Après une campagne électrique, l'ancien président américain Donald Trump s'est imposé, le mercredi 6 novembre, face à son adversaire démocrate Kamala Harris à l'issue du scrutin présidentiel. Après son premier mandat de 2017 à 2021, le prochain président des États-Unis promet de reprendre sa politique d'"America First". Sa politique économique, dont les contours précis restent flous, inquiète déjà les industriels européens.
Un virage protectionniste dur
En matière de protectionnisme, la potion s’annonce beaucoup plus amère que lors du premier mandat de Donald Trump. Même si les déclarations du candidat républicain ont varié lors de la campagne, il a promis de mettre en place des droits de douane de 10% sur l’ensemble des produits importés par les États-Unis. Cible favorite de Donald Trump, la Chine se verrait appliquer des tarifs douaniers de 60% sur toutes ses exportations vers les États-Unis, contre 25% actuellement sur une partie d’entre elles.
Le mouvement va bien plus loin que les mesures protectionnistes adoptées lors du premier mandat Trump, qui portaient sur 300 milliards de dollars de produits chinois et ont été maintenus par Joe Biden. «Cela correspondrait entre 5 et 7 fois les montants concernés par la première guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine», souligne Marcos Carias, économiste Amérique du Nord pour l’assureur-crédit Coface. Sa mise en œuvre dans son intégralité dépendra pour beaucoup du contrôle par les Républicains de la Chambre des représentants, alors que leur victoire au Sénat est déjà acquise.
Cette nouvelle guerre commerciale pourrait faire effet d’une déflagration mondiale. Pour les exportateurs européens et français, tout d’abord, qui écoulent environ 8% de leurs exportations vers les États-Unis et qui risquent de perdre en compétitivité. Rien n’assure que de vieux conflits commerciaux, gelés, mais pas réglés sur le fond, comme celui autour d’Airbus ne refasse surface. D'autant que le prochain locataire de la Maison Blanche n'a jamais caché sa défiance vis-à-vis de ses partenaires européens. En cas de droits de douane à 10 % sur l'intégralité des importations américaines, «l’effet avoisinerait les 0,8 à 0,9 point de PIB pour l’Union européenne», calcule Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade, qui estime plus probable que la nouvelle administration américaine n’adopte que partiellement la promesse de Donald Trump.

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Vers une baisse massive de la fiscalité
Dans les grandes entreprises, bon nombre produisent déjà localement pour le marché américain et ont déjà échafaudé des plans pour réorganiser leur chaîne d’approvisionnement. «En 2017 et 2018, les droits de douane avaient été mis en place plusieurs mois après leur annonce, ce qui avait laissé le temps aux importateurs américains de s’adapter. Il y a le sentiment cette fois-ci que cela pourrait aller plus vite», souligne Emily S. Stausbøll, analyste pour le cabinet Xeneta spécialisé sur le fret maritime. Depuis plusieurs semaines, certains importateurs ont commencé à reconstituer leurs stocks en prévision. «Cela pourrait prendre encore plus d’ampleur après la victoire républicaine», pointait l’analyste, avant que le résultat ne soit connu. L'adaptation risque d'être plus compliquée pour les plus petits exportateurs. Reste que la volonté de Donald Trump de renégocier en profondeur l’accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique, qui fait l’objet d’une clause de revoyure en 2026, pourrait compliquer encore les chaînes d’approvisionnement. En effet, le Mexique apparaît comme une base de production proche du marché américain.
Au-delà, «les droits de douane de 60% risquent de freiner encore la croissance chinoise. Or, beaucoup de pays, africains par exemple, dépendent de la bonne santé de l’économie chinoise», pointe Julien Marcilly, économiste pour Global Sovereign advisory qui s’attend à un coup de froid sur la croissance mondiale. Aux États-Unis, le protectionnisme devrait se traduire par une poussée d’inflation.
Pour les Républicains, ces hausses de droits de douane devraient rapporter 270 milliards de dollars, soit 1% du PIB américain. Donald Trump compte utiliser ces recettes pour financer des baisses d’impôts tous azimuts, pour les ménages comme les entreprises. Le prochain président américain prévoit de pérenniser les réductions d’impôts massives adoptées lors de son premier mandat, et qui vont devoir être renégociées par le Congrès en 2025. Parmi ses promesses de campagne, le Républicain a aussi plaidé la défiscalisation des revenus des heures supplémentaires et des prestations sociales. L’autre nouveau coup de pouce fiscal concerne l’impôt sur les sociétés. Lors de son premier mandat, le prochain président américain l'avait déjà abaissé de 35% à 21%. Donald Trump a promis de le ramener à 15% cette fois.
Pour Allianz Trade, l’ensemble des baisses de fiscales pèseraient près de 3 % du PIB américain. De quoi doper la croissance en 2026, quand elles seront en vigueur. Mais au-delà des recettes douanières, leur financement reste flou. Très engagé dans la campagne, le milliardaire Elon Musk pourrait se voir confier la mission de réaliser un audit sur les dépenses budgétaires. « Sauf qu’en dehors du budget de la Défense, les marges sont limitées », pointe Maxime Darmet. Autre politique potentiellement complexe à mettre en œuvre : l’expulsion de 8 millions de travailleurs sans-papiers risque de se heurter aux besoins de main d’œuvre de pans entiers de l’économie américaine.
Un soutien sans faille aux hydrocarbures, au détriment du climat
Après la victoire de Donald Trump, l’avenir de l’Inflation reduction act(IRA) le grand programme de développement de la production de technologies vertes mis en place par Joe Biden, et qui inquiétait tant les industriels européens, reste incertain. Le président américain avait promis en avril d’annuler les fonds restants à engager sur l’enveloppe de 380 milliards de dollars sur dix ans mise en œuvre par les Démocrates. Il a notamment mentionné en août une éventuelle suppression des 7500 dollars de crédits d’impôt pour l’achat de véhicules électriques, malgré l'engagement d'Elon Musk à ses côtés.
Reste que les crédits d’impôts massifs accordés aux industriels pour ouvrir des usines de panneaux solaires ou de batteries électriques sur le sol américain ont profité en majorité à des États républicains, qui ont voté pour lui le 5 novembre. Au Congrès, un groupe d’élus républicains a déjà publié cet été une lettre appelant à maintenir l’IRA. «Donald Trump pourrait arrêter les subventions sur les process de décarbonation, la rénovation énergétique... Par exemple, les démonstrateurs d'énergies propres coûtent des millions : c'est trop gros pour le capital-risque, trop risqué pour les fonds infrastructures. Il y a 28 milliards de dollars de fonds fédéraux dédiés à ce sujet», anticipe dans une interview avec L'Usine Nouvelle Elisabeth Reynolds, une économiste au MIT qui avait été conseillère spéciale de Joe Biden pour l’industrie de 2021 à 2022.
Dans son discours d’annonce de victoire, mercredi 6 novembre au matin (heure française), Donald Trump a souligné son soutien sans fard au pétrole et au gaz. «Nous avons plus d’or liquide – le pétrole et le gaz – que tous les pays dans le monde, plus que l’Arabie Saoudite. Nous en avons plus que la Russie». Les États-Unis sont devenus les premiers producteurs mondiaux d’hydrocarbures, avec 20,2 millions de barils de produits pétroliers par jour – dont 12,9 mb/j de pétrole brut – et 3,5 milliards de mètres cubes par jour de gaz en 2023. Cette manne énergétique, peu chère irrigue d’abord la consommation intérieure et l’industrie du pays, mais a aussi permis à l’État fédéral de devenir le plus gros exportateur de gaz naturel liquéfié en 2023.«La production de pétrole et de gaz de schiste avait explosé sous le mandat Trump, après un début sous Obama», rappelait Anne-Sophie Corbeau, experte du gaz au Center on Global Energy Policy de l’Université de Columbia, quelques jours avant l’élection.
Sans surprise, une nouvelle présidence Trump – qui a déjà promis de sortir à nouveau de l’Accord de Paris sur le réchauffement climatique et répète à l’envi le mantra «drill, baby, drill» (fore, chéri, fore) – serait favorable au secteur pétrogazier. Le républicain prévoit de favoriser la construction de nouvelles infrastructures pétrolières et de centrales thermiques avec peu de garanties environnementales, notamment sur les émissions de méthane. Donald Trump a aussi assuré qu'il reviendrait, dès le premier jour de son mandat, sur le moratoire imposé par Joe Biden sur l'installation de nouvelles capacités de liquéfaction de gaz. Les décisions d'investir dépendront toutefois surtout des contrats long terme signés. Sans compter qu'un retour de la Russie sur le marché du GNL, en cas d'arrêt de la guerre en Ukraine, changerait la donne.
Malgré de nombreuses incertitudes sur les mesures réellement mises en œuvre, le seul retour en arrière sur l’IRA et les autres normes environnementales adoptées par l’administration Biden pourrait, ajouter 4 milliards de tonnes de CO2 dans l'atmosphère d'ici à 2030 selon une compilation de modèles effectuées par le média spécialisé Carbon Brief en début d’année. Soit les émissions combinées de l'Union européenne et du Japon.



