Assommé par le Covid-19, Latécoère en quête d’un nouveau souffle commercial

Durement touché par la crise, Latécoère a encaissé une perte de 190 millions d’euros en 2020. Entre son nouveau siège social et la commercialisation de la technologie LiFi, l’équipementier aéronautique se débat pour sortir la tête de l’eau.

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A Labege (Haute-Garonne), près de Toulouse, Latécoère teste les performances du LiFi, que le groupe s'apprête à commercialiser.

Alors que Latécoère reprenait des forces après une décennie tumultueuse, le Covid-19 le fait de nouveau vaciller. En témoignent ses indicateurs financiers, publiés mardi 16 mars. Le chiffre d’affaires de l’équipementier aéronautique a chuté de 42,1%, à 413,2 millions d’euros, et son résultat opérationnel courant est passé de 11,8 millions d’euros en 2019 à -74,5 millions d’euros l’an dernier. La marge Ebitda qui s’élevait à 6,7% est repartie dans les limbes, à -10,3%. In fine, les pertes de Latécoère sont abyssales, s’établissant à -189,6 millions d’euros, contre -32,9 millions en 2019.

L’industriel, qui livre en portes et en câbles électriques la fine fleur de l’aéronautique (Airbus, Boeing, Dassault, Embraer…), ne fait pas mystère de l’impact provoqué par la pandémie mondiale. "La pandémie de Covid-19 a provoqué un effondrement du trafic aérien en 2020, conduisant les clients de Latécoère à réduire sensiblement leurs volumes de production. Les résultats financiers de Latécoère pour l'exercice 2020 en ont été fortement impactés", résume l’équipementier dans son communiqué. Entièrement tourné vers l’aéronautique, Latécoère fait partie des acteurs les plus touchés par la baisse de charges impulsée par les avionneurs, de l’ordre de 40%.

Un PSE pour supprimer (seulement) 246 emplois

Si le groupe a obtenu l’an dernier un prêt garanti par l’Etat (PGE) de 88 millions d’euros, le manque d’oxygène devrait toujours se faire ressentir dans les prochains mois. "Alors que le calendrier de reprise du trafic aérien demeure incertain du fait des impacts de la crise Covid-19, Latécoère prévoit que 2021 sera une année difficile, avec des cadences de production des avionneurs probablement encore atones", a prévenu le groupe dans son communiqué. Latécoère prévoit une baisse de son chiffre d’affaires de l’ordre de 25% en 2021. La contribution des activités câblages de Bombardier récemment acquises devrait, sur le papier, réduire l’impact à environ -10%.

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Comment Latécoère compte-t-il faire face à la crise ? A l’instar des autres acteurs de l’aéronautique, le groupe a lancé l’an dernier un plan de réduction des effectifs en réponse à l’effondrement de la production. En France, alors que le Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) visait initialement la suppression de 475 postes (130 au sein de la branche Systèmes d’Interconnexions et 345 pour Latécoère Aérostructures), les effectifs devraient finalement passer de 1500 à quelque 1250 personnes. En plus du déploiement de l’Activité partielle de longue durée (APLD), des accords ont été trouvés entre la direction et les organisations syndicales en vu de limiter la casse sociale. Dans le reste du monde, ce sont sont environ 1100 emplois qui ont été supprimés, principalement en République tchèque, en Tunisie, au Brésil et au Mexique.

Un nouveau siège social

"Les 130 emplois sont préservés côté câblage et nous avons aussi obtenu des aides pour moderniser notre usine de Liposthey (Landes) dans le cadre du fonds de modernisation, précise Hervé Blanchard, DRH de l’équipementier. Côté aérostructures, le plan social est descendu à 246 emplois supprimés. On propose pour cette branche un plan de départs volontaires qui pourrait réduire le nombre de départs contraints, mais pas complètement les éviter. Une centaine de salariés sont déjà en réflexion pour mener des projets à l’extérieur. Les discussions vont être menées jusque fin mai." Pour rappel, contrairement aux activités de câblages électriques qui bénéficient du renouvellement régulier des cabines d’avions, les aérostructures vivent au rythme plus lent des lancements de programmes et souffrent, qui plus est, d’une plus grande concurrence internationale.

Mais le groupe plus que centenaire, qui a contribué à poser les fondations aéronautiques de l’Occitanie, ne mise pas seulement sur la réduction de voilure pour affronter la crise. En témoigne l’ouverture prochaine de son nouveau siège social, dont la construction avait été décidée avant la crise. Il se situe sur une partie du site historique de Toulouse, rue de Périole, où se trouvaient des ateliers et des services support. Latécoère met son quartier général à l’heure des standards aéronautiques : entre le plafond bas, le manque de lumière et les mezzanines kafkaïennes, l’ancienne briqueterie qui lui servait de siège social tenait de l’anomalie. Les locaux historiques vont être rasés, seul subsistera l’atelier dédié à la fabrication du pavillon de l’A330neo. Latécoère va céder au passage quelque 50 000 m² de terrain.

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Latecoere Latecoere (Guittet Pascal/Guittet Pascal)

Avec son nouveau siège social, Latécoère espère augmenter les synergies entre les équipes. Photo Pascal Guittet.

Le nouveau bâtiment de 11 000 m² compte 5 étages et accueillera les fonctions support du groupe : le personnel va commencer à y travailler à l’été 2021. "Le nouveau siège va nous aider à rebondir, assure Hervé Blanchard. C’est la première fois de l’histoire de l’entreprise que les fonctions support sont réunies, dont les bureaux d’études et les équipes de R&T. Les fonctions corporate y seront aussi localisées. Bien au-delà des synergies, c’est un nouvel esprit qui va s’installer entre les branches. Je suis convaincu que les équipes n’ont pas conscience de l’impact de cette réunion. Elles vont aller plus loin ensemble."

Le LiFi cristallise les attentions

Une nouvelle dynamique espérée par les dirigeants qui pourrait se concrétiser à court terme au niveau de la technologie LiFi. Basée sur la transmission de données via la modulation d’un signal infra rouge, véritable morse lumineux, elle pourrait se démocratiser dans les cabines d’avions où les équipements de divertissement sont de plus en plus gourmands en débit. "Ce premier semestre 2021 va marquer la bascule vers la commercialisation du LiFi", expliquait récemment à L’Usine Nouvelle Laurent Groux, directeur système cabine LiFi de Latécoère. En matière de LiFi, testé sur le site de Labège (Haute-Garonne), Latécoère vise avant tout l’aviation commerciale et l’aviation d’affaires.

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Latecoere Latecoere (Guittet Pascal/Guittet Pascal)

C'est sur son site de Labège (Haute-Garonne) que Latécoère teste les performances du LiFi. Photo Pascal Guittet.

Cette technologie offre la possibilité d’alléger l’appareil en diminuant de manière drastique le recours aux câbles classiques, les données étant transmises par fibre optique. "Elle permet en outre d’éviter les changements d’équipements liés à la connectivité, habituellement nécessaires tous les quatre ou cinq ans, en raison de ses performances en matière de débit", a précisé Laurent Groux. Mais le monde militaire pourrait également représenter un débouché, peut-être plus prometteur pour des raisons liées à la cybersécurité : le signal LiFi est moins source de piratage que le wi-fi, dès lors qu’on ne se trouve pas dans le faisceau lumineux de la source. Un développement qui va s’accompagner sur les sites de Latécoère d’une montée en puissance de la production de fibre optique.

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