La reconnaissance faciale se déploie en France, avec des usages qui ne sont pas seulement policiers. Lundi 5 octobre, l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry a dévoilé un parcours passager entièrement basé sur cette technologie, fonctionnant grâce à un compagnon de voyage disponible sur son application et nommé Mona. Une première mondiale, la reconnaissance faciale dans d’autres aéroports n’étant disponible que sur certains tronçons, revendique l’opérateur Vinci Airports.
"Avec Mona, nous offrons au passager un parcours plus agréable, plus rapide et personnalisé, fait valoir Valérie Vesque-Jeancard, présidente du Conseil de surveillance de l’aéroport de Lyon, l’un des trois centres d’innovation de Vinci Airports (avec Gatwick et Lisbonne). Il n’a plus besoin de sortir sa pièce d’identité et son carte d’embarquement à chaque étape, tout se fait par la reconnaissance faciale. Et il bénéficie de files d’attente dédiées. Nous estimons qu’il gagne ainsi 30 minutes sur son parcours."
Une expérience sans contact
Le parcours peut démarrer à domicile, la première étape d’enregistrement se faisant sur l’application mobile de l’aéroport : le passager envoie une photo de lui, de sa pièce d’identité et scanne le code barre de sa carte d’embarquement. A l’aéroport, une vérification des papiers d’identité par un agent humain ne sera faite qu’à la première utilisation du système. Ensuite, le passager n’aura plus qu’à montrer son visage aux portiques estampillés Mona, que ce soit à la dépose des bagages, au passage sécurité et à l’embarquement (le contrôle aux frontières reste inchangé), et les portes s’ouvriront devant lui.
"Le système permet au passager de circuler plus librement grâce à la dématérialisation. Nous avons commencé le projet fin 2019, avant le début de l’épidémie de Covid-19. Mais il était particulièrement important de le continuer dans le contexte sanitaire actuel car la solution évite de toucher et manipuler des objets", fait valoir Nicolas Notebaert, président de Vinci Airports, qui a investi dans cette solution des centaines de milliers d’euros. Une fois dans l’aéroport, le passager bénéficie de réduction dans certains magasins et se voient proposer des services, personnalisés à partir des données enregistrées lors de ses précédentes fréquentations.
La reconnaissance faciale fournie par Idemia
Bien que les files dédiées aient vocation à disparaître si tous les passagers de l’aéroport utilisent Mona in fine, Vinci estime que la dématérialisation continuera de faire gagner du temps. Ne serait-ce qu’à l’embarquement, où il n’y aura plus besoin de présenter de papiers à un hôte. La solution n’est proposée, pour l’instant, que sur les vols à destination de Porto et Lisbonne opérés par Transavia et TAP Air Portugal. Mais Vinci Airports espère rapidement la déployer sur d’autres vols, compagnies et aéroports, en premier lieu ceux du Portugal, dont elle est l’opérateur.
La technologie de reconnaissance faciale a été fournie par Idemia, l’un des leaders de la sécurité biométrique, qui a travaillé avec le spécialiste des systèmes informatiques aéroportuaires Résa (Vendée) pour l’intégrer à la solution Mona. Elle est "connue et éprouvée", rappelle Pascal Fallet, son directeur Europe pour l’identité et la sécurité. "Cela fait plus de dix ans que nous faisons de la reconnaissance faciale, avec un protocole de gestion des données biométriques à des fins de recherche élaboré avec la Cnil [Commission nationale informatique et liberté], avec qui nous avons des échanges réguliers. Nous vendons nos systèmes sur les cinq continents."
Biométrie par l'iris face au port du masque
Dans le cadre de dispositif Mona, jugé conforme aux réglementations en vigueur par la Cnil et la Direction générale de l’aviation civile, l’enrôlement du passager permet au logiciel d’Idemia de créer un gabarit biométrique encrypté. Celui-ci sera utilisé pour le reconnaître dans l’aéroport puis détruit au moment du décollage. La pièce d’identité et la photo envoyées par le passager sont conservées sur l’application de l’aéroport, sauvegardées dans un conteneur sécurisé. Au prochain voyage, seul un scan de la carte d’embarquement sera nécessaire, ce qui activera la création d’un nouveau gabarit biométrique.
L’expérimentation menée à Lyon doit durer un an, au fil duquel la technologie devrait continuer de progresser. En parallèle, Idemia travaille activement sur le développement de ses technologies de biométrique par iris, déjà utilisées en Inde. Une solution de reconnaissance particulièrement adapté au port du masque, qui risque de durer et de se répéter à l’avenir.



