Mic-mac sur les masques. Courant avril, en vue du déconfinement imminent, Bercy demandait aux fabricants français de la filière textile d’accélérer la production de masques grand public. Pari tenu : jusqu’à 700 entreprises françaises ont produit jusqu’à 10 millions d’exemplaires par jour, avec un pic fin mai. Mais dans le même temps, la France ouvrait les vannes des importations, en particulier de modèles jetables. L’Etat a lui-même demandé à La Poste de commander 10 millions de masques au Vietnam. Résultat : les masques français se sont retrouvés concurrencés par des productions moins chères, alors que la demande a rapidement chuté peu après le 11 mai.
30 millions de masques en stock
Les entreprises tricolores se retrouvent donc avec l’équivalent de 30 millions de masques en tissu, soit produits et en stock, soit dont les matières ont été commandées. En Auvergne-Rhône-Alpes, première région de production textile en France, sur les 45 entreprises qui fabriquent des masques aux normes Afnor, "à ce jour 12 entreprises ont 830 000 masques en stock, et de quoi en produire 14 millions au total avec les tissus fabriqués", précise Pierric Chalvin, délégué général d’Unitex.
Des commandes d’entreprises, administrations et collectivités françaises ont été annulées, au profit de productions étrangères. Certaines en raison des délais de livraison des fabrications françaises, qui pouvaient atteindre plusieurs semaines en raison de la forte demande. Même si ces stocks pourront être écoulés dans les prochains mois, c’est une sacrée désillusion pour les acteurs de la filière, qui s’étaient mobilisés de façon exemplaire depuis mars. "Il y a de l’incompréhension, voire de l’amertume", résume Pierric Chalvin. "On nous a demandé de nous engager rapidement mais sans jamais nous donner de visibilité sur la taille du marché potentiel", témoigne Paul de Montclos, PDG du fabricant de linge de maison Garnier Thiebaut, basé à Gérardmer (Vosges), qui a fabriqué 500 000 masques. "On a amélioré la productivité et la qualité, on a investi, mais le marché s’effondre et nous sommes toujours dans le flou".

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"On peut comprendre qu’à l’époque, le gouvernement devait répondre à l’urgence de la situation, et mettre en route tous les réseaux d’approvisionnement. Mais le temps est venu d’inciter à l’achat de masques français", juge Marc Pradal, président de l’Union française des industries de la mode et de l’habillement. "La gestion n’a pas été optimale, estime Pierric Chalvin. Il faudrait que les autorités s’engagent à limiter les importations de masques jetables, qui sont une aberration écologique, qu’elle appelle au soutien de la filière française en promouvant le masque lavable grand public, et qu’elle organise la constitution stratégique de stocks pour faire face à un éventuel pic à venir".
Un label pour favoriser le Made in France
Pour sortir de cet imbroglio par le haut, la filière va sortir sa propre marque, "Savoir Faire ensemble", du nom du collectif formé pendant la crise. Ce label prouvera que le masque a été fabriqué en France avec du tissu français et que leur qualité aura été vérifiée (tests de résistance après lavage, solidité de l’élastique et de la lanière notamment) en plus des tests réalisés par la Direction générale de l'armement (DGA). 230 entreprises vont s’inscrire dans cette démarche.
Ce logo s’ajoutera à celui imposé par Bercy, qui peut être trompeur pour le consommateur. Car si ce dernier est bleu blanc rouge, il peut être accordé aussi bien aux importateurs qu’aux fabricants français.
Les représentants de la filière auront l’occasion d’échanger avec la secrétaire d’Etat à l’Economie Agnès Pannier-Runacher et la secrétaire d’Etat à l’économie circulaire Brune Poirson lundi 8 juin. Ils présenteront de premières pistes de travail pour relocaliser certaines productions en France, après la crise.
"Il faut prendre conscience du fait que le masque jetable pour le grand public est une aberration, à l’heure où l’on parle d’écologie, et même économiquement parlant", avance Jean-Charles Potelle, PDG de Boldoduc, une des entreprises françaises les plus mobilisées pendant la crise. "Il faut se poser la question du cycle de vie des produits. Il y a sans doute une nouvelle filière de recyclage à inventer".



