Première préoccupation des dirigeants, la flambée des prix de l’énergie et son impact pour la compétitivité des entreprises ne sont plus suffisamment au cœur de l’attention en France pour Geoffroy Roux de Bézieux. D’où une intervention du président du Mouvement des entreprises de France (Medef) devant la presse, mercredi 16 novembre à Paris, pour lancer «un signal d’alarme» sur la question. Et demander dans le même temps au gouvernement « des ajustements » sur son volet d’aides de 10 milliards d’euros annoncé fin octobre.
L’organisation patronale observe actuellement «un phénomène de déstabilisation de la compétitivité relative» de ses entreprises face à des concurrents allemands et américains qui bénéficient d’un prix de l’électricité plus bas. Ces derniers sont en outre soutenus par un plan de 370 milliards de dollars de subventions et crédits d’impôts pour monter en puissance sur les technologies de décarbonation.
Lisi pourrait repousser l'ouverture d'une forge
Geoffroy Roux de Bézieux n’alerte pas à ce stade sur de «vraies délocalisations». Selon lui, de telles décisions prendraient de toute façon «plusieurs mois car il faut une vision à moyen terme sur le coût de l’électricité et ce sont des décisions multifactorielles». Les premiers effets de ce coup porté à la compétitivité des entreprises tricolores se font tout de même sentir. Geoffroy Roux de Bézieux en a donné deux exemples, avec tout d’abord le groupe Lisi qui pourrait repousser l’ouverture d’une forge de titane pour des pièces d’aviation. «Elle devait ouvrir en 2023 à Chaumont [Haute-Marne], mais sa rentabilité n’est possible qu’à 220 euros le mégawattheure environ». Son dirigeant ne pense pas pour le moment à ouvrir cette usine aux Etats-Unis « mais c’est un risque à plus long terme », pour le patron du Medef.
Des industries à l'écart des aides
Autre illustration : le cas d’un dirigeant d’une industrie spécialisée dans le verre et implantée au Havre (Seine-Maritime). «Il voit arriver une concurrence différente, avec des premières livraisons en provenance d’Asie, ce qu’il n'observait pas auparavant», raconte Geoffroy Roux de Bézieux. Le représentant du patronat s’inquiète par ailleurs plus largement pour la compétitivité du continent européen. Fin octobre, le chimiste allemand BASF a ainsi annoncé une réduction permanente de ses coûts sur ses sites européens. Une nouvelle qui contraste fortement avec son investissement de 10 milliards d’euros dans un complexe chimique à Zhanjiang, au sud de la Chine, note Reuters.

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Ces pertes de croissance à moyen et long terme se doublent d’un autre recul de l’activité déjà d’actualité ou imminent. Pour éviter de mettre en péril leur résultat d’exploitation, certaines entreprises réduisent temporairement leur production. C’est pour ces sociétés, entre autres, que Geoffroy Roux de Bézieux réclame «des ajustements sur les dispositifs d’aide nationaux». En Bretagne, le groupe agroalimentaire Sill s’attend à ce que sa facture énergétique triple en 2023 par rapport à cette année, pour atteindre 30 millions d’euros. «Je regrette que les aides actuelles écartent toute une partie du monde industriel», s’agace son directeur général, Sébastien Floc’h, dans une vidéo présentée lors de la conférence de presse.
Sa société n'est pas éligible au guichet unique, le dispositif d’aide qui cible plutôt les ETI et les grandes entreprises. Avec son chiffre d’affaires d’environ 520 millions d’euros, Sill ne remplit par le critère d’un poids des dépenses énergétiques supérieur à 3% de ses ventes.
Crainte d'un "chacun pour soi" des Etats
Dans «les choses à faire à court terme», Geoffroy Roux de Bézieux souhaiterait ainsi modifier ce critère pour l’apprécier davantage à l’aune de 2023. «Le critère de baisse de l’excédent brut d’exploitation [remplacé par l’Ebitda dans la nouvelle mouture des aides annoncée fin octobre] s’applique à l’échelle du groupe plutôt que site par site», regrette également le patron du Medef. Dans un communiqué publié le même jour, 25 interprofessions agroalimentaires françaises (Interbev, Inaporc, Cniel...) se montrent encore plus critiques. Selon elles, «la faiblesse du système d'aide prévu actuellement ne règle en rien l'explosion des prix de l'énergie» et la situation actuelle «menace concrètement la compétitivité des produits français». Elles préviennent de réductions de production dans certaines entreprises voire d'arrêts définitifs.
Reste que le signal d’alarme de Geoffroy Roux de Bézieux s’adresse aussi beaucoup à la Commission européenne. Le Medef s’inquiète des paquets d’aides inégaux entre les différents pays de l'Union. «Je ne peux pas imaginer que la Commission laisse perdurer ce chacun pour soi hyper-dangereux», tranche son big boss. Et d’ajouter : «Il faut repenser le marché de l’électricité avec un découplage entre le prix du gaz et celui de l’électricité ou en établissant un prix de revient pour les énergies vertes d’un côté et un prix de marché pour le pétrole et le gaz d’autre part.» Bruxelles proposera une réforme du marché de l’électricité début 2023. D’ici là, le patronat risque de se faire encore de nombreuses frayeurs.



