La crise du Covid a eu l’effet d’une véritable déflagration par le secteur aéronautique. "2020 a été une année éprouvante (…) La filière aéronautique a été fortement touchée", a indiqué Eric Trappier, président du Gifas (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales), à l’occasion de la présentation du bilan de l’année 2020 de la filière le 13 avril. La filière craint toujours des défaillances d’entreprises. "Aujourd’hui, on a encore potentiellement 10 à 15 sociétés à risque que nous avons identifiées", reconnaissait-il encore.
Tous les indicateurs économiques, ou presque, ont plongé. Un trou d'air rarement vu dans cette industrie. La filière affiche un chiffre d’affaires en recul de 28% à 50,9 milliards d’euros. Représentant les 2/3 de cette activité, les exportations ont subi un recul du même ordre (-30%). Côté commandes, c’est pire encore: elles ont été divisées de moitié et s'établissent à peine à plus de 28 milliards d’euros.
Les PME sont plus touchées
Dans ce contexte de crise, la casse sociale reste relativement limitée, mais tout de même exceptionnelle pour une industrie qui voyait ses effectifs croître d'année en année. Chose rare dans son histoire, le Gifas a annoncé une la perte de 8000 emplois directs par la filière en 2020. Les mesures de chômage partiel et de solidarité ont joué à plein: en début d'année, le groupement estimait encore que 60 000 postes étaient menacés. Mais la crise est loin d'être terminée.

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Certaines entreprises sont moins bien armées que d'autres pour l'affronter, et ne peuvent laisser passer l'orage. Les PME ont été les plus touchées, accusant une perte de 12% de leurs effectifs contre 7% pour les ETI (entreprises de taille intermédiaire) et 2,7% pour les grands groupes (Airbus, Safran, Dassault Aviation, Thales). "Pour 2021, les embauches seront toujours sous contrôle et assez limitées", a prévenu Eric Trappier.
La défense et le spatial, des amortisseurs
Alors que le secteur civil a bu la tasse avec un recul de son activité de 36%, la filière a toutefois pu compter sur des amortisseurs, comme la défense. Les achats à travers la loi de programmation militaire (LPM) et les exportations, dont celles du Rafale et des hélicoptères, ont permis de limiter les dégâts. Les ventes d’aéronefs et d’équipements militaires correspondants ont ainsi été presque stables (-3%), à 16,5 milliards d’euros.
"Le spatial a tenu bon" s’est aussi félicité le patron du Gifas. Mais pas du côté des lanceurs, où Arianespace et la fusée Ariane 5 sont soumis à la forte pression commerciale de SpaceX. Les bonnes nouvelles proviennent plutôt des fabricants de satellites (Thales Alenia Space et Airbus Defence and Space). Ils ont retrouvé des parts du marché mondial en décrochant l’an dernier des contrats pour 9 satellites de télécommunications géostationnaires. Ils bénéficient également des commandes pour le programme d’observation de la Terre Copernicus de la Commission européenne.
2021 et 2022, années de fortes turbulences
Quid de la reprise ? Malgré les avancées de la vaccination et la reprise du trafic aérien domestique, notamment en Chine et aux Etats-Unis, le retour à la normale n’est pas pour tout de suite. "La crise et ses conséquences vont durer", prévient, réaliste, Eric Trappier. Le redémarrage n’est attendu que pour 2023, notamment sur le segment des appareils moyen-courrier.
Sur les deux prochaines années, le Gifas s’est fixé cinq objectifs: soutenir le tissu industriel, progresser vers une aéronautique moins polluante, maintenir l’élan dans le secteur de la défense avec le soutien aux initiatives européennes, réussir la transformation du secteur spatial, et enfin développer les compétences et les métiers de demain, nécessaires au futur de la filière. Mais d'ici là, l'industrie devra garder sa ceinture attachée. 2021 et 2022 seront encore des années de fortes turbulences.



