Comment faire revenir des usines en France ? Depuis que le gouvernement défend la réindustrialisation comme une de ses priorités, chefs d’entreprises et élus se creusent les méninges pour passer aux travaux pratiques. Mercredi 8 mars, les cinq groupes de travail lancés début janvier par Bruno Le Maire doivent détailler à Bercy leurs premières pistes de réflexion pour accélérer l’implantation en France de sites de production de technologies vertes clefs. Leur rapport final, attendu fin mars, devrait nourrir les propositions du futur projet de loi sur l’industrie verte, probablement achevé d'ici à la fin de l’été. Parmi les idées poussées par les binômes d’élus et de dirigeants, devraient notamment figurer la création d’un nouveau livret censé mieux orienter l’épargne vers le financement de l’industrie verte ou la simplification des procédures de réhabilitation des friches.
La réindustrialisation ne peut cependant pas se reposer uniquement sur le développement des technologies vertes. Pour les deux anciens délégués aux territoires d’industrie Guillaume Basset et Olivier Lluansi, la France doit renforcer son soutien aux entreprises dans les territoires. Dans une note publiée par le think-tank de la Fabrique de l’industrie, ils évaluent entre 13 000 et 15 000 le nombre de projets d’investissement qui dorment dans les tiroirs des entreprises, y compris dans des secteurs plus traditionnels comme l’horlogerie, le bois ou le textile. De quoi potentiellement créer autour de 450 000 emplois sur dix ans, soit un effet d'une ampleur similaire à celle attendue pour France 2030, qui soutient les projets d’innovation de rupture.
Soutien renforcé en ingénierie des territoires
« Il y a un gisement inexploité de projets dans les entreprises. Et il faut des experts sur le terrain pour les épauler », pointe Guillaume Basset. Ce dernier s’appuie sur une expérimentation réalisée par le programme « Territoires d'industrie », lancé en 2018 dans une vingtaine de territoires pilotes. Ceux-ci ont bénéficié d’un soutien renforcé en ingénierie de projets, avec la mise à disposition d’équipes de consultants pendant plusieurs jours pour faire le porte à porte des industriels locaux. La ville de Béthune (Pas-de-Calais), secouée par la fermeture de l’usine Bridgestone en 2019, a été l’un des premiers territoires à en profiter.
Pour les deux délégués, le premier frein n’est pas financier. « Les patrons de PMI sont d'ardents militants de la réindustrialisation. Mais quand leur entreprise tourne correctement, lancer un nouveau programme ou un nouveau projet est un défi considérable. L’environnement en France n’est pas encore assez favorable, que ce soit le foncier, la durée des procédures, les recrutements, etc..», explique Olivier Lluansi.
Ce soutien renforcé aux territoires pourrait être généralisé dans le prolongement du dispositif « Territoires d'industrie », qui s’est achevé fin 2022. Le gouvernement planche sur un « acte 2 » jusqu’en 2026, en cours d’arbitrage. Au-delà de l’ingénierie, un coup de pouce financier sera toutefois nécessaire pour accélérer les projets, estiment les anciens délégués aux territoires d’industrie. « Les aides publiques mise en place pour aider les entreprises à surmonter la crise énergétique ont pour l’instant fonctionné moins bien que prévu car les critères fixés par l’Europe sont trop stricts», souligne Olivier Lluansi. Une partie pourrait alors être réorientée.



