Gaston Lagaffe, le «héros sans emploi» de Franquin, avait pris la fâcheuse habitude de crouler sous des montagnes de courrier en retard : un magma de données aussi énorme qu’indigeste auquel nul n’osait se frotter. Soixante ans plus tard, la data est numérique, mais toujours reine, et toutes les entreprises sont menacées du syndrome Lagaffe. C’est pour y voir plus clair que Jawaher Allala, 54 ans, a développé une solution logicielle.
Rembobinons. En 2007, après sept ans de conseil à la fusion des systèmes d’information (SI), pour le compte d’Oracle notamment, elle fonde Systnaps. «L’idée a été de rendre les tâches moins répétitives en concevant un algorithme chargé de classifier les données», rappelle-t-elle. Le postulat s’étend. L’entrepreneuse propose de nettoyer les SI des clients. «Ils sont trop gros : 50% des données sont inactives, détaille-t-elle. Les conserver est ridicule. Cela coûte cher et altère les performances des logiciels.»
Avec qui rêveriez-vous de travailler ?
Avec toute entreprise qui propose de réduire les travers de la donnée. Par exemple, je trouve génial que des opérateurs offrent des solutions d’effacement pour les datacenters.
Une fois la donnée classée, elle va, en fonction de son utilité, être conservée dans le système ou déplacée vers un lieu de stockage moins énergivore, voire détruite. En jeu, la limitation de l’impact énergétique exponentiel des data. «Il ne faut pas se laisser emporter par les phénomènes de mode. Récemment, par exemple, tout le monde s’est jeté sur l’intelligence artificielle. Mais il faut arrêter d’aller là où ça brille et être en mesure de dire là où ça fait mal. La vérité, c’est que la plupart des projets d’IA développés par les entreprises sont un échec.»
Adepte du recyclage
Jawaher Allala ne s’arrête pas là. Elle a fourmillé d’idées pendant les confinements à répétition : «J’ai inventé le concept de data recycling. Tout le monde dit que la donnée est une ressource. Et si on lui donnait la capacité d’intégrer l’économie circulaire ?» Plus question de limiter l’analyse à un seul client : Systnaps déploie sa solution sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
«À chaque niveau de la production, des données se collectent. L’idée est d’embarquer tout le monde afin d’en avoir une vision systémique. Comment suivre leur utilisation sans les dupliquer bêtement partout ? Notre plateforme sait où sont celles de référence. Au lieu de les entasser, nous sommes capables de les identifier et de leur redonner de la valeur en les réutilisant.»
Le logiciel a reçu le label Solar Impulse, créé par l’explorateur Bertrand Piccard, qui consacre des solutions alliant durabilité et rentabilité. Établi en banlieue parisienne, Systnaps emploie quinze personnes et travaille pour de prestigieux clients, de Dassault Systèmes à Intermarché, en passant par Randstad.



