Le mot "usine" sera-t-il prononcé lors du débat d'entre deux tours ce 20 avril ? En tout cas, lors de cette campagne présidentielle, il n’y a pas eu de ruée dans les usines. Rien à voir avec 2017, où Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’étaient jaugés à distance devant le site de Whirlpool à Amiens.
Depuis deux ans, les pénuries de masques chirurgicaux et de médicaments du début de la pandémie, puis les difficultés d’approvisionnement en composants électroniques depuis la sortie de la pandémie et d’acier avec la guerre en Ukraine ont remis sur le devant de la scène la fragilité du tissu industriel français et sa dépendance aux approvisionnements extérieurs dans des secteurs stratégiques. « De façon paradoxale, il y a désormais un consensus dans tous les bords politiques sur la nécessité de réindustrialiser et de renforcer la souveraineté économique, qui était jusque-là très peu évoquée, souligne Mathieu Plane, économiste à l’OFCE. Mais on a de façon étonnante peu parlé de comment s’y prendre pour réduire ces dépendances et réinvestir l’industrie, alors qu’il y aurait matière à débat ».
Convergence sur les impôts de production
Dans leurs programmes, Marine Le Pen comme Emmanuel Macron prônent la poursuite de la baisse des impôts de production pour renforcer la compétitivité du fabriqué en France. Le président sortant propose de renoncer à la CVAE, afin d’amplifier la réduction de 10 milliards d’euros déjà engagée en 2021. Une mesure qui coûterait près de 7 milliards d’euros par an et permettrait à la France de réduire l’écart avec la moyenne européenne sur la fiscalité de production.
Marine Le Pen de son côté prévoit de son côté de supprimer la cotisation de solidarité sur les sociétés (C3S), considéré comme l’impôt le plus nocif par le Conseil d’analyse économique ainsi que la contribution foncière des entreprises (CFE), pour les entreprises implantées dans les « zones de relocalisation ». Pour une facture proche de 10 milliards d’euros pour l’Etat. « Quel que soit l’impôt de production visé, ce qui compte est de réduire l’écart avec le reste de l’Europe », analyse Emmanuel Jessua, économiste à l'institut Rexecode. Ce faisant, les candidats reprennent les revendications de France Industrie, qui réclame une suppression de la CFE, C3S et CVAE.
Impasse sur l'innovation Pour Marine Le Pen
Les deux candidats prévoient de mobiliser la commande publique afin d’accompagner la réindustrialisation. La comparaison s’arrête là. Emmanuel Macron entend jouer sur les clauses environnementales et sociales déjà autorisées par Bruxelles dans les appels d’offres publics. Marine Le Pen s’affranchit des règles européennes en réservant une partie des marchés publics aux entreprises françaises et en rétablissant le contrôle des importations aux frontières. Des mesures qui aboutiraient à un conflit avec nos partenaires. « La logique économique de Marine Le Pen est très malthusienne. Il s’agit de se protéger derrière nos frontières. Mais il n’y a pas grand chose dans son programme sur la politique industrielle et elle ne dit rien sur l’innovation, la recherche et l’attractivité du territoire qui sont pourtant des données importantes si on veut réindustrialiser», estime Emmanuel Jessua. La candidate du Rassemblement national compte s'appuyer sur le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, en cours de validation à Bruxelles. Mais elle reste évasive sur la relocalisation et les besoins en compétences.
Emmanuel Macron au contraire compte s’appuyer sur le plan France 2030, lancé fin 2021 et conçu pour « enjamber » la présidentielle. Les 54 milliards d’euros du plan, en comptant les 20 milliards d’euros restants de France relance désormais réintégrés dans l’enveloppe de France 2030, devraient être mis en œuvre progressivement au cours du prochain quinquennat. Ils iront soutenir les investissements dans des secteurs stratégiques comme le nucléaire, le véhicule électrique, l’hydrogène et la production de biomédicaments. Des choix déjà validés en amont de l’élection. Et donc peu susceptibles de nourrir le débat.



