Attablée à la terrasse de l’incubateur Paris Biotech Santé, au sein de l’hôpital Cochin, Sophie Cahen, créatrice de la start-up Ganymed Robotics, parle vite et multiplie les ellipses. « Bref, c’est une longue histoire. » Une précaution qui n’empêche pas la jeune entrepreneure de 33 ans d’avoir besoin d’un certain temps pour résumer son parcours. Ultra-prestigieux et pourtant non linéaire. « Bonne en maths » au lycée, Sophie Cahen se tourne vers les sciences de l’ingénieur. En partie par agacement face aux injonctions la poussant à viser HEC parce qu’elle était une fille, se remémore-t-elle en souriant.
D’où Centrale Paris et une spécialisation dans les procédés, ainsi qu’un stage d’un an dans… un cabinet d’investissement financier, sur « des deals de LBO mid-cap ». Le premier virage à 180° d’un itinéraire qui en verra beaucoup d’autres. « Les études d’ingénieur offrent un capital prise de risque : une liberté au regard des voies que l’on peut suivre car on sait que l’on retombera sur nos pieds », résume Sophie Cahen. De quoi revendiquer une trajectoire en courbes, marquée par le refus d’être « un produit qui se markette à destination d’un recruteur».
La prochaine conquête des femmes : Comprendre que nous avons tous (et toutes) internalisé énormément de biais cognitifs qui font que nous n’attendons pas les mêmes choses d’un homme et d’une femme.
Polyglotte, elle décroche son premier job à Amman, la capitale de la Jordanie. Dans cette ville du Moyen-Orient restée relativement à l’écart de l’ébullition des printemps arabes, elle évalue des projets pour le compte de l’Agence française de développement (AFD) et perfectionne son arabe. Avant de revenir en Europe, pour travailler chez Avencore. Un cabinet de conseil en excellence opérationnelle, où elle aide à « reconcevoir des produits infabriquables ».
Exploiter tout son potentiel
Elle y restera deux ans. Peu attirée par une carrière linéaire, se sentant un « potentiel inexploité » et l’envie de « voir ce qui pourrait être », elle vire à nouveau de bord. Convaincue que « si l’on se sent à l’étroit dans son job, c’est peut être vrai ». Après un MBA à l’Insead, direction l’Iran pour y gérer une agence de voyage. Puis retour en France en 2018, en raison de la dégradation du climat international. L’occasion pour elle de « rencontrer pas mal de gens », dont le roboticien Bruno Maisonnier (qui a fondé la start-up Aldebaran) et l’ami d’enfance de celui-ci, le chirurgien orthopédiste Michel Bonnin. Un hasard qui lui donnera l’idée de Ganymed Robotics, start-up couplant vision par ordinateur et robotique pour proposer un système de chirurgie augmentée à destination des chirurgiens. En premier lieu pour la pose de prothèses de genoux, une application pour laquelle il existe un « vrai besoin clinique ». L’objectif, insiste Sophie Cahen, est de créer « un nouveau standard chirurgical ».
Bilan provisoire de sa start-up : une équipe d’une vingtaine de personnes, six familles de brevets déposées et une troisième levée de fonds en cours. Après trois ans, Sophie Cahen n’hésite pas à parler d’une entreprise « éprouvante ». Joueuse d’échecs et de bridge, lectrice de biographies historiques (elle conseille notamment les livres de Simone Bertière), elle a dû mettre certains loisirs de côté. Sans regrets. Vantant « l’aventure humaine », la contribution sociale de son activité et la transformation régulière de ses tâches, elle se voit encore entrepreneure dans cinq ans. Satisfaite d’avoir trouvé « une voie qui fait appel à tout ce qu’il y a en [elle] ».



