A première vue, l’impact de la crise a été maîtrisé pour la balance commerciale. A 65,2 milliards d’euros, le déficit commercial ne s’est dégradé "que" de 8 milliards d’euros en 2020, ne dépassant pas son précédent record de 2012. En réalité, le diagnostic est autrement plus inquiétant.
La chute vertigineuse de la facture énergétique, sous le double effet de la baisse accusée des prix et la diminution de la consommation d’hydrocarbures masque la très nette dégradation de la balance commerciale de l’industrie. Pour les produits manufacturés, le déficit atteint cette année 57,5 milliards d’euros, pratiquement deux fois plus qu’en 2019.
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La France paye sa très forte dépendance à quelques secteurs
La France paye sa très forte dépendance à quelques grands secteurs exportateurs, fortement secoués en 2020. A elle seule, l' aéronautique explique deux tiers de la dégradation du solde commercial industriel. Sans grande surprise, les livraisons d’avions et de moteurs d’avions ont chuté à 35 milliards d’euros. Et le solde commercial du secteur – toujours excédentaire - a fondu de moitié, à 16,5 milliards d’euros. Autre victime collatérale de la crise du Covid : la parfumerie et cosmétique a perdu 1,9 milliard d’euros d’excédent commercial, à cause du recul de ses exportations (lire l'entretien du président de la Fédération des entreprises de la beauté). Les fabricants de vins et spiritueux ont subi le contrecoup des mesures de rétorsions américaines contre le cognac et le champagne aux Etats-Unis dans le différend Airbus-Boeing. De quoi faire reculer là aussi l’excédent commercial du secteur – le deuxième plus important pour la France, de 1,8 milliard d’euros sur un an. Les 5,5 milliards d’euros d’importations de masques chirurgicaux, contre 400 millions en 2019, viennent aussi creuser le déficit de 2020.
Perte de parts de marché
De quoi espérer que l’aggravation de la balance commerciale ne soit que passagère? Possible. Mais le retour à la normale de l’aéronautique devrait prendre plusieurs années. Et il y a un signal inquiétant : la France a recommencé à perdre des parts de marché, alors qu’elle était parvenue à se quasi-stabiliser ces dernières années. Les exportations françaises ont reculé de 15 % en 2020, alors que la demande mondiale adressée a reculé de 11 %. "Malgré le point bas atteint en avril, le nombre d’exportateurs est reparti à la hausse. En décembre, nous avons quasiment retrouvé le nombre d’entreprises et le volume d’exportations de décembre 2019", entend rassurer Franck Riester, le ministre du Commerce extérieur.



