Décryptage

L’Europe se prépare au grand retour des tensions protectionnistes

[Dans l'actu en 2024, à suivre en 2025] Le prochain président américain Donald Trump a promis d’augmenter les droits de douane pendant son mandat. Une menace qui inquiète les exportateurs européens.

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Pendant la campagne présidentielle américaine, Donald Trump a promis une hausse massive des droits de douanes.

Pour son premier jour de retour à la Maison Blanche le 20 janvier, Donald Trump a un agenda bien rempli. Au «day one» de son mandat, le nouveau président américain a prévu de sortir – à nouveau – son pays de l’accord de Paris sur le climat, d’accélérer la lutte contre l’immigration illégale et les forages pétroliers et d’adopter de nouvelles barrières protectionnistes. «Le 20 janvier, je signerai tous les documents pour imposer un droit de douane de 25% sur tous les produits entrant aux Etats-Unis depuis le Canada et le Mexique», a juré Donald Trump, après son élection, dans un post sur son réseau social truth platform.

C’est loin d'être la seule menace agitée par la nouvelle administration : pendant la campagne, le président élu a promis de porter à 10% les droits de douane sur toutes les importations et 60% pour la Chine. Fin décembre, il a aussi exigé des Européens de renforcer les achats de pétrole et de gaz américain. «Sinon, ce sera des droits de douane», a encore posté Donald Trump sur son réseau favori. 

Un coût estimé à 0,5% du PIB mondial

Même si l’ampleur réelle des mesures adoptées par la future administration reste incertaine, les partenaires commerciaux des Etats-Unis ne se font pas beaucoup d’illusions. Cette résurgence des tensions commerciales risque de peser encore plus sur les prévisions de croissance en Europe, déjà plombées par une demande domestique atone. Davantage dépendante de ses exportations, l’Allemagne pourrait voir son PIB réduit d’un point d’ici la fin du mandat de Donald Trump en 2028, dans le pire des scénarios. Selon les économistes du Centre d'études prospectives et d'informations internationales (Cepii), le PIB mondial pourrait lui baisser de 0,5% d’ici à 2030 et le commerce mondial se contracter de 3,3% en volume.

Pour la Chine, le coût serait encore plus massif. Une hausse de 60% des taxes américaines sur les importations chinoises pourrait les diminuer de près de 80% écrivent les économistes de Global sovereign advisory. «Les pertes représenteraient 2,2 % du PIB chinois ; dont un peu moins de la moitié pour deux secteurs seulement : les machines et les ordinateurs portables», pointent-ils dans une note, avec des conséquences en cascades sur les partenaires économiques du pays.

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Tout dépendra bien sûr du calibrage final des mesures adoptées par la nouvelle administration, au-delà des déclarations enflammées. Les économistes ont déjà averti qu’augmenter rapidement l’ensemble des droits de douane risque surtout de faire flamber l’inflation américaine, alors que les industriels locaux font déjà face à des difficultés à trouver des compétences. Mais beaucoup s’attendent à une mise en œuvre plus rapide et brutale des mesures protectionnistes que sous la première administration Trump, qui avait entériné 300 milliards d’euros de surtaxes sur les produits chinois et imposé des droits de douane sur l’ensemble importations d’acier et d’aluminium au nom de la sécurité nationale.

Les Européens durcissent le ton

Les Européens, de leur côté, cherchent encore la parade à cette nouvelle vague. Pour éviter une guerre commerciale frontale, la présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde a appelé à éviter les mesures de rétorsion et à accéder aux demandes de Washington d’importer plus de GNL américain.

De fait, le contexte s’est considérablement durci depuis 2017. De mi-octobre 2023 à mi-octobre 2024, l’organisation mondiale du commerce (OMC) a décompté 169 nouvelles mesures de restrictions au commerce adoptées dans le monde, qui concernent 887 milliards de dollars d’échanges. Au total, l’OMC estime à 2943 milliards de dollars le volume d’importations mondiales affectées par des mesures protectionnistes, soit 11,8% du total contre 9,9% sur la même période douze mois plus tôt et 4,2% en 2017, au début du premier mandat Trump. Les restrictions aux exportations, comme l’interdiction des livraisons de gallium et de germanium aux Etats-Unis par la Chine, augmentent aussi et concernent désormais plus de 3% des exportations mondiales.

Faire des stocks avant les taxes

Confrontée aux surcapacités chinoises, l’Europe elle-même hausse le ton. En 2024, elle a validé des hausses des taxes sur les véhicules électriques chinois pour compenser les subventions publiques perçues par ses constructeurs et les enquêtes antidumping se multiplient. La Commission européenne est attendue en 2025 sur la révision du mécanisme de sauvegarde sur l’acier, mis en place en 2018 pour éviter une déferlante des exportations d’acier vers Europe après la fermeture du marché américain, qui va devoir être pérennisé. 

Les entreprises devront de leur côté s’adapter au plus vite. Certaines ont déjà revu leur chaîne d’approvisionnement. D’autres cherchent à gagner du temps, en prévision des mesures annoncées en janvier. Depuis mi-décembre, les prix du fret vers les Etats-Unis depuis la Chine ont progressé de 17% vers la côte Est et de 26% vers Los Angeles. Avant les taxes, les importateurs préfèrent faire des stocks.

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