En Isère, la mauvaise passe d’Elkem symbolise les difficultés actuelles de la chimie

Sur la plateforme chimique des Roches-Roussillon (Isère), le fabricant de matériaux à base de silicones Elkem souffre de la concurrence asiatique et du poids des normes. Sa maison mère norvégienne vient de lancer une revue stratégique de l’activité.

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La maison mère d'Elkem lance une revue stratégique de sa division «Silicones», visant à réallouer les capitaux qui lui étaient jusqu'alors dédiés, à ses divisions Silicon Products et Carbon Products.

«On souffre énormément.» Antonio Martins, le directeur de l’usine Elkem à Roussillon (Isère), ne prend aucun détour quand il s’agit d’évoquer la situation actuelle. L’inquiétude est d’autant plus forte pour le fabricant de composants destinés aux produits à base de silicone (revêtements antiadhésifs, émulsions, élastomères techniques…) que sa maison mère, basée en Norvège, vient de lancer une revue stratégique de sa division «Silicones». Traduction : le capital qui lui était dédié va être réalloué, au profit de ses deux autres divisions, Silicon Products et Carbon solutions. Une vente n’est pas à exclure.

Cette nouvelle anxiogène pour les 180 salariés sur place s’explique par un retournement radical des conditions de marché, relativement symptomatique de la crise qui frappe actuellement la chimie française. «En 40 ans dans le silicone, j’en ai connu des évolutions conjoncturelles, témoigne Antonio Martins. Mais là, nous sommes dans un cycle bas qui s’éternise.» 

Après des bonnes années post-Covid – le chimiste investit 36 millions d’euros en 2021 pour accroître sa production – l’activité de l’usine ralentit dangereusement. En 2023, elle ne tourne plus qu’à 50% de ses capacités. Avant de remonter, péniblement, à 65% l’année suivante. Sachant que pour dégager des marges d'autofinancement, les professionnels évoquent un seuil compris entre 75% et 80%.

Coûteuse réglementation

Outre le ralentissement de certains secteurs clés pour Elkem, comme l’automobile, la construction ou l’industrie, le dirigeant pointe la surproduction chinoise qui afflue en Europe, à des prix qui peuvent être inférieurs de 30%. «Les produits français et allemands ne peuvent pas lutter contre cette concurrence déloyale», tance Carl Patois, le directeur d’Osiris, le groupement d’intérêt économique (GIE) qui gère le site chimique des Roches-Roussillon (180 hectares, 1600 salariés), à une cinquantaine de kilomètres au sud de Lyon. 

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D’autant que, dans le même temps, la compétitivité européenne s’est dégradée. D’une part, du fait du renchérissement du prix de l’énergie à la suite de la guerre en Ukraine. Mais également, à en croire Antonio Martins, à cause du poids des normes. «Pour respecter les prochaines réglementations, une usine comme la nôtre devra faire travailler un ingénieur quasiment un trimestre entier juste pour vérifier que nous sommes conformes», raille-t-il, pointant un fardeau kafkaïen qui va jusqu’à contrôler les interrupteurs des lampadaires.

Illustration avec un magasin de stockage à l’air libre de produits inflammables. «Nous avons dû construire un mur pare-feu pour nous mettre en conformité, alors que nous avons des pompiers sur la plateforme qui peuvent intervenir immédiatement», détaille le directeur. Coût de l’opération : 1,5 million d’euros. «C’est autant que je n’ai pas pu mettre dans l’optimisation de mes installations, et qui nous fait prendre du retard par rapport aux concurrents», déplore-t-il.

Cette année, 80% de ses investissements seront ainsi dédiés au respect de la réglementation. Alors que les déboires du chimiste Vencorex, à une centaine de kilomètres, sont dans toutes les têtes, le dirigeant se montre inquiet. Sans percevoir la moindre éclaircie à l’horizon.

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