Des temps d’attente écourtés, des démarches et des passages aux points de contrôle simplifiés... Bref, un transit fluide dans les aéroports et un voyage agréable. Pour parvenir à ce résultat, Thales assure qu’il faudra passer par une étape incontournable : le numérique. Alors que les vacances d’été approchent et que le trafic aérien commence à reprendre des couleurs, le groupe de hautes technologies et de défense a dévoilé début juin, sur son site de Meudon (Hauts-de-Seine), une palette de technologies digitales qu’il espère déployer un peu partout dans le monde.
Cet arsenal technologique visant à optimiser les flux de passagers provient à la fois des activités de Thales mais aussi pour bonne part de l’acquisition de Gemalto, effective depuis 2019. Il visait jusque-là à permettre aux aéroports d’absorber la hausse du trafic passager sans se laisser déborder. "Si la pandémie mondiale à réduit durablement le trafic aérien, les mesures sanitaires généralisées devraient inciter les aéroports à s’équiper avec ces technologies dernier-cri", prévoit Youzec Kurp, vice-président de l'activité Identité et biométrie chez Thales.
Si les technologies présentées par Thales ne sont donc pas tout juste sorties des labos de développeurs, l’offre présentée par le groupe après l’année blanche de 2020 pourrait connaître un nouveau souffle commercial à la faveur de la crise sanitaire mondiale. En mai, Augustin de Romanet, le PDG d'Aéroports de Paris (ADP), n’a pas caché son inquiétude pour cet été, craignant une "apocalypse de temps d’attente". Un risque qui pourrait se renouveler dans les prochaines années.
Thales n’est pas le seul à lorgner cette digitalisation des aéroports. Loin s’en faut. Hitachi, Honeywell, Smiths Detection, Leidos, Raytheon, Siemens, Idemia… Une foule d’industriels se pressent sur le marché des technologies pour aéroports, cherchant à prendre des positions dans tous les grands hubs du monde.
Si Thales a connu l’an dernier une baisse de régime avec la moindre demande en passeports numériques, son activité dédiée à l’identité numérique a réalisé un chiffre d’affaires d’environ 600 millions d’euros. Surtout, Thales met en avant sa gamme complète de solutions. Aperçu de ce qui nous attend d’ici quelques années…
L’enregistrement à distance
BOUTET Herve L'enregistrement peut s'effectuer depuis le domicile, au moyen d'un selfie. Photo: Hervé Boutet
Première étape à effectuer avant de monter dans un avion : l’enregistrement. Plutôt que de venir grossir les files d’attente à l’aéroport, pourquoi ne pas effectuer cette opération depuis son domicile, avec son propre téléphone ? Un simple selfie permet de s’assurer que le porteur de la pièce d’identité en est bien le titulaire.
"Cette solution est basée sur des algorithmes d’intelligence artificielle, qui comparent la photo de la pièce d’identité avec celle prise lors du selfie, explique Sophie Frisch, responsable marketing de l’offre "vérification d'identité". Notre solution permet de lutter contre toute tentative de fraude à l’identité et cela une fois pour toute à distance, dès le début de votre enregistrement."
A partir de cette vérification, une identité numérique éphémère est créée, qui accompagne le voyageur à l’aéroport dans le franchissement des différentes étapes (dépose bagage, sécurité, embarquement). Un sésame détruit sitôt le transit effectué. Si cette solution d’enregistrement à distance existait avant la pandémie mondiale, cette dernière pourrait en accélérer le déploiement.
Un passeport sanitaire digital
Guittet Pascal (Photo: Pascal Guittet)
Plutôt qu’un document papier, un passeport sanitaire numérique, reconnu dans tous les pays, ne pourrait-il pas être généralisé ? C’est ce que propose Thales, toujours dans le but de favoriser le trafic aérien et d’optimiser les flux dans les aéroports. "Il peut garantir l'authenticité du certificat de vaccination ou du test PCR, souligne Kristel Teyras, responsable marketing de cette offre. La solution de Thales permet également de s'assurer que le titulaire est bien le patient auquel le certificat a été délivré." Tout en garantissant le respect des données privées, elle génère un QR code scellé et encrypté qui garantit sa sécurité. Une solution déjà mise en pratique en Floride (Etats-Unis) et en Australie.
Chez Thales, on estime que cette solution a de l’avenir, et s'inscrit dans le souhait récemment émis par le commissaire européen Thierry Breton, de mettre en œuvre le concept de "digital ID wallet", le portefeuille d’identité numérique. Il permettrait à chacun de stocker ses documents personnels dans une application.
L’embarquement biométrique
Guittet Pascal A l'embarquement, le voyageur est reconnu même s'il porte un masque. Photo: Pascal Guittet
C’est la dernière étape avant l’embarquement dans l’avion. Elle sera basée sur la reconnaissance faciale, ou plus précisément sur la comparaison de la représentation mathématique du visage stockée depuis l’enregistrement avec le vrai visage.
Pour embarquer, il suffit de se présenter face à une caméra, sans sortir de billet ou de pièce d’identité. Quelques microsecondes suffisent pour assurer cette reconnaissance. Grâce aux algorithmes de preuves de vie, impossible de présenter une photo pour tromper la machine. "Le logiciel est si puissant qu’il reconnaît même un visage portant un masque", souligne Philippe Faure, responsable de l’offre reconnaissance faciale.
Certains aéroports sont déjà équipés d’un tel système, comme celui de Dallas. D’autres procèdent à des essais, tel l’aéroport de Paris-Orly. En début d’année, l’aéroport de Madrid a aussi sauté le pas, en sollicitant Thales pour déployer la technologie de reconnaissance faciale, en partenariat avec la compagnie aérienne Iberia.
Le kiosque de contrôle aux frontières
Guittet Pascal A l'arrivée, l'identité du voyageur peut être numériquement contrôlée en associant plusieurs moyens de reconnaissance. Photo: Pascal Guittet
Ultime étape du voyage, après le vol : le contrôle aux frontières, une fois arrivé à destination. Là encore, Thales est présent. Le groupe a mis au point un kiosque automatisé qui permet de vérifier l'identité du voyageur, à la fois via son passeport, la capture de ses empreintes digitales et son visage. "La solution s’appuie sur des logiciels optimisés pour un contrôle ultra-rapide de l’authenticité d’un document et une détection intelligente de toute tentative de fraude à l’identité", détaille Françoise Bergasse, responsable des solutions de contrôle aux frontières.
Bonne nouvelle pour Thales : cette solution est au cœur de son offre sélectionnée par le ministère français de l’Intérieur pour la mise à niveau de son système d'entrée/sortie Schengen. Une nécessité de modernisation du passage aux frontières et de déploiement d’un système biométrique qui s’inscrit dans le cadre d’une directive européenne visant à renforcer la sécurité de l’espace Schengen.
La gestion optimisée des flux
Guittet Pascal Certaines technologies de digitalisation et de fluidification du trafic dans les aéroports seront transparentes pour les voyageurs. Photo: Pascal Guittet
C’est une brique technologique qui restera invisible pour le grand public mais sur laquelle Thales mise beaucoup. Avec cet outil, le groupe propose aux aéroports de mieux anticiper les flux de passagers afin de définir à l’avance les moyens humains et techniques les plus adéquats. Pour, in fine, éviter les effets d’attroupement.
"Aujourd’hui, il faut une journée complète pour planifier les flux d’un aéroport sur une semaine, plaide Laurent Letellier, chef de produit. Avec notre solution, qui est une aide à la décision, une heure suffit." Modélisation des infrastructures et des flux de passagers, prise en compte des données historiques réelles… "Cela permet d’affiner l’équilibre entre le temps d’attente et la balance économique", ajoute l’expert.
L’outil permet en outre de mieux anticiper les perturbations, telles que les retards et annulations de vols. Une solution d’optimisation déjà mise en œuvre par les aéroports de Pise et de Florence, en Italie. Et que Thales imagine bien déployer un peu partout dans le monde…



