Les spiritueux français tourmentés par de nouvelles taxes douanières américaines

Les taxes américaines contre les spiritueux français doivent entrer en vigueur ce 12 janvier. La mesure va peser lourdement sur les exportations de spiritueux français notamment sur le cognac.

Réservé aux abonnés
Image d'illustration de l'article
Les Etats-Unis sont le premier importateur de cognac.

Si les maroquiniers peuvent exprimer leur soulagement, après l'annonce vendredi 8 janvier de la suspension de la taxe GAFA, les producteurs de spiritueux restent quant à eux inquiets.

Ce 12 janvier, en marge d'un litige qui oppose Airbus à Boeing, les Etats-Unis vont imposer une taxe de 25% sur les "spiritueux français obtenus par distillation de vin de raisin ou de marc de raisin (eau-de-vie de raisin), en récipients d’une contenance ne dépassant pas 4 litres chacun et d'une valeur de plus de 38 $ le litre" comme le stipule le site du Commerce extérieur américain.

Les Etats-Unis, premier marché d'exportation des spiritueux français

"C'est un coup de massue pour notre secteur", déplore César Giron, président de la FEVS, la Fédération des Exportateurs de Vins & Spiritueux de France. Car pour les spiritueux français, les Etats-Unis sont un marché capital: en 2018, ce dernier était le premier marché d'exportation pour les boissons françaises avec une valeur dépassant les 3 milliards d'euros.

Vos indices
Indices & cotations
Tous les indices

Le cognac, boisson prisée entre autres chez les rapeurs américains, est la principale cible de cette nouvelle taxe: en 2019, une bouteille de cognac français sur deux était commercialisée aux Etats-Unis, notamment par Hennessy, Pernod Ricard et Remy Cointreau. Une position qui s'est maintenue malgré la crise sanitaire: selon les chiffres communiqués par la filière, en 2020, le marché américain est le seul marché où les exportations ont continué leur progression de +1%. 

Autre cible: l'armagnac. Pour la boisson landaise, les Etats-Unis sont également le premier marché d'exportation en volume et le deuxième en valeur avec trois millions d'euros de chiffres d'affaires réalisés outre-Atlantique. "Nous sommes encore un marché de niche mais en 2020, nous avions réussi à augmenter la valeur de nos exportations de 4%. Le marché américain est une bouffée d'air pour notre filière", explique Olivier Goujon, président du bureau national interprofessionnel de l'Armagnac (BNIA).

Les vins premiums visés

L'interprofession est d'autant plus inquiète qu'elle exporte aux Etats-Unis des produits premiums. "Les produits au-delà de la limite de 38 dollars le litre représentent 20% en volume mais 40% en valeur de nos exportations vers les Etats-Unis", précise Olivier Goujon.

24 maisons d'armagnac exportent aux Etats-Unis dont dix qui y vendent exclusivement des produits premiums parmi lesquelles Darroze ou Laubade. "Ces maisons voient aujourd'hui leur stabilité économique menacée" précise le responsable de la BNIA.

Au total, selon la FEVS, cette nouvelle mesure pourrait entraîner une perte de 300 millions d'euros pour les producteurs français. Un manque à gagner qui s'ajoute aux 700 millions d'euros déjà perdus par la filière depuis la mise en place, en octobre 2019, d'une première taxe douanière sur les vins tranquilles. "Nos entreprises sont victimes d’un conflit qui nous est étranger et qui relève d’une négociation entre États", s'emporte César Giron.

La suspension de la taxe GAFA contre les produits de luxe sonne toutefois comme un bon signal pour la filière. "Cela nous donne l'espoir que les discussions avec la nouvelle administration américaine seront plus constructives", note Olivier Goujon. Pour savoir si cet espoir est fondé, il faudra aux producteurs de vins probablement attendre le prochain carrousel, c'est-à-dire la prochaine liste de produits extérieurs taxés, attendu pour mi février 2021.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.