Etude

« L’industrie ne tombe pas du ciel » mais d’où vient-elle alors ?

Le think-tank La fabrique de l’industrie s’est intéressé dans une nouvelle note aux conditions de la réindustrialisation d’un territoire. Mêlant audition des acteurs locaux et éclairage académique, il valide la démarche initiée par Territoires d’industrie et le dicton populaire « aide-toi et le ciel t’aidera ».

 

Réservé aux abonnés
Une unité de traitement d'OP Systèmes à Lacq
Unité de co-gérénation d'OP systemes à Lacq. Fort de sa culture industrielle, le territoire répond à de nouveaux défis en se diversifiant.

« L’industrie ne tombe pas du ciel », affirme Caroline Granier, docteur en sciences économiques et co-auteure de la dernière étude de la Fabrique de l’industrie « Ces territoires qui cherchent à se réindustrialiser ». Le think-tank cherche depuis deux ans à comprendre les facteurs explicatifs de l’industrialisation d’un territoire. Mais une première étude qui s’est attachée à collecter et analyser des déterminants quantitatifs n’a pas permis d’identifier des données différenciantes valides. Il a bien fallu se résoudre à admettre que « l’effet local est la principale explication ».

L'énigme du "facteur local"

Autant dire une nouvelle énigme. La Fabrique a tenté de la résoudre en auditionnant des acteurs qui se sont saisis du dispositif Territoires d’industrie, lancé en 2018 et en l’enrichissant d’éclairage académique. Aujourd’hui 600 projets proposés par des acteurs locaux ont été accélérés via un fonds Territoires d’industrie de 700 millions d’euros cofinancé par les régions. La conclusion de la note de la Fabrique est que « l’industrie ne tombe pas du ciel » mais monte des hommes et des femmes qui localement font le pari de l’industrie. Comme le résume le professeur Gabriel Colletis dans l’avant-propos : « Le développement d’un territoire dépend d’abord de la capacité de ses acteurs à identifier et mobiliser ses ressources latentes, humaines principalement, liées aux compétences individuelles comme collectives, techniques comme organisationnelles.»

Car si les ressources immatérielles sont clés, aucune des ressources matérielles n’est véritablement une condition limitante. Certains territoires industriels ne sont pas très bien connectés comme Figeac (Lot), ou le bassin d’Alès (Gard), d’autres disposaient de ressources naturelles, comme le gaz sur le bassin Lacq-Pau-Tarbes (Hautes-Pyrénées) mais n’en ont plus. La présence d’une infrastructure comme un port ne suffit pas à devenir le leader de la construction navale... et la spécialisation sectorielle, si elle peut jouer un rôle favorable, n’est pas non plus une martingale. « L’Alsace centrale n’est pas spécialisée par exemple alors qu’elle a une forte densité d’ETI familiales industrielles et une main d’œuvre qualifiée » rapporte Thierry Weill, professeur de management de l'innovation aux Mines ParisTech. Le facteur clé est plutôt la capacité à définir un horizon commun. A coopérer entre élus, dirigeants, instituts de formation, à faire évoluer des compétences existantes d’un secteur à l’autre, à se faire confiance. Le principal actif des territoires est la qualité des relations qui s’y nouent et la capacité à se projeter sur un « horizon commun ». Une sorte d’envie d’industrie qui peut lever bien des barrières, y compris les plus concrètes comme la disponibilité du foncier qui reste un sujet de préoccupation pour les industriels.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Ne pas arroser le sable

En concluant cette note, Louis Gallois, co-président de la Fabrique et ancien dirigeant d’Airbus et de la SNCF, estime que l’action publique, qui tombe « du ciel » ou plus pragmatiquement de Bercy « n’est efficace qu’en appui des dynamiques locales. Sinon on arrose du sable. » Il propose aux territoires d’en finir avec "l’approche victimaire de la désindustrialisation". Ce qui ne veut pas dire que l’Etat n’a pas un rôle à jouer pour renforcer des éléments d’attractivité, avec des infrastructures adaptées, comme l’accès au haut débit, ("pourquoi pas satellitaire si la fibre s’avère trop complexe") ou en simplifiant des règlementations complexes qui freinent les projets.

Le plus délicat reste d’illustrer cette fameuse capacité à développer un « horizon commun » qui doit aussi intégrer les citoyens selon La Fabrique. L’anecdote rapportée par Patrick Pirrat, expert industriel aux Chantiers de l’Atlantique (Loire-Atlantique), est la plus parlante : «Un jour, des consultants qui travaillaient pour le programme Territoires d’industrie sont venus nous voir à Saint-Nazaire pour nous poser la question suivante : “Que représente l’industrie du futur sur votre territoire?” Une des particularités des industriels de Saint-Nazaire est que, lorsqu’on nous pose ce genre de question, tout le monde saute sur son vélo pour venir à la réunion, quand d’autres territoires peinent à mobiliser. »

Pour aider les Territoires à fédérer leurs acteurs, le gouvernement a co-financé 30 chefs de projets Territoires d’industrie qui sont des agents des collectivités territoriales. Ils ne réussiront leur mission que si les acteurs locaux ne se mettent en selle.

« Ces territoires qui cherchent à se réindustrialiser »  Caroline Granier et Pierre Ellie . Note de la Fabrique – La Fabrique de l’industrie, L’observatoire des Territoires d’industrie.

Abonnés
Le baromètre des investissements industriels en France
Nouvelles usines, agrandissement de sites industriels existants, projets liés à la décarbonation… Retrouvez dans notre baromètre exclusif toutes les opérations classées par région, par secteur industriel, par date d’annonce et de livraison.
Je découvreOpens in new window
Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.