliser notre plateforme pour partager, non pas primairement du code [comme cela est fait sur la plateforme GitHub, ndlr], mais des briques de base du machine learning (ML) : modèles, jeux de données, applications…», explique Julien Chaumond. Hugging Face propose à la fois des outils pour la phase d’entraînement des algorithmes et des solutions pour utiliser les modèles d’IA. Les développeurs peuvent utiliser des modèles pré-entraînés, les entraîner sur d’autres jeux de données ou publier leurs propres modèles. A ce jour, la start-up recense 600 000 modèles. Si la plateforme est open source, près de la moitié de ces modèles sont privés car des entreprises ont choisi d’en faire un usage interne.
Ce choix de l’open source est une évidence pour Hugging Face. «Philosophiquement nous souhaitons que l’IA se développe de façon à être accessible pour beaucoup de personnes et que ces technologies ne soient pas seulement contrôlées par quelques sociétés américaines», déclare Julien Chaumond. La start-up franco-américaine se définit également comme un acteur agnostique. L’idée est que chaque entreprise puisse choisir le fournisseur de cloud et l’hardware selon le cas d’usage, les contrats existants, des besoins de souveraineté ou tout autre critère. Ce qui explique la présence de sociétés assez variées pour sa dernière levée de fonds.
La monétisation de la puissance de calcul
Questions revenus, la start-up reste assez discrète. Hugging Face «commence à monétiser de manière significative» sa plateforme, affirme simplement Julien Chaumond. «Plusieurs milliers d’entreprises» payent pour accéder à des outils ou à de la puissance de calcul, ajoute-t-il. Mais aucun chiffre n’est communiqué. Logiquement elle cherche des leviers de revenus déployables à grande échelle. Julien Chaumond pense que dans cinq ans, près de la moitié des dépenses d’infrastructure de cloud seront liées à des algorithmes de machine learning et Hugging Face espère tirer profit de ces dépenses. Par exemple, une entreprise peut accéder aux outils gratuits de Hugging Face et décider de payer par la suite pour entraîner un modèle d’IA ou déployer une nouvelle fonctionnalité.
Certains financeurs de la start-up sont donc à la fois des partenaires et des concurrents puisqu’ils monétisent déjà l’accès à de la puissance de calcul ou souhaitent construire des produits équivalents pour les proposer dans leur cloud. 170 personnes travaillent chez Hugging Face dont 80 personnes en France. Grâce à cette levée de fonds, elle souhaite renforcer ses effectifs et continuer à développer sa plateforme en proposant de nouvelles fonctionnalités.



