Les premiers pas sont mal assurés. Très rapidement, une collision imprévue avec une table nous rappelle que pour traverser l’usine qui s’affiche via un casque de réalité virtuelle, se déplacer physiquement n’est pas une bonne idée. Pour s'approcher des nez d’avions de couleurs fluo aperçus au loin, il faut apprendre à jouer des contrôles proposés par le logiciel de la start-up Skyreal. Fondée début 2018, celle-ci a présenté les dernières avancées de sa solution de simulation en réalité virtuelle sur le salon Global Industrie (qui s’est tenu du 17 au 20 mai à Villepinte, au nord de Paris). L’occasion de voir à quoi pourrait servir un futur « métavers industriel » vantait même la start-up, qui multiplie les fonctionnalités dédiées pour le monde des usines.
Une technologie de simulation essaimée d’Airbus
Au sein du casque de réalité virtuelle de marque Oculus (désormais Meta), la lumière du jour baigne le plancher de l’usine à travers les vitres. En grande partie vide, sans un seul ouvrier, elle accueille des pièces aéronautiques et quelques ateliers d’assemblage… dont la palette de couleurs fluorescentes et les légers défauts d’affichage trahissent le caractère virtuel.
Skyreal Pour améliorer encore le rendu de la lumière, Skyreal prévoit de passer à la cinquième version du moteur graphique Unreal Engine (crédits : Skyreal)
« Il y a plusieurs options pour se déplacer. Le mode vol est pratique car contrairement à la marche, il supprime les collisions ». Moniteur improvisé pour débutants du métavers, Julien Veaux, ingénieur avant-vente chez Skyreal, guide la visite. Pour interagir dans l’usine numérique, il faut actionner deux manettes dotées de joystick et de détecteurs de mouvements, une dans chaque main. Il suffit d’appuyer sur un bouton pour faire apparaître un menu circulaire et y sélectionner, d’un geste de la main, l’option souhaitée parmi un vaste panel.
Interagir avec l’environnement, importer ou créer de nouvelles pièces, faire apparaître une carte ou encore s’équiper d’une lampe de poche pour éclairer les recoins de carlingue… Les possibilités ne manquent pas. « Notre logiciel, conçu à partir d’une technologie essaimée des laboratoires d’Airbus, répond à trois familles d’usage : faciliter la conception et le design review, valider des produits et leur intégration dans l’usine, et faciliter la formation », explique le fondateur et PDG de Skyreal, Hugo Falgarone.
Jumeau numérique pour tests ergonomiques
Dans les zones d’assemblages se croisent des amas de tuyaux. Distinguables les uns des autres grâce à leurs couleurs psychédéliques. Tous sont représentés à l’échelle et créés automatiquement à partir des données issues des fichiers de conception assistée par ordinateur (CAO). S’immerger dans de telles représentations virtuelles permet de « réduire le temps de conception et de dérisquer les projets », fait valoir Hugo Falgarone, en pointant que cette solution a été très mobilisée pour la conception d’Ariane 6.
Skyreal Les couleurs vives des mondes de Skyreal leur permettent de gagner en praticité ce qu'elles perdent en réalisme (crédits : Skyreal)
Les participants ne sont pas de simples observateurs. En quelques minutes (et davantage de mouvements de bras mal assurés) il est par exemple possible d’assembler des tuyaux déjà chargés dans la simulation, ou même d’en créer de nouveaux (dont les dimensions pourront être retranscrites automatiquement vers un logiciel de CAO). Pour favoriser le suivi du travail, le logiciel permet aussi d’introduire des « tickets » numériques, visibles pour toutes les personnes qui visiteront l’usine.
Pour éprouver les installations en direct, le logiciel permet aussi d’y insérer des mannequins. Une fois passé le choix d’option concernant la taille, le genre ou l’apparence du simili ouvrier, il est possible de s’en saisir virtuellement pour le déplacer, ou de le faire adopter la même position que le porteur du casque de réalité virtuelle. De quoi tester l’ergonomie d’un poste et favoriser l’opérationnalité des usines, vante la start-up, qui indique les éventuelles positions risquées par l’intermédiaire de petits cercles rouges au niveau des articulations. Dans d’autres environnements, le logiciel permet aussi de lancer des programmes de simulation d’assemblage, indiquant au fur et à mesure les différentes pièces à saisir et les manières de les joindre.
Moteur graphique de Fornite
« Nous utilisons le moteur graphique Unreal Engine, développé par Epic Games. Cela permet d’afficher des pièces complexes et détaillées avec un très bon rendu de la lumière », vante Hugo Falgarone. Utilisé notamment par le jeu en ligne Fortnite, ce moteur graphique a la puissance nécessaire pour permettre des applications collaboratives, dans lesquelles « une centaine » de personnes peuvent se connecter en même temps au sein d’un même environnement numérique pour y collaborer, estime le dirigeant.
Skyreal Figés dans différentes pauses, les mannequins indiquent les risques ergonomiques à chaque poste (crédits : Skyreal)
Après avoir fait ses premières armes dans l’aéronautique, la start-up parisienne Skyreal, qui a réalisé à peu près un million d’euros de chiffre d’affaires en 2021, compte désormais sur le boom du métavers et les progrès des équipements de simulation pour se développer. « Nous parlons de “métavers industriel” en partie car c’est le mot à la mode. Mais ce terme désigne les outils qui permettent aux gens de mettre en commun leurs données et de collaborer en se projetant dans un monde virtuel », argumente Hugo Falgarone. En ce sens, une usine ou un aéroport peuvent être conçus comme des écosystèmes, dans lesquels de nombreux acteurs industriels travaillent, et peuvent donc se coordonner et interagir dans un univers virtuel dédié. Presque comme dans un réseau social.



