Enfin la riposte aux Gafam ?

L'éditorial de la semaine de Christine Kerdellant.

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Christine Kerdellant, directrice de la rédaction de L'Usine Nouvelle
Christine Kerdellant, directrice de la rédaction

Enfin ! Avec son Digital services act et son Digital ­markets act, l’Europe remet la pression sur les Gafam. Et, en parallèle, sur la nouvelle administration américaine afin qu’elle reprenne, à l’OCDE, la négociation sur cette taxe Gafa que la France, le Royaume-Uni, le Canada ou l’Inde vont appliquer en solo s’il n’y a pas d’accord global. Margrethe Vestager n’est plus seule à se battre en infligeant des amendes record. Thierry Breton est monté au créneau. L’Europe bouge.

Ce Digital act comporte donc deux volets. Le premier s’attaque à la haine en ligne et à la désinformation, et le second ­dépoussière le droit de la concurrence applicable à ces « plates-formes structurantes ». Celui-là devrait empêcher la concurrence déloyale des Google et Amazon vis-à-vis de leurs clients et usagers. Et, pour commencer, empêcher le premier de faire remonter ses propres services en tête des recherches, reléguant ses concurrents là où les utilisateurs n’iront plus les chercher. Il empêchera aussi Amazon de recueillir, sur sa place de marché, les données de vente des fournisseurs, que la plate-forme utilise ensuite à son profit pour commercialiser les mêmes produits qu’eux.

Pendant le confinement, les Gafam et leurs pairs (Zoom, Netflix…) ont prospéré. Ils ont fait la démonstration que chaque citoyen pouvait vivre sa vie professionnelle et personnelle 100 % en ligne. Il existe une solution numérique à tout… même si ce n’est pas la panacée, comme en témoignent les situations de détresse psychologique qui se multiplient. Mais ils sont allés bien plus loin. Le confinement leur a permis d’entrer en force dans les petites entreprises françaises. Ils s’efforçaient déjà depuis une décennie de les évangéliser, avec plus ou moins de bonheur. Le Covid-19 aura constitué une véritable aubaine. Avec, en guise de cheval de Troie, la CPME pour Facebook et la Fédération française des associations de commerçants pour Google. Tous leurs adhérents fermés pour confinement cherchaient des solutions pour récupérer du chiffre d’affaires. Google leur a proposé jusqu’à quatre webinaires par jour pour se former à l’e-commerce, ainsi que des accompagnements individuels, qu’il promeut aujourd’hui dans des spots radio qui font témoigner quelques patrons ravis.

Cette évangélisation est, en soi, une très bonne chose pour nos entreprises. En France, une PME sur trois seulement est digitalisée, contre deux sur trois en Allemagne. Mais en remettant leur destin entre les mains des Gafam, elles tombent aussi dans leur piège, du moins tant que l’Europe n’aura pas réussi à circonvenir ces géants.

Sans doute ne faut-il pas rêver de démantèlement, même si, aux États-Unis, des procès antitrust sont en cours. IBM et Microsoft n’ont, en leur temps, subi que des réductions de périmètre. Il faut se donner les moyens d’agir plus tôt, comme le recommande, en France, une note du Conseil d’analyse économique. Par exemple, en obligeant les Gafam à déclarer à l’avance les évolutions de leurs algorithmes, qui déstabilisent le marché à leur seul profit. Ou en leur interdisant d’investir dans de nouveaux secteurs. Il faut surtout être plus rapide. Aujourd’hui, les entreprises lésées meurent souvent avant que justice ne soit rendue.

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