Eviter les défaillances en proposant un outil sur mesure. C’est l’objectif du Prêt Garanti par l’Etat (PGE) « Aéro » lancé officiellement par Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, des Finances et de la Relance, fin décembre 2020. Il faut dire que les acteurs du secteur aéronautique font face comme peu d’autres dans l’industrie à une situation très critique : alors qu’ils ont massivement investi ces dernières années pour tenir les hausses de cadences de production, ils font face depuis le printemps dernier à une chute d’activité de l’ordre de 40% en raison de la baisse de régime des avionneurs.
Ce PGE Aéro est le fruit d’un mois et demi de concertation entre Airbus, agissant sous l’égide du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS), Bercy ainsi que les grandes banques françaises. Mis au point mi septembre, il correspond à un amendement du PGE existant. Un dispositif qui s’articule autour de deux outils : un prêt à coût ultra compétitif et un accès privilégié à une plateforme d’achat de pièces aéronautiques. Explications en cinq points clés.
Pourquoi avoir créé un nouveau Prêt Garanti par l’Etat ?
"Le PGE, lancé en mars 2020, par le gouvernement constitue une solution efficace pour adresser les besoins en financement des entreprises françaises, tous secteurs confondus, mais il est vite apparu qu’il ne répondait pas suffisamment pour couvrir l’ampleur des surplus de production", explique Karine Guenan, directeur Financement et Garanties chez Airbus. Le PGE Aéro vise en particulier à répondre aux besoins en trésorerie spécifiques des acteurs de la filière aéronautique, qui font face à d’importants surplus d’encours de production issus des réductions de cadences.

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"Dans l’aéronautique, les fournisseurs effectuent leurs approvisionnements entre 6 et 24 mois avant l’arrivée effective des pièces sur les lignes d’assemblages finales d’Airbus, commente Karine Guenan. Entre les investissements que cela représente en matière d’immobilisation de trésorerie et les baisses de cadences, les entreprises subissent un effet ciseau particulièrement fort."
Qu’offre-t-il ?
Le PGE Aéro offre davantage de capacités de financement que le PGE existant. Alors que le montant du PGE générique est plafonné à 25% du chiffre d‘affaires, le plafond du PGE Aéro peut aller jusqu’au double de la valeur moyenne des stocks (matières premières, encours, produits finis…) sur les deux derniers exercices. Les deux PGE sont cumulables.
Le PGE Aéro permet au final pour les fournisseurs d’obtenir auprès de leurs banques de relation des prêts PGE Aéro à “prix coûtant” (0,25% à 0,5% selon la taille de l’entreprise la première année) garantis à 90% par l’Etat. La durée de ce besoin de financement est estimée entre 12 et 18 mois, période qui permet l’écoulement de la production.
A qui s’adresse-t-il ?
Le PGE Aero est accessible à tous les acteurs de l’aéronautique, PME et ETI, qui réalisent au moins 15% de leur chiffre d’affaires dans l’aéronautique. "Mais il apporte un vrai plus aux petites entreprises, qui n’ont pas forcément accès à tous les leviers pour obtenir des prêts avantageux, précise Karine Guenan. Avec ce PGE, elles peuvent aller voir leurs banques et affirmer que ce produit est fait pour elles."
Au total, le PGE Aéro pourrait répondre à un besoin de l’ordre de 250 à 300 millions d’euros au sein de la chaîne d’approvisionnement. Une dizaine d’entreprises ont déjà effectué des demandes. Le PGE Aéro devrait être accessible jusqu’au 31 juin 2021 mais pourrait être prolongé au-delà.
Quel est l’intérêt de vendre ses stocks sur une plateforme ?
C’est l’autre volet du nouveau dispositif : la possibilité de revendre tout ou partie de ses stocks. De quoi intéresser les entreprises qui ne souhaiteraient pas, ou ne pourraient pas, pour des raisons d’endettement, demander un PGE Aéro pour couvrir l’ensemble de leurs besoins. Il s’agit de pouvoir vendre une partie des surstocks à la plateforme de rachat Aerotrade, créée en 2010.
Aerotrade a bénéficié lui-même de deux PGE Aéro de 50 millions d’euros chacun, ce qui offre in fine une solution de portage à coût très compétitif pour les industriels. Un financement assuré par les banques LCL, Société Générale, et Caisse régionale de Crédit Agricole Mutuel de Toulouse. Reste qu’il existe d’autres plateformes de cette nature, et que les fournisseurs peuvent opter pour elles, comme on le souligne au sein d’Airbus.
Où se trouvent les stocks une fois revendus ?
Physiquement, les stocks restent toujours présents chez le fournisseur, mais d’un point de vue juridique, leur propriété est transférée à la plateforme. « L’idée est que le fournisseur rachète ensuite son stock au fur et à mesure de ses besoins de production », détaille Karine Guenan.
Un rachat qui s’effectuera au prix vendu avec un très léger surcoût, qui dépend de ce qui a été négocié. De quoi alléger fortement la facture. L’opération devrait s’effectuer durant une période de un à deux ans correspondant à l’écoulement des stocks et la remontée en cadences progressive qui devrait intervenir ensuite.



