L'aéronautique sous le choc des pertes d'emplois

Activité partielle plébiscitée, chute de l’emploi, effondrement des embauches… Un an après le début de la crise, la Dares dresse un sombre tableau de son impact social sur le secteur aéronautique.

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Montage final du moteur LEAP-1A
Dans l'industrie, l'aéronautique n'est plus moteur en matière d'emplois. La Dares établit un diagnostic, un an après le début de la crise.

C’est le secteur industriel en meilleur forme avant crise qui peine le plus à se relever. Si l’étude publiée mardi 11 mai par la Dares concernant l’impact de la crise sanitaire sur l’emploi dans l’aéronautique n’étonne guère dans ses conclusions, elle permet d’en chiffrer précisément l’ampleur.

Le document du service statistique du ministère du Travail décrit avec minutie le contraste frappant que connaissent les acteurs de ce secteur, entre février et octobre 2020. Ils croulaient avant crise sous les commandes, les voilà désormais contraints de multiplier les ruptures de contrats et de généraliser l’activité partielle.

En 2020, 29 plans de sauvegarde de l’emploi (PSE) ont été initiés dans le secteur, représentants 6 000 ruptures de contrats, soit 8% de celles envisagées dans l’ensemble des PSE de cette période. Un chiffre qui ne reflète toutefois qu’une partie du choc, les réductions de postes ne se limitant pas qu’aux seuls PSE. Le groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas) faisait état, en avril dernier, d’une perte totale en 2020 de 8 000 emplois sur les 202 000 que comptabilise la filière en 2019. Une baisse des effectifs de 4% qui reste ceci dit loin de la chute d‘activité de 36% enregistrée dans le civil, d’après le Gifas.

L'ère révolue de l'hyper croissance

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Il faut dire que l’aéronautique a profité à plein de l’activité partielle, et en particulier dans sa version longue durée (APLD). Un dispositif sur-mesure pour cette industrie aux cycles longs. "L’activité partielle longue durée, fortement mobilisée par le secteur, concerne près de la moitié (24 000) des salariés en activité partielle à la fin de 2020, relève la Dares. […] Sur les trois derniers mois de l’année 2020, environ la moitié des effectifs en activité partielle le sont au titre de l’APLD." Le dispositif aurait permis de sauver 10% de l'emploi de la filière en 2020, selon le Gifas.

Si le recours à l’activité partielle a reflué durant l’été, il reste bien plus élevé que dans le reste de l’industrie fin octobre (16% contre 5%). A noter : ce recours a été le plus fort dans la réparation et la maintenance des avions et des engins spatiaux, avec 63% des salariés concernés en mai 2020, contre 49 % dans la construction aéronautique et spatiale et 34 % dans la fabrication d’équipements d’aide à la navigation.

L’ère glorieuse de l’hyper croissance semble durablement révolue pour l’aéronautique. Quand le secteur enregistrait une croissance annuelle moyenne de l’emploi de 1,7%, entre 2007 et 2019, le reste de l’industrie affichait une croissance négative de -1%. "Le volume d’emploi dans l’aéronautique s’est moins contracté durant les premiers mois de la crise que dans l’ensemble de l’industrie ou du secteur privé, essentiellement parce que ce secteur mobilise moins de contrats courts que les autres", note la Dares.

Le volume d'emplois décroche

Mais contrairement à nombre d’autres secteurs industriels qui ont repris le dessus dès l’été 2020, l’aéronautique reste plombée par les restrictions sanitaires dans le monde qui limitent, encore maintenant, les voyages en avions. Résultat ? A partir de septembre, le recul du volume d’emploi est plus marqué dans l’aéronautique que dans l’industrie et le secteur privé : -6,5% sur un an en octobre, contre respectivement -2,7% et -1,5%. "Le volume d’emploi en CDI dans l’aéronautique, est systématiquement en dessous de son niveau de 2019 depuis août 2020", selon la Dares.

Sans surprise, l’emploi temporaire fait les frais de cette chute d’activité. La baisse amorcée en mars 2020 dans le secteur s’est poursuivie tout l’été pour atteindre en octobre un niveau inférieur de 49% à celui d’octobre 2019. Une plongée que ne connaissent pas l’ensemble de l’industrie et le secteur privé, avec des baisses respectives de -10% et -7% sur un an en octobre, après des chutes de -30% et -27% en avril.

Le trafic revient, les inquiétudes persistent

Autre impact attendu : les embauches sont en berne. Elles se sont effondrées en 2020 par rapport à 2019 avec un repli de presque 70 % en avril 2020. "Dans l’aéronautique, les embauches sont encore très loin de leur niveau de 2019 en octobre 2020 (-41 % sur an), alors que la baisse s’atténue entre août et octobre dans l’industrie et le secteur privé", constate la DARES. En avril, le Gifas indiquait qu’il n’y avait eu que 6 700 recrutements en 2020, soit une baisse de 65% par rapport à 2019.

Si le trafic aérien devrait peu à peu prendre des couleurs et relancer les cadences de production d’avions, à la faveur des campagnes vaccinales menées dans le monde, l’heure n’est pas encore à l’optimisme au sein de la filière. Nombre de dirigeants s’inquiètent de sa situation économique et sociale lorsque les dispositifs de soutiens de l’état s’estomperont.

Remboursement des prêts garantis par l’Etat (PGE), disparition progressive du fonds de solidarité, moindre prise en charge par l’Etat de l’activité partielle classique… Les risques d’endettement et de trésorerie dans le rouge pourraient alors empêcher le secteur de relever le nez. "Le soutien du gouvernement a été extraordinaire, lançait le Gifas en avril. Mais, attention à ne pas « débrancher » les aides trop tôt." Le secteur n’est pas sortie de la zone de turbulences. Loin de là.

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