Le secteur aéronautique plie mais ne rompt pas. C’est le constat dressé par les dirigeants du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas), au cours de la traditionnelle conférence des vœux à la presse, organisée jeudi 7 janvier. "Sur les 60 000 emplois menacés en 2020 et 2021, nous pensons en avoir sauvé la moitié mais tout dépendra de la durée de la crise", a souligné Eric Trappier, président du Gifas et PDG de Dassault Aviation.
L’impact social de la crise provoquée par la pandémie mondiale de Covid-19 serait donc moins fort qu’attendu dans une filière comptant un total de 350 000 emplois (dont 200 000 au sein du Gifas). "Le recours aux licenciements secs est très limité, les pertes d’emplois sont souvent liées à du non remplacement de départs à la retraite ou à des départs anticipés", a justifié Eric Trappier. Autre point à souligner : la filière n’a pas été décimée par une vague de défaillances. "Il y en a eu très très peu, a ajouté Christophe Cador, président du comité Aéro PME. Mais le risque est encore devant nous."
Des réductions d'effectifs tous azimuts
Les plans de réduction des effectifs se sont pourtant, comme attendu, multipliés dès le mois de juin en raison de la baisse de charge d’environ 40% rendue nécessaire par la moindre demande en avions. Airbus, Mecachrome, Lisi, Daher, Latécoère, Akka… Des donneurs d’ordre aux TPE, en passant par les PME et les ETI, tous ont dû réduire brutalement la voilure et adapter leurs effectifs à un volume de production loin du niveau escompté en 2020. Dès le début de l’été, plusieurs sources estimaient que la saignée pourrait se situer entre 50 000 et 70 000 pertes d’emplois.

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Comment expliquer cette bonne résistance du secteur ? Par la multiplication des aides rapidement mises en place dans le cadre du plan de relance de 15 milliards d’euros dédié au secteur annoncé début juin et par l’efficacité du dispositif d’Activité partielle de longue durée (APLD). Dès le printemps, le Gifas a en outre mis en place une cellule de crise pour cartographier la filière et déterminer les points chauds. Début juillet, Eric Trappier estimait qu’une centaine d’entreprises étaient fragilisées par la crise, dans une interview accordée à L’Usine Nouvelle.
Pas optimiste, mais en vie
Instrument clé du soutien aux entreprises en danger, au cœur du plan de relance : le fonds d’aides géré par ACE Management (Tikehau Capital), ACE Aéro Partenaires. Doté dès l’été 2020 d’une enveloppe de 630 millions d’euros, via notamment la participation des grands donneurs d’ordre (Airbus, Thales, Safran et Dassault) il vient début janvier de bénéficier de l’investissement de 100 millions d’euros supplémentaires de la part du Crédit Agricole. Le montant se rapproche du milliard d’euros visé dès le printemps par Eric Trappier. Au final, l’effet levier devrait représenter environ 2,5 milliards d’euros d’investissements. Quant au fonds d'aide à la modernisation des entreprises, de 300 millions d'euros, 136 projets ont déjà été retenus pour un total de 118 millions d'euros.
Le dernier outil en date qui devrait, là encore, éviter d’entrer en zone rouge est issu d’une concertation entre Airbus, le Gifas et Bercy. Il s’agit du PGE « Aéro », lancé officiellement fin décembre, qui vise avant tout à réduire les couts liés aux surstocks des fournisseurs et de préserver leur trésorerie. "La situation ne nous permet pas d’être optimistes, mais nous sommes en vie", a résumé Christophe Cador. La filière va devoir en particulier veiller dans les prochains moins à ce que les sous-traitants ne se trouvent pas confrontés à des niveaux d’endettement trop forts. Le maintien de la filière dépendra directement de la durée de la crise.



