[L'instant tech] Comment Admir, spin-off du CEA, compte diviser par 100 le temps de diagnostic du cancer

Nouvelle start-up incubée au CEA, Admir veut chambouler le domaine de l’analyse médicale. La deeptech présente au CES 2023 un système d'imagerie destiné aux laboratoires et aux hôpitaux. Grâce à une technologie infrarouge, l'entreprise assure qu’elle peut réduire de façon considérable le temps de diagnostic du cancer.

Réservé aux abonnés
Start-up Admir prototype de machine
Le prototype de machine de la start-up Admir mesure une cinquantaine de centimètres.

Diviser par 100 le temps de diagnostic du cancer. Telle est la promesse de la start-up française Admir, fondée en septembre 2022 par des chercheurs du CEA. Basée à Voiron (Isère), la deeptech s’est envolée pour Las Vegas (Etats-Unis) afin de présenter son prototype de système d’imagerie au CES. En diminuant considérablement le temps d’analyse médicale, la jeune entreprise espère simplifier le travail des laboratoires et des hôpitaux.

«Avec les appareils actuels, l’analyse du cancer peut prendre deux jours à trois semaines. Le système est complètement engorgé car le nombre d’examens augmente de façon exponentielle. Notre appareil peut réduire ce temps d’analyse à une heure», introduit Laurent Duraffourg, PDG d’Admir, à L’Usine Nouvelle. Un gain de temps colossal qui permettrait de soulager les hôpitaux et d'atténuer le stress des patients.

Introduire la technologie infrarouge dans les hôpitaux

Admir qualifie sa solution comme un «système d’imagerie couplé à une suite logicielle de machine learning». Au coeur de cette machine complexe : une caméra infrarouge. Les chercheurs français parlent plus précisément «d’imagerie active multispectrale en infrarouge». Une technologie plus connue dans le secteur spatial, puisque le télescope James Web embarque un instrument similaire pour étudier la formation des galaxies.

«Alors que le télescope James Webb utilise la technologie spectroscopique infrarouge pour révéler la composition chimique d'objets lointains et immenses de notre univers, le microscope Admir exploite les mêmes principes pour fournir une cartographie biochimique de minuscules objets du monde vivant», décrit la start-up sur son site. La solution ne se limite pas au domaine de l'oncologie mais «dans le cas du cancer, elle permet d’identifier des cellules cancéreuses parmi des cellules saines et de connaître des zones pré-tumorales», complète Laurent Duraffourg.

Pour les laboratoires, le temps c’est de l’argent

«L’infrarouge a vraiment montré sa performance analytique mais cette technologie restait assez confidentielle. Nous avons rendu compatible la technologie infrarouge aux analyses de routine dans les hôpitaux et les laboratoires», fait valoir Mathieu Dupoy, directeur technique d’Admir.

La technologie de la société permet ainsi de réaliser avec une seule machine des opérations aujourd’hui assurées par différents appareils dans les laboratoires d’analyse. D’où les gains de temps spectaculaires promis par la start-up. «Avec les technologies conventionnelles, il faut des heures pour imager un centimètre carré d’échantillon. Nous, nous le faisons en une minute !», se félicite Mathieu Dupoy.

Le PDG d’Admir déplore également les coûts engendrés par les méthodes d’analyse actuelles : «Dans l’oncologie, on utilise des marqueurs chimiques et des réactifs. Cela coûte cher et nécessite beaucoup d’opérateurs. Et il y a toute une problématique de gestion car les marqueurs chimiques ont des dates de péremption et doivent être stockés dans des conditions particulières.»

Au-delà de l'oncologie et du domaine médical, ces arguments pourraient aussi intéresser des industriels qui effectuent des analyses microbiologiques, comme dans l’agroalimentaire. «Les industriels doivent faire des prélèvements de suivi pour surveiller leurs procédés de fabrication. Soit ils sous-traitent ces opérations, soit ils utilisent leurs propres systèmes d’analyse», rappelle Laurent Duraffourg.

Au début du développement industriel

Pour l’instant, Admir compte moins d’une dizaine de salariés. «Nous sommes en début de phase dans le développement industriel mais pas dans la preuve technique. C’est un programme de recherche que nous avons porté pendant cinq ans avant de fonder la start-up», argumente toutefois le dirigeant.

La start-up ambitionne de déployer une dizaine de prototypes dans des laboratoires partenaires à la fin de l’année 2023 et vise une production en mini-série en 2025. Alors que la santé fait partie des grandes tendances du CES 2023, Admir espère d'ailleurs rencontrer des investisseurs et des partenaires potentiels lors de la grande messe technologique.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.