Analyse

[L'instant Tech] La deeptech française n’a pas besoin d’argent mais de ses chercheurs

L’échec de la France sur les premiers vaccins contre le coronavirus a mis en lumière la faiblesse de la relation entre recherche publique et création d’entreprises. Bpifrance cherche à combler ce retard. Son accompagnement comme ses financements auprès des chercheurs et des deeptech ne se sont pas taris en 2020. Mais le chemin sera long car il est culturel.

 

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Aledia
Aledia a été créé par Philippe Gilet, après 17 ans passés au Leti. Mais beaucoup de chercheurs hésitent à suivre cette voie d'entrepreneur.

La transformation de recherches issues d’universités étrangères en entreprises innovantes a permis la mise sur le marché des premiers vaccins Moderna, Pfizer-BioNTech et AstraZeneca. L’absence d’équipe française lors de ce premier round a montré que cette stratégie n’est pas assez développée dans notre pays.

"Le taux de création d’entreprises des chercheurs français n’est pas bon... Il faut qu’ils aient envie, qu’ils n’aient pas peur, qu’ils considèrent ce destin", estimait Nicolas Dufourq, le directeur général de Bpifrance, lors de la présentation de son bilan d’activité 2020début février. Ce serait donc la dynamique entrepreunariale de nos cerveaux qui manque... et pas l’argent.

5 milliards de capitaux disponibles

Selon le directeur de Bpifrance, il y a 5 milliards d'euros de "poudre sèche", c’est-à-dire de capital disponible, dans la quarantaine d’équipes françaises de capital-risque, dont 1 milliard d'euros issus de la Banque publique. Pour convaincre les chercheurs de sortir de leurs paillasses, l’institution a lancé il y a deux ans une initiative tant en matière d’accompagnement que de financement.

En 2020, malgré la crise, cette politique s’est poursuivie. Le deeptech tour, qui fait la tournée des universités et des instituts de recherche, a réuni 11 000 participants en virtuel ou en physique lors de 16 évènements. Les montants investis en direct dans des start-up créées par des chercheurs ont grimpé à 221 millions d’euros en 2020 (contre 140 millions en 2019). Ils ont été injectés dans 68 entreprises. Le financement via des fonds de fonds a été un peu plus faible sans s’effondrer : 200 millions en 2020 contre 240 millions en 2019.  

Les subventions à l’innovation dans les deeptech comme les aides au développement ont concerné 51 jeunes entreprises contre 36 en 2019. Et les prêts garantis par l’Etat ont aussi soutenu 550 start-up de la deeptech déjà créées pour les aider à passer une période délicate. Selon Paul-François Fournier, le directeur de l’innovation de Bpifrance : "le mouvement va s’accélérer mais les temps de cycle sont longs". Plus longs car les technologies de rupture ne s'épanouissent pas aussi rapidement qu'une énième appli de services. Plus longs car il s'agit de changer un paradigme culturel.

Mais la banque publique estime que cet essaimage dans les biotechs, les nouveaux matériaux, les semi-conducteurs, favorisés aussi par le travail des SATT va finir par créer des entreprises d’envergure comme cela s’est passé dans la French Tech. Le passage à l’industrialisation de l’entreprise Aledia, fondée par un chercheur du CEA-Leti qui a lancé la construction de son usine de LEDs à nanofils à Champagnier, près de Grenoble (Isère) en est un exemple. La loi Pacte a aussi amélioré l’environnement en offrant une plus grande liberté aux chercheurs qui ne veulent pas couper les ponts avec leur laboratoire. Les chercheurs-entrepreneurs peuvent désormais consacrer 50 % de leur temps à une start-up, contre 20 % auparavant. « C’est assez unique dans notre fonction publique où il est très compliqué d’avoir un pied dedans, un pied dehors», pointe Nicolas Dufourcq. Autant en profiter.

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