Nouvelle levée de fonds réussie pour Kalray. La pépite française des processeurs de systèmes intelligents vient de procéder à une augmentation de capital de 5,2 millions d’euros, portant le montant total des fonds levés depuis sa création à plus de 106 millions d’euros.
" Nous avons une situation financière solide pour réaliser notre plan de route dans les deux ans à venir, confie à L’Usine Nouvelle Eric Baissus, président du directoire la société. Nous avons levé ces nouveaux fonds pour préparer la suite, l’évolution de notre puce vers Cooligde 2 qui va servir de version certifiable pour la voiture intelligente, une étape vers la production de gros volumes. Nous voulons aussi étendre notre marché des datacenters actuels vers l’edge computing et la 5G. L’opération reste modeste car la technologie de base est là. "
Prochaine puce en 2022
Fondée en 2008 à Grenoble (Isère) par essaimage du CEA-Leti, Kalray développe une nouvelle génération de processeurs à traitement massivement parallèle (MPPA pour Massively Parallel Processor Array) adaptés aux systèmes intelligents qui nécessitent à la fois un traitement à la volée de grands flots de données et des décisions critiques en temps réel. Sa technologie intéresse des industriels de la défense-aéronautique comme Airbus, Safran ou MBDA, des constructeurs automobiles comme l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi ou encore des fabricants de serveurs comme le strasbourgeois 2CRSI. Depuis début 2019, la pépite dispose d’un partenariat stratégique-capitalistique avec NXP pour imposer ensemble sa solution dans la conduite assistée et autonome. Elle compte aujourd’hui une centaine de collaborateurs, essentiellement à Grenoble, avec de petits bureaux aux Etats-Unis et au Japon.

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Kalray en est aujourd’hui à sa deuxième génération de puce : Cooldige, lancée début 2020. Avec 80 cœurs de traitement parallèle, épaulés par autant d’accélérateurs d’intelligence artificielle, elle offre une capacité de 25 mille milliards d’opérations par seconde. Ce qui la place au niveau de la puce Xavier de Nvidia, la référence absolue dans la voiture intelligente, mais pour une taille trois fois inférieure selon Kalray. Avec les nouveaux fonds levés, l’objectif est de développer la génération d’après, Coolidge 2, avec un lancement prévu en 2022. Comme la puce actuelle, elle sera fabriquée chez le fondeur taïwanais de semi-conducteurs TSMC en technologie de 16 nanomètres.
100 millions d'euros de chiffre d'affaires dans deux ans
Les datacenters constituent le premier marché visé. " C’est dans ce domaine que nous générons aujourd’hui l’essentiel de nos revenus, affirme Eric Baissus. Nous somme au stade de préproduction où nous accompagnons des clients dans l’évaluation de notre solution et la qualification de leurs serveurs. Nous vendons un millier de cartes de développement par an. Nous devons passer en production de volume en 2021 avec l’objectif de vendre 100 000 cartes dans deux ans. " De quoi porter le chiffre d’affaires à 100 millions d’euros entre mi-2022 et mi-2023, contre environ 1 million d'euros attendu en 2020. La start-up travaille dans ce domaine notamment avec le fabricant taïwanais de serveurs Wistron et son équivalent français 2CRSI.
L’edge computing s’annonce comme un autre marché potentiel intéressant. " Dans ce domaine, nous retrouvons la voiture intelligente, l’industrie 4.0, la 5G et toutes les applications nécessitant le traitement des données au plus près de l’endroit où elles sont générées, explique Eric Baissus. Dans l’aéronautique, nous travaillons par exemple avec Safran sur l’analyse en temps réel des données du moteur d’avion pour en optimiser la consommation de carburant pendant le vol. Dans la 5G, l’idée est de mettre des mini datacenters près des antennes pour traiter les énormes volumes de données générés par cette nouvelle génération de mobiles. C’est quelque chose de nouveau par rapport à la 4G. "
La 5G laisse présager une rupture sur la façon dont les réseaux mobiles seront construits, avec l’émergence d’équipements ouverts au standard O-RAN. Une évolution vue comme une opportunité par Kalray. " Les opérateurs télécoms ne veulent plus utiliser des boîtes noires comme celles fournies jusqu'ici par Ericsson, Nokia ou Huawei, affirme Eric Baissus. Ils veulent des équipements standards, construits comme des serveurs sur du matériel banalisé, avec des accélérateurs de certaines applications. Notre puce peut jouer ce rôle d’accélérateur. "
La voiture intelligente, monopole de Nvidia
La voiture intelligente s’annonce comme un marché potentiel important. Mais du fait des temps de qualification, elle reste plus longue à concrétiser. Eric Baissus prévoit son démarrage en 2024. Ce marché est aujourd’hui presque entièrement monopolisé par Nvidia. " C’est normal, estime-t-il. C’était la seule solution disponible quand les projets de voiture intelligente ont démarré il y a quelques années. Depuis le marché a gagné en maturité avec l’émergence aujourd’hui de plusieurs alternatives dont notre puce fait partie. "
Autre marché visé, celui du calcul intensif. Kalray se voit comme la solution de souveraineté européenne dans ce domaine clé. Elle participe à l’EPI, l’initiative européenne de processeur européen de supercalculateurs aux cotés de 26 partenaires de dix pays, dont Atos, le CEA, Infineon Technologies, STMicroelectronics et SiPearl. Le processeur central de ces machines de calcul est en cours de développement par la start-up SiPearl. " Nous pouvons fournir la puce ou la propriété intellectuelle pour la fonction d’accélérateur des calculs des supercalculateurs européens, précise Eric Baissus. Nous voulons être le Nvidia européen. " Ces fonctions d’accélérateur sont en effet aujourd’hui fournies principalement par Nvidia, une société devenue, à l'heure de la voiture intelligente et de l'intelligence artificielle, la grande star des puces, éclipsant en Bourse Intel, qui domine pourtant les semi-conducteurs de façon presque ininterrompue depuis 1993 selon le cabinet IC Insights.



