Une nouvelle plaie apparaît avec le déconfinement : les masques jetés sur le trottoir. En Haute-Savoie, deux entreprises s’allient pour imaginer une solution à la fois plus pratique et plus durable. Vendredi 19 juin, Precise France (du groupe Pracartis, 160 salariés) et Nanoceram (du groupe HBP, 70 salariés) ont présenté Precimask, un projet de masque transparent à filtration céramique durable. Un autre groupe plus célèbre a annoncé à L'Usine Nouvelle qu'il participait au projet : Saint-Gobain.
Un masque à la durée de vie illimitée
Certains masques sont lavables uniquement une dizaine de fois. D’autres sont équipés de cartouches filtrantes mais celles-ci doivent également être changées régulièrement. Ici, Precise France, Nanoceram et Saint-Gobain cherchent à développer une protection avec une durée de vie illimitée.
Precimask (Le masque est censé être anti-buée pour faciliter son utilisation pour les personnes portant des lunettes. Crédit : Precimask)
“Un masque normal marche par électricité statique. Celle-ci s’endommage dans la durée et avec de la vapeur d’eau. Pour cette raison, ils ont une durée de vie assez faible”, présente à L’Usine Nouvelle Alain Auffret, directeur technique de Precise France. Le masque qu’ils imaginent, quant à lui, “peut être stocké pendant 30 ou 40 ans., sans perte d'efficacité'".
La French Fab d’Auvergne-Rhône-Alpes mobilisée
Le ralentissement de l’activité pendant le Covid-19 a inspiré le projet Precimask aux deux entreprises. Basé à Peillonnex (Haute-Savoie) Precise France travaille d’habitude dans les électrobroches et les produits pour l’usinage dans divers secteurs industriels (aéronautique, automobile, médical…). “Nous sommes un très gros fournisseur chez Airbus, Dassault Aviation, Renault, PSA”, glisse Alain Auffret. À Marnaz (Haute-Savoie), Nanoceram se spécialise dans les solutions technologiques à base de céramique technique.
Precimask (La visière du masque est amovible. Crédit : Precimask)
Pour construire ce masque, les entreprises ont sélectionné des matériaux stables dans le temps et facilement nettoyables. L’entreprise Savoy International à Cluses (Haute-Savoie) fournit la structure en plastique rigide (polycarbonate). Le Joint Technique à Saint-Genis-l'Argentière (Rhône) fournit les lacets en silicone qui fixent le masque à la tête. Precise France assure l’assemblage et la distribution. Enfin, Nanoceram s’occupe du clou du spectacle : implanter le système de filtration à particule en céramique. “Nous voulons défendre la French Fab. Il n’y a aucun produit asiatique dans la constitution de ce masque”, se félicite Alain Auffret.
Une mousse de céramique en guise de filtre
Un acteur industriel plus important figure parmi les partenaires : Saint-Gobain. Spécialisé dans les matériaux innovants, le site Saint-Gobain Research Provence de Cavaillon (Vaucluse) a été mobilisé pour travailler sur la conception de la céramique, son mode de nettoyage et la fabrication des prototypes. Yves Boussant-Roux, directeur R&D de l'activité matériaux céramiques chez Saint-Gobain, décrit à L'Usine Nouvelle le défi technologique derrière le projet : “D’un côté, il faut capter toutes les particules indésirables pour les stocker dans cette pastille céramique. Il faut rendre le cheminement du gaz plus compliqué. De l’autre côté, il faut que ce chemin ne soit pas trop difficile pour que la perte de charge, c’est-à-dire la force que vous mettez pour aspirer ou expirer, ne soit pas perturbée. Nous travaillons au design de la céramique pour remplir ces conditions." Pour l'instant, Saint-Gobain ne communique pas le montant investi dans le projet ou le nombre de personnes mobilisées dessus.
Concrètement, la céramique prend la forme d’une mousse et s’intègre à l’intérieur des valves du masque. D’habitude, ce type de pièce est utilisé pour les filtres à particule des pots d’échappement ou pour la filtration de l’eau. “Nous pouvons rendre la céramique virucide et bactéricide par un catalyseur métallique, c’est-à-dire un revêtement que nous mettons sur la céramique de façon à ‘fatiguer’ le virus”, explique Alain Auffret. La solution a été brevetée par les deux entreprises porteuses du projet.
Precimask (La mousse en céramique est visible ici à l'intérieur des cartouches filtrantes. Crédit : Precimask)
La porosité de la mousse peut également être adaptée pour fabriquer des masques avec des niveaux de classification divers : de FFP1 à FFP3. Même la partie en céramique serait nettoyable à volonté. Les entreprises cherchent encore à définir la meilleure méthode pour laver cette pièce : avec de l’eau, au micro-ondes, avec un produit quelconque, etc.. "Pour être fabriqué, le matériau va être cuit à plus de 2000°C. C’est un matériau hyper-solide auquel vous pouvez faire subir beaucoup de traitements", explique Yves Boussant-Roux.
Objectif de commercialisation à l’automne
Outre sa durée de vie, le Precimask présente l’avantage d’être anti-buée et transparent pour dévoiler les expressions du visage. “Pour les personnes malentendantes, il y a un vrai problème avec les masques chirurgicaux”, regrette Alain Auffret. Precise France et Nanoceram destinent plus largement leur solution au personnel du secteur médical et paramédical, aux pompiers, aux entreprises qui veulent protéger leurs salariés, aux cyclistes qui veulent éviter la pollution de l’air, aux personnes allergiques qui veulent se protéger des allergènes, etc.
Precimask (À terme, les entreprises imaginent des visières fumées ou des masques équipés de puces RFID pour étendre les usages. Crédit : Precimask)
“Le prototype actuel a été fabriqué en imprimante 3D. Nous sommes en train de lancer les moules pour la fabrication de la pré-série de façon à passer tous les tests de qualification au niveau de la Direction générale de l’armement (DGA)”, précise Alain Auffret. De son côté, Saint-Gobain doit fabriquer à Cavaillon 200 pastilles de céramique pour cette pré-série. Ces essais devraient se dérouler en juillet et en août.
“En parallèle, nous sommes en train de fabriquer les moules pour les grandes séries de façon à vraiment commencer la distribution à l’automne”, complète le directeur technique. Saint-Gobain est prêt à assurer la fabrication industrielle des pastilles de céramique avec une usine allemande mais le contrôle de la fabrication se déroulerait à Cavaillon et l'intégration avec les masques pour l'assemblage final se déroulerait en Haute-Savoie.
Le masque grand public pourrait être commercialisé 100 euros avec sa visière amovible, deux cartouches filtrantes et les lacets en silicone pour la fixation. Les prix pourront diminuer pour les acteurs effectuant des commandes importantes.



